LIVRE I, CHAPITRE II
Ni au nord, ni à l'est, il ne réussit à reculer beaucoup la limite des langues sémitiques, et ne put forcer l'obstacle que lui opposèrent le persan, l'arménien et les dialectes tartares. \ ers l'ouest, au contraire, sur une ligne prodigieusement étendue, il devint la langue vulgaire des pays conquis par l'islamisme. Les traditions des Arabes sur leurs migrations anlé-islamiques en Barbarie \ traditions qui semblent empruntées aux fables des Juifs sur le passage des Chananéens en Afrique , n'ont sans doute par elles-mêmes aucune valeur historique ; elles répondent cependant à un fait réel , aux profondes racines que la race arabe a dans ce pays, devenu en quelque sorte le sanctuaire du sémitisme : on peut dire, en effet, que l'Afrique da nord, et en particulier le Maroc, est de nos jours le point du monde où l'esprit arabe s'est le mieux conservé, et semble le moins près de céder aux influences de l'étranger.
Il semble, du reste, qu'une sorte de maîtrise intellectuelle et morale ait été confiée à la race sémitique sur l'Afrique tout entière. En religion, cet ascendant se trahit par les progrès de l'islamisme, qui s'accomplissent de nos jours avec tant de rapidité sur toute l'étendue du continent africain. Dans les langues, la propagande sémitique, si j'ose le dire, est plus frappante encore. Non-seulement presque tous les idiomes indigènes ont admis une foule de mots sémitiques pour exprimer les idées nouvelles que la race conquérante portait avec elle; mais plusieurs langues de l'Afrique centrale et orientale, le galla, le somauli, le dankali, le barari (voy. ci-dessous, 1. IV, c. I, S 6), paraissent avoir suivi la même ligne que le copte et le berber, et avoir puisé dans leur commerce avec les langues sémitiques des éléments considérables de leur sys-
^ Voir, sur ce sujet, une curieuse lettre d'Abd el-Kader au général Daumas [Revtie des deux tnondet , i5 février i85&).
tème. Les idiomes primitifs de l'Afrique nous apparaissent ainsi dans une sorte d'état mou et incomplet, qui attendait du contact d'idiomes supérieurs son plein développement. Cette loi importante de philologie générale recevra sans doute un plus haut degré de précision quand les idiomes de l'Afrique seront devenus pour la science européenne l'objet d'un examen suivi.