LIVRE V. CHAPITRE IL
et la linguistigue en sont encore réduites aux conjectures, et qu'en voyant les civilisations couschites et chamites présenter un caractère si tranché, et devancer de tant de siècles celles des peuples ariens et sémitiques , on est tenté de les envisager comme l'œuvre d'une première race cultivée , qui précéda dans l'Asie occidentale et le nord-est de l'Afrique l'établissement des races ariennes et sémitiques, de même que les Chinois devançaient également dans l'Asie orientale la civilisation des Sémites et des Ariens*.
En réunissant ces aperçus divers , voici le système qu'on serait amené à se former sur l'apparition de l'humanité et la succession des races de l'ancien continent :
1° Races inférieures, n'ayant pas de souvenirs, couvrant le sol dès une époque qu'il est impossible de rechercher historiquement et dont la détermination appartient au géologue. En général, ces races ont disparu dans les parties du monde où se sont portées les grandes races civilisées. Partout, en effet, les Ariens et les Sémites trouvent sur leurs pas, en venant s'établir dans un pays, des races à demi sauvages qu'ils exterminent, et qui survivent dans les mythes des peuples plus civilisés sous forme de races gigantesques ou magiques nées de la terre, souvent sous forme d'animaux. Les parties du monde oii ne se sont pas portées les grandes races, l'Océanie, l'Afrique méridionale, l'Asie septentrionale, en sont restées à cette humanité primitive, qui devait offrir les plus profondes diversités, depuis le doux et naïf enfant des Antilles, jusqu'aux
' Le commerce, la navigation, Tindustrie, paraissent être restés fort longtemps le monopole de ces peuples. Les Sémites et les Ariens ne s'adonnèrent au comi? merce que tard, et quand ils eurent déjà perdu une partie de leur noblesse et de leur pureté. On peut dire sans exagération que la Chine avait conservé sa supériorité industrielle sur l'Europe jusqu'aux grands progrès dans les sciences d'application qui ont signalé le commencement de notre siècle.
méchantes populations de l'Assam et de Bornéo , jusqu'au voluptueux Taïtien, mais toujours une incapacité absolue d'organisation et de progrès.
2° Apparition des premières races civilisées : Chinois , dans l'Asie orientale; Gouschites et Chamites dans l'Asie occidentale et l'Afrique. Premières civilisations empreintes d'un caractère matérialiste : instincts religieux et poétiques peu développés; faible sentiment de l'art, mais sentiment très-raffiné de l'élégance; grande aptitude pour les arts manuels et pour les sciences d'application ; littératures exactes , mais sans idéal ; esprit positif , tourné vers le négoce, le bien-être et l'agrément de la vie ; pas d'esprit public ni de vie politique ; au contraire , une administration très-perfectionnée et telle que les peuples européens ne l'ont eue qu'à l'époque romaine et dans les temps modernes; peu d'aptitude militaire; langues monosyllabiques et sans flexions (égyptien, chinois); écriture hiéroglyphique ou idéographique. Ces races comptent trois ou quatre mille ans d'histoire avant l'ère chrétienne. Toutes les civilisations couschites et chamites ont disparu sous l'effort des Sémites et des Ariens. En Chine , au contraire , ce type primitif de civilisation a survécu et est venu jusqu'à nous.
3° Apparition des grandes races nobles , Ariens et Sémites , venant de l'Imaûs. Ces races apparaissent en même temps dans l'histoire, la première en Bactriane, la seconde en Arménie, deux mille ans environ avant l'ère chrétienne. Trèsinférieures d'abord aux Couschites et aux Chamites pour la civilisation extérieure , les travaux matériels et la science d'organisation qui fait les grands empires, elles l'emportent infiniment sur eux pour la vigueur, le courage , le génie poétique et religieux. Les Ariens eux-mêmes l'emportent tout d'abord sur les Sémites par l'esprit politiaue et militaire ^ et plus tard