LIVRE I, CHAPITRE IL
conquérants^, si nous étudions leurs noms propres, nous n'hésiterons pas à les déclarer étrangers aux Sémites. Rien n'est si facile à reconnaître, au premier coup d'oeil, qu'un nom propre sémitique : or les noms nouveaux qui frappèrent pour la première fois l'oreille des contemporains d'Isaïe , les noms de Téglath-Piléser, de Sanhérib, à* Asarhaddon , échappent à toutes les lois qui s'observent dans les noms hébreux , phéniciens , syriaques, arabes 2. Les tentatives d'Eichhorn, d'Adelung, d'Olshausen, pour expliquer ces noms par les langues sémitiques, ont complètement échoué. Lorsbach, Gesenius, Bohlen, en les tirant du persan, ont été bien plus près de la vérité, quoiqu'ils n'aient pas toujours porté dans cette analyse la rigueur désirable^. Plusieurs noms de rois assyriens, conservés par Eusèbe et le Syncelle, sont médo-perses*. On est porté à croire, par conséquent, que la dynastie qui éleva à un si haut degré, au viii* siècle, la puissance de Ninive était d'origine arienne ^.
6° Quelques années après l'apparition des rois de Ninive dans les affaires de l'Asie occidentale, vers le milieu du Yin* siècle, une dynastie, qui offre avec celle de Ninive des
' Les prophètes {h. xxtiii, ii; xxxiii, ig; Jér. t, i5; Deutér. xxriii, A9) présenteat les peuples de l'Assyrie et de Babylone comme des peuples dont les Juife n'entendent pas la langue ; mais ces passages n'ont pas assez de précision pour qu'il soit permis d'en tirer une conclusion arrêtée.
* Ewald, Gesch. des Volket Israël, t. UI, i" part. p. sgg-Soo. — Winer, Grammatik des bibl. und targum. Chald. p. 1 et a.
' Cf. Gesenius, Gesch. der hebr. Spr. p. 6a et suiv. Thés, passim. — Knobei; Die Vœlkerta/el , p. 1 56-157.
* Euseb. Chron. arm. t" part p. 98 et suiv. édiL Aucher. — Georgii Spcelli Otronogr. p. io3, 207, etc. Paris, i65a.
' M. Chwolsohn m'écrit qu'il est arrivé, par l'examen de Y Agriculture nabatéenne, à prouver que la classe aristocratique de Ninive n'était pas sémitique, maia que le fond de la population l'était. (Consulter avec réserve M. Niebuhr, Gesch. Assurs und Babels, p. ikd et suiv.)
croisements souvent difficiles à démêler, nous apparaît à Babylone. Il est probable que ces deux dynasties n'étaient que les deux branches, tantôt séparées, tantôt réunies, d'une même race qui régnait alors sur le Tigre et le bas Euphrate. En effet, les noms des rois assyriens de Ninive et des rois de Babylone conservés par les historiens hébreux appartiennent à la même langue. La physionomie de ces noms et les procédés de composition sont identiques de part et d'autre; souvent ce sont les mêmes mots qui servent de composants. Ainsi on retrouve dans les noms propres des deux nations les mots "îon^D , noK ou ISK, pN")ï et pK. Ces analogies semblent indiquer que la dynastie régnante de Babylone était proche parente de celle de Ninive, et que les questions relatives à la langue et aux antiquités des deux peuples à cette époque doivent être réunies. Il est remarquable, cependant, que les noms de dieux, Nebo, Nergal, Merodak, Bal, ne se trouvent que dans la composition des noms babyloniens. Or, parmi ces noms, celui de Merodak, qui entre dans la composition de tant de noms propres, Sisimordak, Mardokempad, Evil-Merodak , etc. est certainement iranien. 11 faut en dire autant des noms de dignités de l'empire assyro-babylonien , nns, ns^D, n^iJO, etc. dont plusieurs continueront à être employés sous la dynastie achéménide.
7** Au VII* siècle, un nom que nous avons déjà trouvé dans les souvenirs les plus anciens des Hébreux, celui des Kasdim ou Chaldéens, reparaît tout à coup, après quinze cents ans d'oubli, dans les affaires de l'Orient. La plus grande obscurité plane sur les circonstances qui amenèrent ce peuple à régner à Babylone ^ Quoi qu'il en soit, dès la fin du vu* siècle, le nom des
Le passage d'isaïe (xxiii , 1 3 ) résoudrait la question , s'il était clairement intelligible; mais ce passage présente de grandes obscurités. (Voy. Gesenius, Comment, uber Je$. a. h. 1.)