LIVRE I, CHAPITRE II. bb
Kasdim est indissolublement lié à celui de Babylone, et 5 peu près synonyme de Babyloniens et même quelquefois d^Assynens^. Ezéchiel (chap. ixiii) les représente comme vêtus d'habits magnifiques, montés sur des chevaux superbes, portant de longues tiares pendantes, et les appelle alternativement one^D, Vaa ''J3. Nebucadnezar, le plus célèbre des princes de cette dynastie, est qualifié de Chaldeen {^Esdr. v, 12).
Ce que nous avons dit sur l'idiome des dynasties régnantes à Ninive et à Babylone s'applique, par conséquent, aux Chaldéens. Le livre de Daniel distingue expressément la langue des Chaldéens de la langue vulgaire de Babylone (le sémitique sans doute), et nous présente l'étude de la littérature des Chaldéens comme un privilège de la classe noble , une sorte d'enseignement réservé, qui se donnait dans une école' du palais'-. Malheureusement ce livre, assez moderne, paraît écrit sans aucun sentiment de la réalité historique : peut-être le mot Chaldéens y est-il déjà pris dans le sens conventionnel que lui donnaient les Grecs et les Latins {XaXSaToi' yévos Maywv, Hesych.)'. Il est remarquable pourtant que les noms de cour que reçoivent Daniel et ses compagnons, à la place de leurs noms juifs, n'ont rien de sémitique [Dan. i, 7).
Nous avons admis précédemment que la population des
* Jâ*. XXI, &; nu, a5; xiT, 13, etc. — P$eudo-h.\u^ i, 5; xltiii, lA, ao. — Ezécli.Tun, aS.
' s Le roi ordonna à son grand eunuqae de lui amener les plus beaux et les plus nobles des enfants d'Israël et ceux qui étaient instruits dans toute sorte de sciences, afin qu'ils babitas&cnt son palais, et fussent instruits dans la littérature et la langue des Qialdéens.» {Dan. \, h.) — Si nous voyons, un peu plus loin (h, 4), les Chaldéens parler en araméen, c'est sans doute un artifice de l'auteur pour intercaler dans son texte un fragment écrit en celte langue , car, le discours fini, le récit continue en araméen.
» Ban. 11, a, 4. — Cf. Winer, Bihl. RealwcerL '. 991-aaa. — De WeUe, Emkitungin dat A. T. S 355 a.
Kasdea s'établit, dès une haute antiquité, dans les montagnes qui limitent au nord-est le bassin supérieur du Tigre. Tous les géographes anciens placent des Chaldéens en Arménie, dans le Pont et le pays des Chalybes ^ Là était sans doute la Chaldée primitive, un repaire de belliqueux montagnards, redoutés dans tout l'Orient pour leurs brigandages^, servant dans les armées étrangères, et jusque dans l'Inde, comme mercenaires^, parfaitement semblables, en un mot, à ce que sont de nos jours, dans les mêmes contrées, les Kurdes, avec lesquels on a tant de raisons pour les identifier.
En effet, entre les deux formes du nom de ce peuple, l'une hébraïque, Kasdim, l'autre grecque, HaXSouoi^ on est autorisé à supposer la forme intermédiaire Kard, voisine de la première par l'affmité des lettres s et r, et de la seconde par l'affinité des liquides / et r, lesquelles sont confondues dans les anciens dialectes de l'Iran*. Cette forme reparaît, aux diverses époques, avec une persistance remarquable , dans les noms de peuplades et de montagnes du Kurdistan : KdpSaxss, KapSov)(pt^, Kop- Siaioi, TopSvr]voi, TopSvoiioi, KvpTtoi, Gordiani, Kardu (nom de la province d'Ararat dans la paraphrase chaldaïque , et du mont Ararat chez les Syriens) ^, Kurdes. Cette identité , aperçue
Cf. Winer, Bibl. Eealwœrt. 1. 1, p. 917-218. — Knobel, Bie Vœlhertafeî der Genesis, p. i63. Constantin Porphyrogénète ( Z)e thematibm, p. 3o, édit. de Bonn) parle encore d'une province de XaA<5/a, dont Trébizonde était h capitale, et qu'il met en rapport avec les anciens Chaldéens.
• Habacuc, i, 6 et suiv. — Job, i, 17. — Xénophon, Cyrop. III, 1, 34. — i4naft. IV, III, A^VII, Tiii, 20.
' Xénoph. Cyrop. III, 11, 7; VII, 11, 5. — Anab. IV, m, 4.
* V Agriculture nabatéenne ^^résenle les deux formes 0 j;y'(>-»J, O^I-^v^, jamais {jj^iO'Jo.
' Cette dernière forme est sans doute venue aux Grecs par Farménien , comme l'indique la terminaison plurielle Gordouhh.
® Assem. Bibl. oi-ient. II, 11 3 ; III , 2' part. p. 'jBh.