LIVRE I, CHAPITRE II
diesses qu'il ne me paraît pas bon d'imiter. Quand on voit des hommes aussi habiles que MM. Hitzig, Movers, Quatremère, soutenir, le premier, l'origine arienne; le second, l'origine sémitique; le troisième, l'origine africaine des Philistins, et expliquer le petit nombre de mots qui nous restent de leur langue par le sanscrit, l'hébreu, le berber, la défiance est naturellement commandée. S'il fallait cependant énoncer une conjecture, je dirais que l'antipathie qui ne cessa d'exister entre les Philistins et les tribus sémitiques environnantes, leur système politique et militaire, si profondément distinct, feraient croire qu'ils n'appartenaient pas à la même race ^. Il semble que les idées nouvelles de gouvernement qui se font jour avec David dans l'esprit des Israélites, et qui sont fort opposées à l'esprit général des Sémites, provenaient en partie des Philistins.
La frontière orientale des langues sémitiques n'est pas facile à déterminer. Comme, dès la plus haute antiquité, il s'opéra sur les bords du Tigre un grand mélange des races sémitiques , couschites , ariennes et peut-être touraniennes ; que souvent la race conquérante et la race conquise conservèrent leurs idiomes distincts, tout en cohabitant dans les mêmes murs, tandis que d'autres fois il se forma des dialectes mixtes, tels que le pehlvi , les questions de linguistique relatives à ces contrées sont singulièrement compliquées. Ainsi il est certain que,
construction des pyramides an bei^r Philttis ou Philition, dont le nom rappelle bien i'un de ceux des Philistins, Plethi ou Pheleti.
' Le nom de UaXatalitnt, qui, chez Hérodote, désigne la Judée entière, est aussi bien remarquable , en ce qu'il étabUt que pour les nations helléniques le pays des Israélites {oi iv TlaXataliv^ Svpot) n'était connu que comme pays des Philistins. (Hérod. U, io4. — Cf. Arriani Indica, iliii, i.)
dans l'intérieur de Babylone, il se parlait des langues différentes, qui n'étaient pas comprises d'un quartier à l'autre'. Le mythe de la tour de confusion, fondé sur l'étymologie fictive du nom de Babel, reposait en partie sur l'extrême difficulté que les classes diverses de la population y trouvaient à s'entendre^. Il semble en effet que cette division des langues correspondait à des divisions de castes : c'est ainsi que nous voyons Daniel et ses compagnons, en passant d'une classe à une autre , changer leurs noms hébreux contre des noms chaldéens non sémitiques {Dan. i, 7)^,
Au milieu de cette confusion, voici les résultats qui paraissent susceptibles d'être admis avec quelque certitude :
1° Nous avons cherché à établir précédemment que le séjour le plus ancien des peuples sémitiques devait être cherché au delà du Tigre , dans les montagnes de la Gordyène et de l'Aturie. Le passage du Tigre par ces mêmes peuplades , et leur établissement dans la Mésopotamie , remontent au delà de toute date appréciable. L'histoire ne commence pour elles qu'au moment 011 les Térachites passent l'Euphrate et deviennent HéhrevLX (ceux d'au delà). On peut donc envisager la race sémitique comme indigène dans le bassin supérieur du Tigre , en conservant à ce mot le sens relatif qu'il doit toujours garder en ethnographie. Le type des Ghaldéens modernes ou Nesto-
* M. Quatremère, Mém. géogr. sur la Babylonie, p. 21.
* Èv êè TTj BaëvX'2vi -nroAO -wAîjôos ivBpéitav ysvéadcu dXXoedvSv xa-ïoimaivrav rftv XaA^a/a» (Eusèbe, Chron. Arm. i" part. p. 19-20, édit. Aucher). — Ba- €vXà)v. . . 'oâfifuxTov S^Xov. . . 'iséfnset (Eschyle, Perses, 5i).
' Tous les édits des rois de Babylone rapportés dans le livre de Daniel (m, &; T, 19; Ti, 26; Tii, lA; VII, 3i ) commencent par ces mots : «On vous fait savoir, peuples , tribus , langues ...» Ce livre , qui n'est que du 11* siècle avant l'ère chrétienne, n'a, il est vrai, aucune autorité historique; toutefois son témoignage a de la valeur pour nous attester un fait qui fut longtemps caractéristique de la Babylome.