LIVRE I, CHAPITRE II. 6i
braham, c'est-à-dire deux mille ans environ avant l'ère chrétienne, nous trouvons déjà les Iraniens sur le Tigre et dans la plaine de Sennaar. Ariok, roi d'Ellasar^; Amraphel, roi de Sennaar, alliés de Kedar-Laomr, roi d'Elam (Iran), et de Thédal, roi des Gojim ou païens (Ge«. ch. xr?), semblent porter dans leur nom la trace d'une origine arienne ^. Ces rois nous apparaissent déjà exerçant leur suzeraineté jusqu'au cœur du pays de Chanaan, où il n'y avait encore que peu de Sémites', et vaincus par la fière et puissante tribu d'Abraham , qui campait alors dans ces parages. — Les noms de Tigre et de Phrat sont iraniens et non sémitiques^. Les noms des plus anciennes dynasties fabuleuses des rois d'Assyrie et de Babylone, tels quArius, Aranus, Mithrœus, Otiartès, Xisuthrus, sont également ariens*.
5° D'Abraham jusqu'à la première moitié du viii* siècle avant l'ère chrétienne, c'est-à-dire pendant près de douze cents ans, le plus profond silence règne dans les annales hébraïques sur les
* Larùsa, maintenant Nimroud , près dé Mossoul , selon H. Qualremère {Jowm. des Sav. 1869, p. 568, 6o5 et suiv.). Je préfère ridentifier avec XaAao-a'p. (Isidori Characeni Mansiones parthicœ, p. aSi, édit. Miller.) Près de là se troarent la plupart des villes du primitif empire d'Assyrie : m'72 = Xa)xûvhts ou Kccpiva; n73==XaAa ou KéAûweî (Gen. x, 10-1 1; Isid. Char. ibid,).
* Kunik, Mélanges asiatiques, 1. 1, p. 533 , 61 1 et suiv. Les étymologies données par M. Kunik ont été contestées par M. Spiegel {Mùnchener Gelehrte Anzeigen, a6 sepL i856) et par M. A. Weber (commimication particulière). L'explication àH Amarapàla , proposée pour Amraphel, parait devoir être abandonnée. Mais Aiioik =Aryàka doit être maintenu ; Tétymologie sémitique que M. Spiegel y sobstitae est inadmissible : le suffixe h n'est pas sémitique.
' Les peuples qu'ils ont à combattre sont avant tout les Refaim , les Zouâm , les Emim, non sémitiques. (Voy. les observations de M. Tuch, dans la Zeitsehr^t der d. m. Gesell. 1. 1, p. i6t et suiv.)
* Bumouf, Comment, sur le Ynena, I, addit. p. clxxii et suiv.
' Kunik, Mélanges asiat. t. I, p. 613, 623, 63o. — Coof. Mûller, Pragm. &»(. grœe. III, 626.
états du Tigre et du bas Euphrate. Pendant tout ce temps les relations d'Israël sont exclusivement bornées à l'Egypte, à la Phénicie et à la Syrie de Damas. Tout à coup, sous le règne d'Osias, roi de Juda; de Menahem, roi d'Israël; à l'époque brillante d'Amos, d'Osée, d'Isaïe (vers 770 avant l'ère chrétienne), apparaît dans l'histoire des Sémites une puissance formidable , dont rien jusque-là n'avait pu leur donner une idée. Les écrits d'Isaïe nous attestent en plusieurs endroits l'étonnement et la terreur que causèrent tout d'abord aux petits états sémitiques , qui ne connaissaient d'autres guerres que des razzias, cette redoutable organisation militaire, cette vaste féodalité qui faisait tout aboutir à un même centre, cette science de gouvernement qui leur était si complètement inconnue. On sent, au premier coup d'œil, qu'on a affaire à une autre race , et qu'il n'y a rien de sémitique dans la force nouvelle qui va conduire le sémitisme à deux doigts du néant. A Ninive, le contraste est plus frappant encore. C'est une immense civilisation matérielle, dont la physionomie ne rentre nullement dans le type général de l'esprit sémitique. La vie sémitique se présente à nous comme simple, étroite, patriarcale, étrangère à tout esprit politique; le Sémite n'est pas travailleur; la patience et la soumission que supposent chez un peuple des constructions comme celles de l'Egypte et de l'Assyrie lui manquent. A Ninive, au contraire, nous trouvons un grand développement de civilisation proprement dite , une royauté absolue, des arts plastiques et mécaniques très-avancés, une architecture colossale , un culte mythologique qui semble empreint d'idées iraniennes, la tendance à envisager la personne du roi comme une divinité, un grand esprit de conquête et de centralisation.
A défaut de la langue, peut-être à jamais perdue, de ces