‹ Histoire générale et système comparé des langues SémitiquesChapitre 45 sur 281 · LIVRE I, CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE IL

breux exemples ^ sinon que chaque langue était inséparable de son alphabet en Assyrie? On pourrait supposer, il est vrai, que l'alphabet cunéiforme, en qualité d'alphabet monumental, pouvait s'appliquer à des langues diverses, de même que M. Lassen et M. Layard^ ont supposé, non sans vraisemblance, que l'alphabet sémitique devait être l'alphabet çursif de l'Orient assyrien et persan. Mais la parité n'est pas entière; car on comprend que des langues qui n'ont qu'un alphabet impraticable dans les relations privées empruntent ailleurs leur alphabet cursif, tandis qu'on ne concevrait pas qu'une langue possédant un alphabet aussi parfait que l'alphabet sémitique se fût laissé écrire dans un caractère aussi imparfait et aussi compliqué que celui des inscriptions cunéiformes. L'écriture alphabétique est depuis une haute antiquité le privilège particulier des Sémites : c'est aux Sémites que le monde doit l'alphabet de vingt-deux lettres. Comment supposer que, pour écrire sur les monuments les langues sémitiques, on les eût dépouillées de l'alphabet qu'on leur empruntait pour l'usage privé ? Il est clair que toutes ces considérations devraient céder devant un déchiffrement vraiment scientifique qui établirait que l'une des écritures cunéiformes recèle une langue sémi-

' n ne faut pas compter au nombre de ces anciens monaments de répigraphie sémitique les plats de bronze portant des inscriptions en caractères hébraïques et e$tranghelo, que M. Layard a trouvés à Babylone, et que l'on a voulu, bien à tort, rapporter à l'époque la plus ancienne du séjour des Juifs en Assyrie. (Discoveriet m the ruitu ofNineveh and Babylon, p. 609 et suiv.) Les idées magiques et cabalistiques qui s'y rencontrent, et qui rappellent celles des Gnostiques ou des Sabiens, obligent de les rapporter à une date bien plus récente que celle qu'on voulait leur attribuer. M. Lévy {ZeiUchrift der d. m. G. (i855 ) , p. 465 et suiv. et Epigr. Beitràge ztir Ge$ch. derJuden, p. 267 et suiv.) a pourtant démontré que ces textes ont été écrits par des Juifs.

* Lassen, dans la ZeiUchrift fur die Kunde det Morgerdandet , tVI (i845), p. 56a. — Layard, Discoveriet, etc. p. i55, 346.

tique; mais, jusqu'à ce que cette démonstration ait été fournie (et il faut avouer qu'elle ne l'est pas encore), on en sera réduit aux conjectures et aux opinions préjudicielles. Or je dois dire qu'avec le sentiment que je peux avoir du sémitisme, il me répugne d'admettre qu'une langue purement sémitique ait jamais été écrite dans cet alphabet.

Je n'ignore pas que cette manière de voir est en opposition avec celle de la plupart des savants qui se sont occupés jusqu'ici du déchiffrement des inscriptions de la deuxième espèce; mais je dois dire qu'aucune de leurs tentatives, quelque honorables qu'elles soient pour leurs auteurs, n'a pu entraîner ma pleine conviction. La langue sémitique qui résulte des lectures de M. Oppert, par exemple, les plus autorisées de toutes, ne me satisfait pas. Cette langue ne ressemblerait à aucun des dialectes sémitiques actuellement existants ^ S'il en est ainsi, avec combien de réserve ne doit-on pas se laisser aller au dangereux penchant de supposer des formes et des mots inconnus dans une famille aussi homogène et aussi limitée que la famille sémitique! Champollion déprécia parfois sa méthode en créant, pour le besoin de ses explications, des mots dont le copte ne présente aucun vestige; j'ose dire, au contraire, que Burnouf n'a jamais inventé une seule forme grammaticale sans y être invinciblement conduit par l'analogie.

M. Oppert suppose que la langue des inscriptions de la deuxième espèce se rapproche de l'ehkili, du mahri, en un mot de la branche d'idiomes qui semble devoir porter le nom de couschite ^. Je suis persuadé du moins que , si un dialecte de

' Oppert, danslMt^œum fronçais, 21 octobre i854. * M. Buosen développe une hypothèse analogue. {^Ouilines, I, 198 et suiv. London, i85Zi.)

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