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LIVRE I, CHAPITRE II

L'individualité de la race sémitique ne nous ayant été révélée que par l'analyse du langage, analyse singulièrement confirmée, il est vrai, par l'étude des mœurs, des littératures, des religions , cette race étant , en quelque sorte , créée par la philologie , il n'y a réellement qu'un seul critérium pour reconnaître les Sémites : c'est le langage. Le type des langues sémitiques est d'ailleurs si tranché, et offre si peu de variété, que le doute sur le caractère sémitique de tel ou tel idiome, même peu connu, ne saurait jamais être de longue durée. J'ose dire qu'il n'y a pas de race plus reconnaissable , et qui porte plus notoirement sur le front son air de famille. Toutefois, comme des opinions différentes se sont accréditées sur ce sujet , et que d'ailleurs il importe de marquer certaines limites avec plus de précision que nous ne l'avons fait jusqu'ici, nous allons discuter les frontières des langues sémitiques sur les trois points par lesquels elles confinent aux langues indo-européennes et chamitiques : i° du côté de l'Asie Mineure et de l'Arménie, 2° du côté de l'Assyrie et de la Perse, 3° du côté de l'Egypte.

Il est vraisemblable que la race sémitique , cantonnée d'abord dans les montagnes de l'Arménie et de la Gordyène, ne se sera pas déversée exclusivement vers le sud , mais qu'elle aura jeté bien des rameaux vers l'ouest , sur le versant septentrional du mont Taurus. Gela est vraisemblable, dis-je, mais au fond rien ne l'établit d'une manière historique. Il est impossible de montrer en Asie Mineure, au nord du Taurus, une trace suivie des langues sémitiques. Les suppositions de Bochart^ d'Adelung^, de Heeren^, de Raoul-Rochette*, à cet

' Chanaan, p. 535.

» Mithridaie,t.U,^. 344.

' De îmguis itnperii persici, in Comment, ioe. Gotting. Cl. philol. ethistor. tVIIF, p. 3 3 et fluiv.

* Mém. de l'Acad. de* nucr. i. XVII , a* par' . p. 287 et suiy.

ae HISTOIRE DES LANGUES SÉMITIQUES.

égard, sont bien peu fondées. M. Paul Bœtticher^ a recueilli les mots mysiens, phrygiens, lydiens, cariens, cappadociens , pontiques, paphlagoniens, ciliciens , bithyniens qui se trouvent dans les auteurs grecs et latins, et semble avoir prouvé qu'en général ils appartiennent à la famille des langues ariennes. Plus récemment M. Lassen, dans un savant mémoire, a repris la même démonstration et lui a donné un véritable caractère de certitude scientifique 2.

Déjà Fréret, dans le mémoire justement célèbre où il a si bien entrevu l'unité de la famille indo-européenne, avait établi que les langues de la plupart des peuples de l'Asie Mineure appartenaient à une même famille^. Son raisonnement, bien que faible sur certains points , mérite d'être reproduit. — Strabon affirme que le fond de la langue des Cariens, qu'Homère appelle (3apSap6(pcjvoi'^, était un grec barbare^. Or Hérodote nous apprend que les Cariens , les Mysiens et les Lydiens étaient ôfxoyXooa-aoi^. Voilà donc un premier groupe rattaché aux langues helléniques. — D'un autre côté, Hérodote regarde les Phrygiens et les Arméniens comme frères , et nous dit que dans l'armée de Xerxès ils ne formaient qu'un seul corps commandé par les mêmes chefs''. Eudoxe nous apprend de plus que ces peuples parlaient des dialectes fort ressemblants entre eux :

* Arica, Halœ, i85i. (Voir l'ouvrage anonyme Zur Urgeschtchte der Armemer (Berlin), i85i, p. 36 et suiv. et la dissertation de M. Gosche, De ariana linguœ genUsque armeniacce indole (Berlin, 18^7), p. 52 et suiv.)

* Zeitschrift der d.-m. G. (i856), p. 36i et suiv. (Cf. A. Maury, Histoire des relig, de la Gi-èce antique, I, p. 82 et suiv.)

' Mém. de l'Académie des inscript, et belles-lettres, t. XLVIII (anc. série), p. 98 2t suiv.)

* //lad. II, 867.

' Slrab. Géogr. liv. XIV, p. 565 , édit. Mùller.

" Hérod. I, 171.

M(i.VII,73.

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