‹ Histoire générale et système comparé des langues SémitiquesChapitre 264 sur 281 · LIVRE V, CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE IL

qu'à nos jours ^, prouve l'extrême embarras avec lequel l'esprit indo-européen livré à lui-même se convertit au monothéisme. La race sémitique, au contraire, y arriva, ce semble, sans aucun effort. Cette grande conquête ne fut pas pour elle l'effet du progrès et de la réflexion philosophique ; ce fut une de ses premières aperceptions. Ayant détaché beaucoup plus tôt sa personnalité de l'univers, elle en conclut presque immédiatement le troisième terme. Dieu, créateur de l'univers; au Ueu d'une nature animée et vivante dans toutes ses parties, elle conçut, si j'ose le dire, une nature sèche et sans fécondité. Ainsi nous revenons à la différence fondamentale des deux races, signalée par M. Lassen : l'une, plus subjective, plus individuelle ; l'autre , plus objective , plus rapprochée de l'univers, d'une personnalité moins concentrée. C'est là, certes, une divergence essentielle, et qui devait produire deux mouvements intellectuels profondément séparés. Cependant il s'en faut qu'elle creuse entre les deux races un abîme comparable à celui qui existe entre le caractère psychologique du Chinois, du Nègre et de l'Européen. On s'explique jusqu'à un certain point comment la divergence des Sémites et des Ariens a pu se produire sous le régime des causes puissantes qui agissaient à l'origine, et dont l'efficacité était centuplée par l'extrême délicatesse du sujet humain, à peine sorti des langes de ses premiers jours.

De même, en effet, que certains accidents extérieurs, qui sont indifférents à l'homme fait, exercent sur la constitution impressionnable de l'enfant une influence capitale et qui décidera de sa vie entière; de même il faut admettre qu'à l'origine, au moment où se formait l'individualifé des races, la

* Le Prem-Sagar, le dernier grand poêfiic mythologique de la race indo-evr»*.r*>1eQae, porte la date de i8o/i.

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4t)8 histoire des LANGUES SÉMITIQUES.

nature humaine était plus flexible , plus disposée à recevoir de profondes et durables empreintes. Deux tribus jumelles, habitant à quelque distance l'une de l'autre, peut-être sur les deux versants de la même montagne , se trouvaient déterminées, par des causes à peine saisissables, à des habitudes entièrement opposées. La différence du genre de vie et de l'alimentation, par exemple, a pu suffire pour amener entre deux groupes des différences aussi profondes que celles qui séparent le Sémite et l'Arien. La vie nomade par tribus isolées, conséquence de la vie pastorale, était comme imposée au Sémite; or on sait quelles habitudes profondes engendre la vie du doùar, à quel point cette vie développe les instincts individuels, combien elle fortifie le caractère personnel, mais aussi combien elle rend incapable de discipline et d'organisation. Un cercle d'idées assez étroit, des passions très-profondes, un grand sens pratique , une tendance à faire prédominer les considérations de l'intérêt égoïste sur celles de la moralité, une religion simple et pure, tel est l'esprit du douar. Notre habitude d'envisager la vie urbaine comme seule propre à développer la civilisation nous fait en général concevoir la vie nomade sous de très-fausses couleurs. Nous ne comprenons, en dehors du citadin, que le paysan à demi serf, ne recevant la vie sociale d'aucune institution, tel que l'a créé le moyen âge; or c'est là un genre de vie assez nouveau, et de tous, peutêtre, le plus fermé à la civilisation : c'est celui où l'homme est le plus isolé, et participe le moins à la vie commune de la société. On peut affirmer que le genre de vie du Kirghiz, abstraction faite de l'inégalité des races , est bien plus propre à cultiver l'individu que celui de nos paysans. La vie commune de la tribu est, en effet, comme une grande école à laquelle tous assistent; le contact perpétuel et intime des indv-

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