LIVRE I, CHAPITRE II
et Cham y représentent les trois zones, boréale, moyenne et australe; aucun de ces noms ne peut désigner une face, dans le sens scientifique que nous donnons à ce mot. Pour ne parler que de Sem, entre les cinq fils qui lui sont attribués, Ëlam, Assur, Arphaxad, Lud et Aram, ce dernier seul est sémitique, dans le sens rigoureux que le mot doit garder en philologie. Elam est probablement le nom de VIranz=:Airyama, zend Atrjana, dérivé lui-même de l'antique nom de la race indoeuropéenne, Âirya, Aryya^ : la confusion de / et r est de règle dans les anciennes langues de la Perse; Iran elAniran figurent dans les inscriptions de Rirmanschah sous la forme Ilan et Anilan-, Arphaxad est un terme géographique, et n'a d'autre rapport avec les peuples dits sémitiques que d'avoir été leur point de départ. Le nom de peuple qui, d'après l'hypothèse généralement reçue, y est renfermé (ArpJi-Kasd), appartient à la famille indo-européenne. Les plus grandes obscurités planent sur la signification ethnographique d'Assur et de Lud. — Il est clair, d'après tout cela , que le nom de Sem désignait simplement, pour les Hébreux, la région moyenne de la partie du globe qu'ils connaissaient'; ils n'y attachaient aucune idée andans ces sortes de documents. En général, les anciens manquaient du sentiment elhnograpbique comme du sentiment linguistique , et leurs affirmations en ce genre n'ont de valeur que par les faits positifs qu'elles nous apprennent et les inductions qu'elles nous permettent de tirer. L'opuscule de G. MûUer : Wer sind denn die Sémiten? (Bàle, 1860) est sans valeur.
' De là aussi Irak , Airyaka. ( Voy. le mém. de M. Mûller sur le pehlvi , Joumoi fl*w(. avril 1889, p. ^9^^^s»iy-) — ZeiUchri/tfûrdieKunelede»MorgenUmdes,m, p. a8i.— Kunik, Mél. asiat. p. 619 et suiv. — Burnouf, Commentaire »ur le Yaetia, p. Ù60. — Spiegel, Gramm^der Huzwâreschsprache , p. 2. — Kiepert, dans les MonaUberichte der kœn. preuss. Akad. der Wis$. zu Berlin, déc. 1 856, p. 643 , note. — Beitràge de Kuhn et Schleicher, I, p. 199 et suiv. — ZeiUchr^t der d. m. G. (1859), p. 874,879.
* Voy. Sacy, Mém. sur ht antiq. de la Pêne, p. aiS-aii.
• Inutile d'ajouter que , pour le rédacteur hébreu , ces noms étaient de véritables
/t2 HISTOIRE DES LANGUES SÉMITIQUES.
thropologique bien distincte, puisqu'ils donnent place dans la famille sémitique aux Iraniens , avec lesquels ils n'avaient aucun rapport de race, et qu'ils en excluent les Ghananéens, auxquels pourtant ils tenaient de si près^
Quant au sens radical des noms de Sem, de Japhet et de Cham, il est fort obscur. M. Knobel et M. Hitzig y trouvent une désignation des races par la couleur, ce qui convient à Cham (noir), mais bien peu à Japhet et à Sem^. M. Ewald y cherche la trace d'une trilogie titanique, originaire de l'Arménie^. D'autres voient dans le nom de Sem un titre honorifique (dc?, gloire), analogue à celui des y4ryas( vénérables)*. Buttmann y voyait le nom à'Uranm (n^' = D^p^!)^. On pourrait être porté à rapprocher ce nom du mot j.U;, par lequel les Arabes désignent la Syrie, et à y voir un simple nom de pays, de même que le nom de Cham paraît être le nom propre de l'Egypte^, s'il n'était prouvé que le mot |»l-û est d'o-
éponymes , comme ceux que l'ethnographie primitive place à l'origine de tous les peuples : Hellen , Dorus , ^olus , etc. Mais leur valeur géographique n'en est pas moins réelle.
^ Peut-être le nom de Cotuch recèle-t-il aussi des peuples sémitiques , rejetés dans la famille de Cham uniquement à cause de leur situation méndionale. Il est certain , du moins , que dans les pays désignés comme coutchttes on parle des dialectes sémitiques depuis une haute antiquité.
* Knobel, Die Vœlkertafel der Genesis, p. 187 et suiv. — Hitzig, dans la Zeittchrift der d. m. G. (i855), p. 7/18.
' Getch. des V. Isr. I, p. 878 et suiv. (a* édit.) M. Ewald fait intervenir dans celte discussion l'autorité de Moïse de Khorène. Mais les récits de cet écrivain ne sont guère qu'un syncrétisme grossier des récits helléniques et bibliques quand il s'agit des temps antiques de l'histoire d'Orient. (Voy. cependant d'Eckstein, Quest. relat. aux ant. des peuples sémit. p. 55 et suiv.) •
* Tuch, Kotnmentar ûber die Genesis, p. 208. — Pott, Die Ungleichheit menschlicher Rassen, p. 69, note.
* Mythologus , I, p. 221 et suiv.
* Champoliion, L'Egypte sous les Pharaons, I, p. io4 et suiv. Gramm. égypt. p. i52. — Bunsen, Sgyptens Stelle in der fVeltgeschichte , I , p. 598.