‹ Histoire générale et système comparé des langues SémitiquesChapitre 48 sur 281 · LIVRE I. CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

LIVRE I. CHAPITRE IL

Le pehlvi est sans contredit l'exemple le plus frappant qu'on puisse citer d'un idiome métis. La pénétration de l'iranien et de l'araméen y est si profonde , sous le rapport lexicographique , et même sous le rapport grammatical, qu'on a pu se demander laquelle des deux familles doit être considérée comme la base, et laquelle conmie l'accessoire'. Il ne paraît plus douteux que le fond véritable ne soit l'iranien : cependant les problèmes relatifs à ce langage étrange sont loin d'être résolus. On a droit de se demander, par exemple, si un idiome qui contrarie d'une manière aussi violente toutes les lois de la philologie comparée a jamais été une langue parlée. M. Spiegel n'y veut voir, avec toute raison, ce semble, qu'un genre de style convenu et prétentieux, analogue au persan moderne, où il est de bon ton de remplacer les mots persans par des mots arabes. Dans la plupart des cas, en effet, le mot sémitique et le mot iranien coexistent et peuvent être indifféremment employés, à peu près comme en anglais le mot roman et le mot anglo-saxon : il est remarquable que les mots sémitiques ainsi introduits sont justement les plus essentiels, tels que ciel, eau, père, mère, etc. L'état de sécheresse et de pauvreté grammaticale oiî était déjà réduit l'iranien a pu, à l'époque des Sassanides , comme à l'époque des dynasties musulmanes, favoriser cette intrusion^. Un curieux passage du Kitâb el-Jihrist, traduit pour la première fois par M. Quatremère',

* W. Jones, dans les Asiatie. Researehes de la Sodété asiatique de Calcutta, t. II, p. 52. — J. Mûller, Mém. sur lepehlvi, dans le JounuU asiatique, aYiil 1889. — Lasseo , dans la ZeiUchriftfwr dieKmde des Morg. VI, p. 547. — Spiegel, dans la ZeiUchnftJur die IVisa. der Spr. de Hœfer, 1. 1, p. 64 et suiY.

* Spi^l, Gramm. p. i4 et suiv. 169 et suiv. Aretta, tradactioB, I, p. 57. H. Haug {op. cit. p. 23 et suiv.) parait porté à exagérer le côté sémitique da pehlvL

* Mém. sur les NabaL p. 137-188. Cf. un autre passage, ibid. p. 98. Peut-être

semble appuyer bien fortement l'opinion de ceux qui regardent l'idiome dont nous nous occupons comme un style artificiel, et non comme une langue consacrée par l'usage du peuple dans l'une des provinces de l'empire persan.

S IV

11 nous reste à discuter les frontières de la race sémitique du côté de l'isthme de Suez, et à rechercher si la langue copte, qui nous représente avec une exactitude suffisante l'ancien égyptien, doit être rangée dans la même famille que l'hébreu, l'arabe et le syriaque. Les premiers savants rui s'occupèrent du copte, Barthélémy, de Guignes, Giorgi, de Rossi, Kopp, frappés de quelques analogies extérieures, s'emp/*essèrent de proclamer la ressemblance de cette langue avec l'hébreu. Renaudot avait déjà aperçu le peu de solidité de ces rapprochements, et M. Quatremère, dans le savant mémoire oiî il établit pour la première fois le véritable caractère et l'importance de la langue copte \ n'hésita point à déclarer que cette langue constitue une langue mère et sans analogie avec aucun autre idiome connu.

La méthode de la philologie comparée , éclose en Allemagne au commencement de ce siècle , a fait naître une nouvelle série d'efforts pour classer la langue copte. M. Lepsius fit paraître en i836 deux opuscules^, oii, par la comparaison des

le singulier verset d'Esdras (it, 7 ) , oià l'on suppose généralement une faute, s'explique-t-il par le rapprochement des deux passages précités.

■ Mém. sur la langtie et la littérature de l'Egypte (Paris, 1808), p. 16.

* Zwei sprachvergleichende Abhandlungen ,1. Ueber die Anordnung und Verwandttchaft des Semitischen , Indischen, /Ethiopischen , Altpersischen und Alt-yEgyptiscJien Alphabets. IL Ueber den Ursprung und die Verwandtschaft der Zahlwortei' in der Itido-germanischen, SemitiscJien und Koptischen Sprache ; Berlin, i836. (Voir aussi une lettre du même savant publiée par le D' Wiseman dans ses Confér. sur let rapports entre la science et la religion révélée , I*' dise, a* part.)

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