‹ Histoire générale et système comparé des langues SémitiquesChapitre 54 sur 281 · LIVRE I, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE II

taire, tantôt soumis, comme nous le voyons pour les Beni- Israël, tantôt maîtres, comme dans le cas des Hyksos, mais toujours détestés [Gen. xlvi, Sli). L'étroite vallée du Nil portait seule le nom de X»;/^/ (terre noire); le reste du pays s'appelait A.i&jti à l'ouest, kpoËia à l'est. Cette seconde partie, où l'on ne voyait qu'un prolongement de l'Arabie, était occupée, alors comme de nos jours, par des Bédouins : on a remarqué que la terre de Goschen , habitée par les Israélites , était elle-même un désert fort ressemblant à la région sémitique de l'Asie ^.

Il faut donc former pour la langue et ia civilisation de l'Egypte une famille à part, qu'on appellera, si l'on veut, éhamitique. Au même groupe appartiennent sans doute les dialectes non-sémitiques de l'Abyssinie et de la Nubie : plusieurs mots de l'ancien égyptien s'expliquent, dit-on, par ces langues 2. Des recherches ultérieures nous révéleront si, comme on l'a conjecturé, les langues indigènes du nord de l'Afrique, le berber et le touareg par exemple, qui paraissent représenter le libyque et le numide anciens, doivent être rangées dans la même famille *. Une particularité importante du touareg et du berber, le préfixe m pour la désignation du génitif, se retrouve en copte. Il résulte, au moins, des dernières explorations dirigées vers le centre de l'Afrique, que le touareg n'est que le berber dégagé de l'influence arabe , et qu'une famille de langues et de

' Bertheau, Zw Gesck. der Israël, p. 3&0. — Conf. 6?e>i. ch. xlti.

• De Rougé, Inacript. du tombeau d'Ahtnès, p. i84.

* Jadas, Etude démonstr. p. 2o5 et suiv. — Joum. Asiat. mai 1847, p. 455, et avril-mai 1862 , p. 422 et suir. — Movers, Die Phcen. t. II, a* part. p. 364 et suiv. — Barth, Travels and dite, m north and central AJrica, I, c x, et Sammlung und Bearbeitung central-afrikaniacher Vokabularien , I, ixxiv. — Pruner-Bey, dans le Bulletin de la Société d'Anthropologie, 11,544, 546. Le ^Ua , selon M. Newman , se rattacherait à la même famiUe.

peuples sut generis s'étend en Afrique depuis les oasis de l'Egypte et même depuis la mer Rouge jusqu'au Sénégal, depuis la Méditerranée jusqu'au Niger ^

Ce qu'il est également permis d'affirmer, contrairement à une opinion souvent émise ^, c'est que le berber n'appartient pas à la famille sémitique^. Sa position à l'égard de cette famille est à peu près la même que celle du copte ; tout en présentant avec l'hébreu de nombreuses affinités grammaticales , le berber en est complètement distinct pour le dictionnaire. Il a subi une longue influence sémitique, par suite de ses rapports avec le carthaginois et l'arabe. Mais le touareg, qui n'a pas subi cette invasion de mots étrangers, nous offre un critérium pour distinguer les altérations du génie primitif. Sans cesse envahie en effet, depuis plus de mille ans avant l'ère chrétienne, par des populations charianéennes ou arabes*, l'Afrique septentrionale devint réellement une terre sémitique , non pas sans doute au même titre que l'Arabie , la Palestine , le bassin du Tigre et de l'Euphrate , mais en ce sens qu'à une époque connue la race sémitique y a fait prédominer son idiome. Il est même remarquable que l'arabe ne fut réellement conquérant que de ce côté.

* De Slane , Appendice au tome IV de YHist. des Berbers d'Ibn-Khaldoun , p. 4 9 5 et suiv. — Faidherbe , dans le Bulletin de la Société de géog. févr. i85i, p. 35. — Reinaud, Rapports sur les travaux de M. Geslin et de M. Hanoteau {Moniteur des 7 et 8 août i856, et du 6 août 1867). — Vivien de Saint-Martin, Revue contemp. i5 sept. 1855, p. /i36 et suiv. — Latham, dans le Report ofthe Brit. Assoc.for the advancement of science (18^7), p. 212 et suiv. 222 et suiv. — J. Richardson, matériaux imprimés par le Foreign Office, non livrés au public. (La bibliothèque de l'Institut en possède un tirage.)

' Cf. Newman , dans la Zeitschriftfûr die K. de* M. t. VI , p. 261, Sog-S 1 0, etc. M. de Slane croit avoir retrouvé en berber la triiitérité des racines , les formes des verbes et ies particularités des verbes faibles et défectifs.

' Voir les très-utiles ouvrages de M. Hanoteau : Essai de grammaire kabyle, Alger, 1 8 5 8 , et Essai de grammaire de la langue tamachek ( touareg ) , Paris , 1 8 6 0 .

* Movers, t. II, 3' part. p. 4i 2 et suiv.

Page 1