LIVRE I, CHAPITRE II
liak et le tcliérémisse , et prétend nous donner, avec le secours des inscriptions, une grammaire scythique complète^. Il faut manquer bien profondément du sentiment de la philologie pour s'imaginer qu'en réunissant sur sa table quelques dictionnaires on pourra résoudre le problème infiniment délicat, s'il n'est pas insoluble , d'une langue inconnue écrite dans un alphabet en grande partie inconnu. Lors même que la langue des inscriptions serait parfaitement déterminée, ce ne serait que par une connaissance intime de tous les idiomes voisins qu'on pourrait arriver à donner avec certitude l'explication et l'interprétation grammaticale de ces textes obscurs.
1 o" Vers l'époque de l'ère chrétienne , les limites des langues sémitiques étaient, du côté de la Perse, à peu près ce qu'elles sont aujourd'hui, c'est-à-dire qu'elles s'étendaient jusqu'aux montagnes qui limitent à l'orient le bassin du Tigre et du Zab. Deux mots de la langue de l'Adiabène, qui nous ont été conservés par Josèphe^, sont purement araméens. Les noms des rois de cette contrée sont, il est vrai, persans; mais je n'oserais conclure de là, avec M. Quatremère', que la langue du pays fût mêlée de persan et de syriaque : une dynastie étrangère porte ses noms avec elle. L'histoire d'Arménie présente une foule de souverains avec des noms persans, sans que jamais le persan ait été la langue de l'Arménie. La Mésène était aussi une province sémitique , comme le prouvent les noms à! kSevvriçnyos y ^w/wt;^,^*, AtlâfjiÇiXos, A.Ssvvtyao, Malechus, donnés par les textes historiques et les médailles ^
' Journal of the royal Asiatie Soeietif, vol. XV, part. i. » De beUo JutL 1. V, c. ii, S 5; Antiqq. 1. XX, c. ii, S 3. ^ Ménwin ntr les Nabatéetui, p. 68, laS, ia6. — Ghwolsohn, Diê Stabier, 1.379.
* Cf. Assemani, Bibl. or. I, Ai g.
* Saint-Martin , Reeh. tw la Métène, p. 1 69 et sniv. — Quatreroère , Joum. des
11° Sous les Sassanides, le commerce des langues sémitiques et iraniennes sur les bords du Tigre fut plus intime que jamais. C'est à cette époque qu'il faut rapporter le phénomène singulier de la formation du pehlvi ou huzwâresch^. Les inscriptions et les médailles des Sassanides offrent le même caractère que le pehlvi, je veux dire le mélange intime du sémitique et de l'iranien ^. Le point de formation de cet idiome fut sans doute les provinces occidentales de la Perse ^ : tous les emprunts sémitiques qu'on y remarque se rapportent à l'araméen. M. Spiegel croit pouvoir désigner d'une manière plus précise la province nabatéenne de Sévad*; en effet, les particularités sémitiques du pehlvi rappellent beaucoup les idiotismes du dialecte mendaïte ou sabien, qui nous représente le nabatéen. Ainsi , dans les mots empruntés par le pehlvi . toutes les gutturales se confondent en x : ndxV pour XDnVî aiLA pour KiDn, comme cela a lieu dans le Talmud et dans les idiomes populaires de l'Irak.
Sav. oct. 1857, p. 639, 628, 63 1. — Langlois, Numismatique des Arabes, p. Sg et suiv.
^ Spiegei, Avesta, trad. I, p. 18 et suiv. et 3" Excurs.; le même, Grammatik der Huzwâreschsprache , p. i64, Vienne, i856. Pour i'étymologie du mot pehlvi, voir deux passages importants du Schah-naineh , I, p. 16, 20 (édit. Mohl), et le passage du Kitâb el-fhriat sur les langues et les écritures de la Perse [Journal des Sav. 1 84 0, p. 4 1 4 et suiv. ).
* Spiegel, Gi-amm. p. 1 66 et suiv. — Haug, Ueber die Pehlewi-Sprache , p. 5-6 , 93-2 4 ; Gœttingen, i854. Les différences que M. Weslergaard (Bundehesch , liber pehlevicus, prœf. Havniœ, i85i) a signalées entre le pehlvi et la langue des inscriptions de Sapor I" jie sont pas bien essentielles. L'opinion qui voit dans le peblvila langue des Parthes, remplacée à l'époque sassanide par le parsi (Pott, Indogenn. Sprachstamm, p. 59 et suiv. dans l'Encycl. d'Ersch et Gruber; Quatremère,Joum. de* Sar. juin et juillet i84o), doit aussi être abandonnée.
' Pott, Etymol. Forsch. I, Einl. p. xxii. — Mohl, Le livre des Rois, I, préf. p. xiii-xiT. — Haug, op. cit. p. 9 5 et suiv.
* Gramm. der Huzw. p. aA, 163 et suiv. Cf. Jour», asiat. août-sept. i86t, p. 170-171, note.