‹ Histoire générale et système comparé des langues SémitiquesChapitre 265 sur 281 · LIVRE V, CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE IL

vidus excite à un haut degré certaines facultés; enfin, si une telle vie est impropre aux spéculations scientifiques et rationnelles, elle constitue un milieu souverainement poétique, et 011 les grandes idées religieuses trouvent merveilleusement à se développer.

La difi'érence de génie de l'Arien et du Sémite serait donc, à la rigueur, suffisamment expliquée par le genre de vie trèsdifférent auquel ces deux races, par suite de causes qui nous échappent, ont dû à l'origine être assujetties. Il ne paraît pas, en effet, que la race arienne ait primitivement surpassé les autres races en intelligence ; tout au contraire , elle paraît avoir été caractérisée d'ahord par une certaine pesanteur de corps et d'esprit ^ Les Chamites, les Couschites, les Chinois, les Sémites mêmes devancèrent de beaucoup les Ariens dans ce qui exige de l'industrie et un esprit délié , surtout dans ce qui touche au bien-être de la vie. Ce n'est réellement que vers le vu* siècle avant notre ère que les Ariens prennent définitivement le sceptre intellectuel de l'humanité, en Europe par la Grèce, en Orient par la Perse. La rudesse des premiers Pélasges, l'extrême grossièreté de leurs idées religieuses sont aujourd'hui reconnues. Et n'est-ce pas un fait singulier que des branches essentielles de la race arienne , celles qui tiennent maintenant la tête de la civilisation, les Celtes, les Germains, les Slaves , ne soient sorties de leur vie purement militaire ou agricole que sous l'influence chrétienne et gréco-romaine, et cela à des époques fort rapprochées de nous? Quelques rameaux de la famille dont nous parlons, tels que les populations du Caucase et certains peuples slaves, sont même restés jusqu'à notre temps dans la pure barbarie. La grande supério-

* Yoy. Kunik, dans les Mélanges ariatiques de l'Acad. de Saint-Pétersbourg, 1. 1 , p. 5o8 et sniv.

rite de la race arienne résidait, d'une part, dans sa force physique; de l'autre, dans sa profonde moralité, sa haute idée du droit, sa puissance de dévouement , la facilité avec laquelle l'individu s'y sacrifiait à la chose publique, et, par suite, sa capacité politique et militaire. Cette disproportion entre le développement intellectuel, le développement moral et la civilisation extérieure s'observe encore de nos jours, par exemple chez le paysan breton et le paysan polonais , unissant une moralité trèsdélicate et un sentiment religieux très-pur à un extrême béotisme et à une vie en apparence peu différente de celle du sauvage. C'est assurément un étrange spectacle que de voir l'Europe chrétienne du moyen âge, si supérieure à l'Orient pour les idées poétiques , morales et religieuses , réduite à emprunter la plupart de ses industries de luxe et de ses inventions mécaniques à la Chine, par l'intermédiaire des Tartares et des musulmans ^

Quant aux Couschites et aux Chamites, s'ils doivent être rapportés à la grande famille arienne-sémitique , il faut dire que leur manque d'idées morales, leurs cultes grossiers et obscènes tenaient à la vie citadine qu'ils menèrent de très-bonne heure , et au despotisme unitaire qui détruisit chez eux toute vie publique, comme on le sait pour l'Egypte, l'Ethiopie, Ninive, Babylone. Avouons toutefois que, sur ce point, l'ethnographie

' Voy. Abei Rémusat, dans ie Journal asiatique, 1. 1 (i8ss), p. i36 etsuiv. Le goût du confortable, que l'on s'est habitué bien à tort à regarder comme une partie de la civilisation, ne s'est développé chez les peuples indo-européens qu'à l'époque romaine et est toujours resté étranger aux Sémites. L'Inde brahmanique présentait le phénomène d'hommes arrivés au plus haut développement intellectuel et philosophique , et vivant d'une façon toute primitive : l'Arabe bédouin unit aussi un très-grand raffinement d'esprit à l'existence la plus misérable. Aux belles époques de la civilisation grecque, le confortable privé était à peu près

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