LIVRE I, CHAPITRE IL A
rigine arabe et signifie en général les contrées du nord (à gauche de la Caaba), par opposition à (jj-c, désignant les contrées du sud^
On comprend maintenant combien fut malheureuse l'idée d'Eichhorn , lorsqu'il donna le nom de sémitique à la famille des langues syro-arabes. Ce nom, que l'usage nous oblige de conserver, a été et sera longtemps la cause d'une foule de confusions. Je répète encore une fois que le nom de Sémites n'a dans cet écrit qu'une signification de pure convention : il y désigne les peuples qui ont parlé hébreu , syriaque , arabe oc quelque dialecte voisin , et nullement les peuples qui sont donnés dans le x* chapitre de la Genèse comme issus de Sem , lesquels sont, pour une bonne partie, d'origine arienne.
On reconnaîtra qu'en général nous sommes beaucoup plus porté à resserrer qu'à étendre les limites de la race sémitique. Le domaine de cette race nous paraît singulièrement étroit, si nous le comparons aux immenses espaces que les langues indoeuropéennes et touraniennes occupent depuis les temps les plus reculés; à l'heure qu'il est, on peut affirmer que la somme des individus de sang sémitique ne dépasse pas trente millions^, tandis que les langues indo-européennes sont parlées par plus de quatre cents millions d'individus. Rien de plus arbitraire
^ Les deux étymoiogies ont conrs chez les Arabes. (Cf. ms. arabe 716, anc. ionds, fol. 5 v* haut.)
^ Arabie 6 millions.
Populations s^Tiennes et arabes de la Turquie d'Asie 6
Arabes répandus en Egypte, sur les côtes barbaresques, dans
le Sahara et dans le Soudan 10
Popidations sémitiques de rAbyssinie et de l'Afrique orientale . 3 Juifs répandus dans le monde entier 4
que les procédés par lesquels on s'est habitué à étendre outre mesure le domaine du sémitisme. On parle de couches antéhistoriques de Sémites répandus en Asie Mineure, en Grèce, en Egypte , sur tout le littoral de la Méditerranée , sans se faire une idée exacte du sens c^^Von doit attacher à ce nom. Certes la présence des Phéniciens est impossible à nier en Grèce et dans les pays voisins. Le nom, si évidemment sémitique, de Cadmus (mp"'':3) cache, on n'en peut douter, une colonie phénicienne; mais la quantité imperceptible de mots sémitiques que nous offrent les antiquités helléniques ne permet pas de supposer une influence sémitique étendue et profonde en Grèce. Le mot Samos, Same, Samothrace, etc. (nDîy, a-dfxovs êxaXovv Tot v^tj , Strabon , p. 297, 898 , édit. Ch. Mûller) et le mot /3a<T<X£us(b^D?) sont les seuls mots sémitiques qu'on puisse signaler avec certitude parmi les vocables essentiels de la langue grecque. Les pays vraiment colonisés par les Phéniciens , l'Espagne, par exemple, la Bétique surtout, offrent bien plus de noms phéniciens^ M. Hitzig, dans un article bizarre et paradoxal, mais renfermant quelques vues ingénieuses sur les migrations sémitiques, suppose que les Phéniciens de Cadmus ne parlaient pas sémitique^, et M. Ernest Curtius, dans son Essai sur les Ioniens, semble avoir établi que le nom des Phéniciens couvrit en réalité des migrations de peuplades ioniennes vers l'occident^.
' Ptol. Géogi: II , IV, 7. On comprend que le nom de beaucoup d'îles et de côtes, daqs l'antiquité {Baléares , eic.) , soit venu des Phéniciens , comme aujourd'hui des Anglais. Le mot "'Njt/e, "se reconnaît dans /i"jm, Inara {Rev. arch. 1869, p. 6^761 suiv.), peut-être dans Hispania (]D2J"''N?), Italia (?). Ces deux derniers noms, tirés d'une vue de géographie générale , n'ont guère pu être donnés parles indigènes.
* Zeitschrift der d.m. G. ( i855), p. 7/17 et suiv.
^ Dielonier vor der lonischen Wanderiing (Berlin, i855), p. i3-i4, 20-21, 55-56. Les tentatives de MM. Stickel et Tarquini pour expliquer l'étrusque par le sémitique sont dénuées de tout fondement.