LIVRE I, CHAPITRE IL
La langue arménienne, sur ie caractère de laquelle on avait d'abord pu hésiter, est maintenant rapportée avec certitude au groupe des langues indo-européennes^. L'hypothèse de M. Lassen ^, d'après laquelle une division spéciale de la famille indoeuropéenne devrait être créée pour l'Arménie, la Cappadoce, la Phrygie, le nord de l'Asie Mineure et la Thrace, me paraît avoir pour elle toutes les prohabilités. Les analogies que Posidonius ' voulait trouver entre les Syriens et les Arméniens pour la langue , les mœurs et la phvsionomie , étaient sans doute de ces ressemblances superficielles par lesquelles les géographes anciens, privés de l'instrument de la philologie, étaient si souvent induits en erreur.
Autant les Sémites ont peu rayonné sur les populations indoeuropéennes de l'ouest et du nord, autant celles-ci ont peu entamé le terrain proprement sémitique. Un mur, tracé sans doute par la nature du sol et du climat, semble avoir existé jusqu'au rv' siècle avant l'ère chrétienne entre le monde sémitique et les Ariens d'Asie Mineure, de Grèce et d'Italie. La question d'une intrusion des races de l'Occident parmi les Sémites ne peut être agitée qu'à propos des Philistins *. De graves raisons ont pu faire croire que cet intéressant petit peuple , qui a exercé une influence si décisive sur la nation juive, et, par conséquent, sur les destinées du genre humain, n'était pas sémitique. Une hypothèse très-vraisemblable, adoptée par les
* fienmainn,danshZeit»chr^fùrdieKundedes MorgenianJe$, l,aàa. — Petermann, dans Ritter, Erdhmde, X, p. 679 et soiv. — Gosche, De ariana Ut^ee gentisque armeniacœ indole; Berlin , 1 8^7.
» ZeiUch. der <f. m. G. (1 856 ) , p. 365 , 386 et suiv. — Cf. Gosche, op. ciL p. 57. ' Cité par Strabon, p. 34 et suiv. édit. Mûller.
* Il suiBt de mentionner le système bizarre de M. Hitiig sur dne populalion arienne, primitivement établie en SjTie. {Zeitschrift der d. m. G. (i854), p- 309 rtstÙT. (i855),p. 7&7 etsniv.) . '»
meilleurs exégètes et ethnographes, Rosenmûller, Gesenius Tuch, Hitzig, Bertheau, Lengerke, Movers, Ewald, Munk ^ les fait venir de Crète. Le seul nom de riubTi [AX'X6<pvXoi) indique une origine étrangère ou de longues migrations, etrap pelle celui des Pélasges. Plusieurs fois ils sont appelés dans les écrivains hébreux wn'j^ (I Sam. xxx , 1 4 ; Soph. ii, 5.; Ezéch. xxv, 1 6) , mot oli l'on ne peut se refuser à reconnaître le nom des Cretois. Ailleurs (II Sam. xx, 28; II Reg. xi, 4, 19), ce mot paraît s'échanger contre celui de "»'!3 (Cariens?), pour désigner la garde du corps des rois de Juda : on sait que les Cariens étaient alliés aux Cretois, et jouaient comme eux dans l'antiquité le rôle de mercenaires ^. Les traditions hébraïques sont du moins unanimes pour faire venir les Philistins de l'île de Caphtor ^, mot vague qui, comme les noms de Kittim, de Tharsis et à'Ophir, n'offrait aux Hébreux d'autre idée que celle d'un pays maritime et lointain. Le mot Caphtor, il est vrai, correspond assez bien à celui de KvTrpos. Mais quand on voit les Hébreux désigner en général toutes les îles et les côtes de la Méditerranée par Kittim (nom propre de la ville de Cittium dans l'île de Chypre) et Tharsis (la colonie phénicienne de Tartesse en Espagne), on admet facilement qu'ils aient pu
^ Hitzig, Urgeschichte und Mythologie der Philistœer {Leipzig , i8i!i5),p. i4et suiv. — Gesenius, Thésaurus, aux mots "JinSD , ^mD,etc. — -Ewald, Geschichte des Volkes Israël, I, p. 3i25 et suiv. a* éd. — Bertheau, Zwr Geschichte der Israel.Tp. 186 et suiv. — Movers , Die Phœnizier, I , p. 3-4 ,10,2 7-2 9 , 33 et suiv. 663. — Tuch , Kommentar iiber die Gènes, p. 243. — Lengerke, Kenaan,l, p. 193 et suiv. — Knobel. Die Vœlkertafel der Genesis, p. 2 15 et suiv. — Munk, Palestine, p. Sa et suiv. (Voir cependant les observations de M. Quatremère, Joum. des Sav. mai i846.)
* Ewald, Gesch.l, 298. — Winer, Bibl. Realw. art. Kretht und Plethi. — Bertheau, Zur Gesch. der Israël, p. 307, 3i3 et suiv.
^ Le chapitre x de la Genèse, v. 1 4 , semble les faire venir d'Efjypte ou du pays des Casluhim, mais il est probable qu^il y a dans cet endroit une transposition, et qu'il faut placer les mots D^'I^DD'DNI après D^ni'jDJ.