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LIVRE V, CHAPITRE IL A

nir sans la parole, et, si les traditions communes admises par MM. Ewald et Lassen ont quelque réalité, il faut reconnaître que le commerce des deux races se prolongea au delà des premiers jours de leur existence. On pourrait comparer ces relations primitives à celles de deux jumeaux qui auraient grandi à une petite distance l'un de l'autre, puis se seraient séparés tout à fait vers l'âge de quatre ou cinq ans. En se retrouvant dans leur âge mûr, ils seraient comme étrangers entre eux, et ne porteraient guère d'autre signe de parenté que des analogies imperceptibles dans le langage, quelques idées communes, telles que le souvenir de quelques localités, et pardessus tout un air de famille dans leurs aptitudes essentielles et leurs traits extérieurs.

Les études de linguistique et d'ethnographie comparées ne sont pas assez avancées pour qu'il soit permis d'énoncer un jugement semblable sur les autres grandes races de l'ancien monde. L'ingénieux système du baron d'Eckstein^ sur les migrations des Gouschites amènerait à penser que les Couschites et les Chamites se trouvèrent à l'égard des races arienne et sémitique dans une situation analogue à celle des races arienne et sémitique à l'égard l'une de l'autre , et qu'ils sortirent également du Caucase indien ; mais cette hypothèse est loin d'être démontrée, et je ne saurais admettre, avec le savant auteur, que le nom de Gousch ait jamais désigné la Bactriane. Les idées récemment émises par M. Max Mùller^ sur la race touranienne ,

qui ont exagéré les relations primitires des Sémites et des Ariens. {Mélange* asiatiques de l'Acad. de Saint-Pétersbourg, 1. 1, p. 619, 5ao.)

' Athenceum français, 22 avril et 17 mai i85/i; Questions, etc. p. Sa et suiv.

* Dans les Outlines de M. Bunsen, t. I, p. 268 et suiv. 478 et suiv. dans les Oxford Essays pour 1 85 6, et dans les Lectures on the science of language, lect. V et suiv. En critiquant l'idée systématique de l'ouvrage de M. Miiller, nous rendons jnstice à la pénétration avec laquelle le savant auteur, en cela d'accord avec les plus

sur la division des langues en trois familles , et sur l'unité originelle de ces trois familles, me paraissent plutôt d'ingénieuses hypothèses que des thèses scientifiquement démontrées^. Les affinités que M. Galdwell a voulu trouver entre les langues dravidiennes et les langues sémitiques^ ne me semblent pas non plus déduites selon la sévère méthode qui convient à ces sortes de travaux.

Rien ne s'oppose, toutefois, à ce que l'on se représente les trois ou quatre grandes races qui figurent dans l'histoire de la civilisation comme sortant d'un berceau unique , situé dans rimaûs, restant quelque temps groupées autour de ce berceau, et là formant leur langue d'après trois ou quatre types différents, mais toujours sur un certain nombre de bases communes, et en y faisant entrer beaucoup d'éléments communs. La Chine seule resterait ainsi en dehors de la grande famille asiatico-européenne. Ici, en effet, ce sont de tout autres catégories intellectuelles : tandis que l'arien et le sémitique, malgré leurs diversités, accusent une manière analogue de résoudre le problème du langage, le chinois prend les choses sur un autre pied, et arrive par une voie entièrement différente au même résultat. En supposant que toutes les ressemblances de détail que l'on cherche à retrouver entre l'arien et le sémitique ne soient qu'apparentes, il restera au moins entre ces trois systèmes une grande et profonde analogie, l'existence d'une grammaire. Le chinois, au contraire, n*a de commun avec les autres langues de l'Europe et de l'Asie

habiles indianistes, a montré les ramifications étendues de la race tartaro-finnoise dans rinde anté-brahmanique.

1 C'est aussi l'avis de M. Pott, Zeitschrift derd.m. G. (i855), p. 4o5 etsuiv. Die Ungleichheit menschlicher Rassen, p, 191.

* A comparative Grammar of the Dravidian or South-Indianfamily oflanguages^ p. 471 etsuiv. (London, i856).

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