LIVRE I, CHAPITRE IL
par Michaelis, Schlœzer, Friedrich, Heeren, mais démontrée d'abord par MM, Lassen et Cari Ritter^ est maintenant généralement admise^. On est donc autorisé à chercher dans la langue des Kurdes les traces de l'ancienne langue des Ghaldéens. Or la langue kurde se rattache aux dialectes iraniens, et même aux formes les plus anciennes de ces dialectes. C'est à tort que l'on a présenté cette langue comme un mélange de persan et de sémitique, analogue au pehlvi^. Les mots sémitiques y ont pénétré, soit par l'arabe depuis l'islamisme, soit par l'araméen, à une époque plus ancienne, et en particulier à l'époque des missions nestoriennes *. Le turc depuis quelques siècles y a introduit presque autant de mots que l'arabe et le syriaque réunis.
' Lassen, Die altpertischen KeiUnschriften von Penepolis (Bonn, i836), p. 81- 86, et dans la ZeiUchri/t fur die Kunde det Morgenlandet , L VI (i845), p. Ag- 5o. — Westergaard, ibid. p. 870 et suiv. — Jacquet, Journal asiat. juin i838, p. 593 et suiv. — Ritler, Erdkunde, Aufl. I (1818), t. II, p. 788-796; t. VIII, p. 90 et suiv. t. IX, p. 63o. Voy. cependant Hitzig, Die Grahtchrift des Darius (Zurich, 1847), p. 73 et suiv.
* Gesenius, Thés, au mot D^nC?D. — Rœdiger et Pott, dans la Zeitschriftfûr die Kunde des Morgenlandes , t. III ( i84o), p. 6 et suiv. — Ewald, Geschichte des Volkes Isr. I, 333. — Layard, Discoveries intheruins 0/ Nineveh andBabylon, toith traveh in Armenia, Kurdistan, etc. (London, i853), passim. — Kunik, Mélanges asiat. I, 53 1 et suiv. 54o note. — Hitzig, Urgesch. der Phûistœer,^. 46. — Pott, dans YEiicycl. d'Ersch et Gruber, art. Indogerm. Sprachstamm , p. 69. — Lengerke,^CTuian,p. 220-221. — Chwolsohn, Dje5»a/>wr, I, 3i2-3i3. — Lerch, Forschungen ûber die Kurden und die iranischen Nordchaldœer (Saint-Pétersbourg, 1857-38). M. Spiegel {Mùnch. Gel. Anz. ad et a6 septembre i856) a soutenu l'origine sémitique des Chaldéens, mais par des preuves qui n'ont pu me faire changer de sentiment.
' AdeiuDg, Miûirid. I, a3i, 297. — Klaproth, Asia polyglotta , p. 76 et suiv.
* Rœdiger et Pott, Kurdische Studien, dans la Zeitschri/t fur die Kunde des Morgenlandes, L III (i84o), mît. — Ritter, Erdkunde, t. IX, p. 628 et suiv. — A. Ghodzko, Joum. asiat. avril-mai, 1867. — Lerch, dans les Mékmges asiaL t. II, p. 617 et suiv. t. III, p. 109 et suiv. 2/12 et suiv. et ses Forschungen précitées. — A. Jaba, Recueil de notices et récits hourdes (Saint-Pétersbourg, 1860).
Tous ces faits nous invitent à considérer les Chaldéens établis à Babylone au vu" siècle avant notre ère comme un rameau détaché de la famille iranienne qui s'établit, plus de deux mille ans avant notre ère, dans les montagnes du Kurdistan, où on la retrouve encore aujourd'hui. Peut-être l'habitude qu'avaient ces peuples de se mettre à la solde des Etats voisins leur aura-t-elle livré Babylone , de la même manière que Bagdad tomba, quinze cents ans plus tard, sous la dépendance des milices du Nord , que le khalifat était obligé d'entretenir. Devenus la caste dominante à Babylone, ils auront, comme les Turcs, donné leur nom au pays, bien que l'immense majorité de la population appartînt à une autre race. Mais comment ce nom de Chaldéens, qui semble, dans les écrivains hébreux, désigner un peuple exclusivement militaire, en était-il venu, dès l'époque d'Hérodote^ à désigner une classe de prêtres, et, quelques siècles après, un corps de savants^? C'est ce qu'il est assez difficile d'expliquer. Peut-être, comme les Mèdes, avec lesquels ils ont plus d'un lien de parenté, ou comme les Celtes, dont on a voulu les rapprocher, les Kasdes avaient-ils, à côté de leurs institutions militaires, une classe sacerdotale analogue aux Druides ou aux Mobeds ^. Peut-être aussi les institutions scientifiques données pour chaldéennes étaient-elles un héritage des anciens habitants de Babylone : le nom de Chaldée étant devenu synonyme de Babylonie, on aura traité comme chaldéen tout ce qui se rapportait à la Babylonie. La distinction des Kasdes (ce mot désignant la caste scientifique et sacerdotale) et des Chaldéens (militaires), adoptée par quelques savants, résoudrait ces difficultés; mais il serait singulier que les
» Hérod. Jïwe.!, 181, 1 83.
• Dan. II , 2 , 5 , 1 0 ; iT, 5 ; V, 7, 1 1 .
* Bergmann , Les peuples primitifs de la rate de Jqfète , p. 1 5, 23, ko, ^7 et suiv.