LIVRE 1, CHAPITRE IIÎ
Efns, yiD, pnD, iid, ms, 0")D, vid, ms; et, avec un adoucissement de la première radicale : K"!3, ma, "na, e?i3, ni3, n3; et, par le changement du i en sifflante : nsD, nsD,
y^D, D2D, ySD, Vm, 2?23, 133, NÎ3, pT3, 1t3, "7113, 1113,
h'iii etc. De même en arabe : ^ji, o^j^^ dPJ^* py» <4r*»
Les deux articulations fondamentales yp, exprimant l'idée de couper, donnent : ysp, Dop, n: , nia, gî3, vu, 'pîj, "ira, lin, ni3, np, ma, »)n3, na, ysn, 3sp, nsp, »)sp, ysp, isp, HDD , DD3 , riDD , DDH , nSH. Arabe : ki , <-Ja* , vk» , ^-ikS , JJaï , ^oJâJi 7 <xj> ) «Xi ) etc.
Ainsi le sens nous apparaît partout attaché à deux articulations fondamentales, qui s'adoucissent, se fortifient, se complètent de mille manières , selon la nuance qu'il s'agit d'exprimer, ysp désigne l'idée de briser avec plus de force que îîa, et yiD , l'idée de séparation avec plus d'éclat que Dis ; mais c'est toujours une même idée, comme c'est toujours un même son qui fait l'âme de ces diverses séries. On arrive ainsi à une langue monosyllabique, sans flexions, sans catégories grammaticales, exprimant les rapports des idées par la juxtaposition ou l'agglutination des mots; à une langue, en un mot, assez analogue aux formes les plus anciennes de la langue chinoise. Un tel système devrait sans doute être considéré comme logiquement antérieur à l'état actuel des langues sémitiques ; mais est-on en droit de supposer qu'il ait réellement existé ? Voilà sur quoi un esprit sage, persuadé qu'on ne saurait deviner a priori les voies infiniment multiples de l'esprit humain, hésitera toujours à se prononcer.
Comment concevoir, en effet, le passage de l'état monosyllabique à l'état trilitère? Quelle cause assigner à cette révolution? A quelle époque la placer? Serait-ce, comme le disaient
naïvement les anciens linguistes, lorsque les idées se multiplièrent et qu'on sentit le besoin d'exprimer plus de nuances, ou, comme Gesenius inclinait à le croire \ au moment de l'introduction de l'écriture? Est-ce par hasard, est-ce d'un commun accord que se fit cette innovation grammaticale? On ne pourrait citer un seul exemple d'un pareil changement. L'homme ne complète pas plus le langage qu'il ne l'invente de propos délibéré. La raison réfléchie a bien peu de part dans la création et dans le développement des langues. Il n'y a pour elles ni conciles ni assemblées délibérantes; on ne les réforme pas comme une constitution vicieuse. Les idiomes les plus beaux, les plus riches, les plus profonds, sont sortis, avec toutes leurs proportions , d'une élaboration silencieuse et qui s'ignorait ellemême. Au contraire, les langues maniées, tourmentées, faites de main d'homme , portent l'empreinte ineffaçable de cette origine dans leur manque de flexibilité, leur construction pénible, leur défaut d'harmonie. L'homme primitif put, dans ses premières années, construire sans travail l'édifice du langage; car les mots facile et difficile n'ont pas de sens appliqués au spontané; mais à la réflexion tout devient impossible : le génie suffit à peine aujourd'hui pour analyser ce que l'esprit de l'enfant créa de toutes pièces et sans y songer.
On ne saurait admettre dans les langues aucune révolution artificielle et sciemment exécutée. Or le passage de l'état monosyllabique à l'état trilitère est de ceux qui n'auraient pu se faire sans une très-grande réflexion. Les seules langues monosyllabiques que nous connaissions, celles de l'est de l'Asie, ne sont jamais sorties de leur état. Rien n'autorise, par conséquent, h transformer en fait historique l'hypothèse du monosyllabisme primitif des langues sémitiques , hypothèse qui n'est
' Lehrgehàude der hebi\ Spr. p. 18 5- 186.