‹ Histoire générale et système comparé des langues SémitiquesChapitre 28 sur 281 · LIVRE I, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE II

de la couleur rousse de leur teint [Edomites, Himyarites, Q>o{vix£s, Erythréens, mer Erythrée, ainsi nommée peut-être à cause de ses riverains^).

Quoi qu'il en soit, aucun de ces mouvements n'aboutit à changer les limites des pays occupés tout d'abord par les Sémites. On aperçoit ici l'immense différence de la race indoeuropéenne et de la race sémitique. Sem manque presque absolument de la force d'expansion qui, selon l'étymologiste hébreu (Gen. ix, 27), fait le caractère essentiel de Japhet. Le mode de propagation de la race indo-européenne était l'expulsion de la jeunesse, la formation de bandes hardies et entreprenantes, composées de tout ce qui était né au printemps {ver sacrum^): de là cette foule de noms de peuples signï&ant fugitifs , errants, exilés^. Les derniers faits de ce genre, les invasions normandes, ne sont éloignés de nous que de quelques siècles; et, même de nos jours, cette activité envahissante , pour avoir changé de forme, n'en continue pas moins à s'exercer par la diffusion de la race anglo-saxonne en Amérique et dans le monde entier. Rien de semblable chez la race sémitique. Les progrès de l'islamisme furent un fait de prosélytisme bien plutôt que de conquête. Nulle part, en effet, la race arabe ne put s'établir d'une manière stable; partout, après avoir fondé son idée religieuse , elle disparaît. L'Afrique seule fut réellement conquise par la race arabe , à cause de certaines affinités particulières de climat. Le nomade gagne de proche en proche , toutes les fois qu'il trouve un sol accommodé à son genre de vie. Mais ce mode

^ Knobel, Yœlhertafel der Gênent, p. i35 et sniv. — Movcrs, Die Phcenizter, L II, 1" partie, p. 1 et suiv. — Hitzig, dans la Zeitschrift derd. m. G. (i855), p. 748. — Eliézer Lambert, De l'influence des Phén. etc. (Meti, 1862).

* Festi Fragm. (edid. Egger), p. Ith, ao3, 210.

* Bergmann, Les peuples primitifs de la race de /n/ete ( Colraar, i853),p. 63, 45, 5a, 53

d'envahissement, analogue à celui du sable dans le désert, n'a rien de commun avec l'élasticité intérieure qui, comme un ressort, a porté, dès une haute antiquité, la race indo-européenne de rimaûs à l'Atlantique , et lui fait de nos jours achever avec une si prodigieuse rapidité la conquête du monde entier. Il semble que les Sémites aient conservé beaucoup plus longtemps qu'aucune autre race le sentiment de leur unité. Nonseulement les Hébreux connaissent leur fraternité avec les Edomites , les Moabites , les Ammonites , les Madianites et les autres tribus voisines de la Palestine ; mais ils savent leur communauté d'origine avec les Arabes ismaélites et les Araméens ; Abram , le liant père, est le lien commun par lequel ils établissent cette parenté, que la philologie confirme d'une manière éclatante ^ Les généalogies du x*" chapitre de la Genèse, qui nous représentent l'ethnographie des Hébreux vers l'an 1200 avant J. G.^, ne correspondent nullement , il est vrai , aux divisions que fournit la linguistique moderne. Mais il faut se rappeler que ce tableau groupe les peuples, non par race, mais par climat; sa base est géographique et non ethnographique^. Japhet, Sem

* Gm. xxiii, 20 et suiv. xxv, 1 et suiv. xxv, 12 et suiv. — Conf. Bertheau, Zur Gesch. der hr. p. 210 et suiv. Je ne puis croire, toutefois, que la tradition par laquelle les Arabes se rattachent à Abraham et aux généalogies bibliques ait une valeur historique. Cette tradition n'est, à mes yeux, qu'un reflet de celle des Juifs, qui, dans les siècles qui pre'cèdent l'islamisme, exercèrent sur l'éducation du peuple arabe une influence si décisive.

* Knobel, Die Vœlkertafel der Genesis, Tp. U. — Ewald, Jahrbûcher der biblischen Wissenschaft{iS5i),Ul, p. 207.

' C'est l'opinion des meilleurs exégètes : Rosenmùller, Handbtich dm- bibl. Allerthunukunde, I,i, 160 et suiv. — Lengerke, Kenaan,^. 208 et suiv. — Tuch, Kommentar, p. a 5 a et suiv. — Bertheau , Zur Gesch. der Israël, p. 1 7 3 et suiv. — Winer, Bibl. Realwœrt. II, 448, 665. L'erreur principale du livre , d'ailleurs estimable, de M. Knobel est d'avoir méconnu ce principe essentiel. M. Knobel ne semble pas avoir assez compriaie vague de la géographie primitive, la manière arbitraire dont »'y faisaient les classifications de peuples , et les fautes qui doivent s'être glissées

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