‹ Histoire générale et système comparé des langues SémitiquesChapitre 267 sur 281 · LIVRE V, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE II

par l'intelligence et l'aptitude aux spéculations rationnelles; mais les Sémites conservent longtemps une grande supériorité religieuse, et finissent par entraîner presque tous les peuples ariens à leurs idées monothéistes. L'islamisme, sous ce rapport, couronne l'œuvre essentielle des Sémites , :fai a été de simplifier l'esprit humain, de bannir le polythéisme et les énormes complications dans lesquelles se perdait la pensée religieuse des Ariens. Une fois cette mission accomplie , la race sémitique déchoit rapidement, et laisse la race arienne marcher seule à la tête des destinées du genre humain.

Ainsi la philologie comparée, aidée par l'histoire, arrive, non pas certes à résoudre , mais à circonscrire le problème des origines de l'espèce humaine. Elle établit avec une entière certitude Tunité de la grande race indo-européenne; or, cette race étant évidemment destinée à s'assimiler toutes les autres, avoir établi l'unité de la race indo-européenne , ce sera , aux yeux de l'avenir, avoir établi l'unité du genre humain. — Elle rattache d'une manière très-vraisemblable à la race indo-européenne la race sémitique, inséparable de la première dans l'histoire de la civilisation. — Elle permet de rapporter à la même famille les races chamites ou couschites , et arrive ainsi à montrer comme possible l'unité de toutes les races qui ont fondé la civilisation dans l'ouest de l'Asie, dans l'Europe, dans le nord et l'est de l'Afrique. — Elle fixe avec une vraisemblance presque égale à la certitude le point de départ de la race arienne dans l'ïmaûs ou le Belourtag, et elle rattache volontiers à ce même point le berceau de la race sémitique. — Elle répugne à en faire autant pour la race chinoise, et surtout pour les races inférieures qui durent former la première couche de la population du globe. — Elle établit d'une manière approximative l'ordre chronologique selon lequel ces

races diverses sont entrées dans l'histoire, et la date relativement moderne de l'apparition des races civilisées. — Enfin elle attend sur tous ces points des lumières nouvelles de l'étude , encore si peu avancée, des idiomes de l'Asie centrale et de l'Afrique, prête à renoncer devant les faits à toute hypothèse préconçue, et persuadée que, dans l'état actuel de la science, tout système ne peut être que provisoire, si l'on compare le peu que l'on sait à la masse énorme de ce qu'il est encore possible de savoir.

On arrive ainsi à écarter les idées absolues que certaines écoles philosophiques, celle de Hegel, par exemple, se sont formées sur le développement de l'humanité; car, si la race indo-européenne n'était pas ap'parue dans le monde, il est clair que le plus haut degré du développement humain eût été quelque chose d'analogue à la société arabe ou juive : la philosophie, le grand art, la haute réflexion, la vie politique eussent été à peine représentés. Si, outre la race indo-eurogéenne, la race sémitique n'était pas apparue, l'Egypte et la Chine fussent restées à la tête de l'humanité : le sentiment moral, les idées religieuses épurées, la poésie, l'instinct de l'infini eussent presque entièrement fait défaut. Si , outre les races indo-européennes et sémitiques, ies races chamites et chinoises n'étaient pas apparues , l'humanité n'eût pas existé dans le sens vraiment sacré de ce mot, puisqu'elle eût été réduite à des races inférieures , à peu près dénuées des facultés transcendantes qui font la noblesse de l'homme. Or à quoi tient-il qu'il ne se soit formé une race aussi supérieure à la race indo-européenne que celle-ci est supérieure aux Sémites et aux Chinois? On ne saurait le dire. Une telle race jugerait notre civilisation aussi incomplète et aussi défectueuse que nous trouvons la civilisation chinoise incomplète et défec-

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