PRIMITIVE
Dès une haute antiquité nous trouvons les langues sémitiques divisées en dialectes fort ressemblants l'un à l'autre, mais dont chacun néanmoins avait sa physionomie distincte. Quelle idée se former du phénomène primitif qui produisit ces variétés? Comment expliquer l'origine des dialectes et l'apparition des propriétés qui les caractérisent? L'homogénéité si frappante de la famille sémitique prête un relief tout particulier à ce problème , et fournit pour le résoudre des données auxquelles ne conduirait pas également l'étude des autres familles, dont l'unité a été si profondément brisée.
Ecartons d'abord toute idée d'une iérie linéaire, en vertu de laquelle l'une de ces langues serait mère et les autres dérivées, en sorte que de la plus ancienne à la plus moderne il y eût filiation directe, comme le voulait l'ancienne philologie. Les langues qui représentent de véritables individualités (je ne parle pas des idiomes de seconde et troisième formation , comme le français, l'hindoustani, etc.) se produisent parallèlement, et non comme les anneaux d'une même chaîne; elles sont sœurs , et non filles les unes des autres. Nulle d'entre elles n'a le droit de réclamer la primogéniture, et, s'il en est qui offrent une physionomie plus ancienne, ce n'est pas qu'elles aient
sur les autres l'avantage d'une véritable priorité, mais c'est qu'elles ont été plus tôt arrêtées dans la série de leurs révolutions. L'hébreu, par exemple, peut, en un sens, être considéré comme plus ancien que l'arabe; non pas que chronologiquement la première de ces langues soit antérieure à la seconde , mais parce que la première , ayant moins vécu , s'est moins développée que la seconde , et présente ainsi avec plus de pureté le système primitif de la famille à laquelle elle appartient.
Mais, s'il faut renoncer à chercher parmi les dialectes actuellement existants l'idiome sémitique primordial , ne peut-on pas , du moins , admettre que ces dialectes tirent leur origine d'une langue maintenant évanouie, qui serait le prototype commun de la famille et aurait renfermé en germe les procédés que les branches diverses se sont partagés? Des faits particuliers aux langues sémitiques donnent, il faut l'avouer, à cette hypothèse un grand air de vraisemblance. Telle est la facilité avec laquelle le système des langues sémitiques se laisse ramener à un état plus simple qu'on est tenté de croire à l'existence historique et à la priorité de cet état, en vertu du principe, si souvent trompeur, que la simplicité est antérieure à la complexité. De bonne heure , cette idée se produisit parmi les savants voués à l'étude des langues sémitiques. Elle a été adoptée, au moins comme probable, par Michaelis, Adelung, Klaproth, Gesenius, Guillaume de Humboldt, et elle est devenue, de nos jours, en Allemagne, la base d'un système de philologie comparée dont nous aurons plus tard à apprécier la valeur ^.
1 J. D. Michaelis, Supplem. ad Lex. hebr. p. 345 et i AS a. — J. H. Michaelis, notes au Traité de la poésie des Hébreux de Lowth, leçon 3*. — Adelung , Milhr. I, Soi. — Klaproth, Observation* tur la racines de» langues sémitiques, à la suite