LIVRE I, CHAPITRE III
au fond qu'une manière commode de se représenter les faits. Sans doute le thème fondamental de la racine , dans les langues sémitiques comme dans toutes les autres, fut généralement monosyllabique, puisqu'il n'y a guère de motif, conune l'a dit G. de Humboldt^, pour désigner, tant que les mots simples suffisent aux besoins, un seul objet par plus d'une syllabe, et que d'ailleurs, en cherchant à reproduire l'impression du dehors, impression rapide et instantanée, l'homme ne dut en saisir que la partie la plus saillante, laquelle est essentiellement monosyllabique. Mais dans la synthèse primitive de l'esprit humain, l'accessoire ne se distinguait pas du principal; l'idée se produisait comme un tout, avec l'ensemble de ses circonstances. Le Sémite n'aura pas commencé à exprimer l'idée de briser par le monosyllabe 1D, d'où seraient dérivés postérieurement y"!D, ■^D, etc. Toutes ces variantes du thème primordial ont dû coexister dès l'origine , et ID n'est qu'une abstraction logique, un élre de raison, formant, il est vrai, l'essence des mots précités, mais n'ayant jamais eu d'existence isolée. De même pour la racine ij, j'imagine que chacun, à l'origine, conjuguait ce verbe à sa manière, l'un sur le type n:, l'autre sur le type n:, un troisième sur le type m:, et ainsi la variété actuelle, loin d'être l'épanouissement de l'unité primitive, n'est que la continuation peut-être amoindrie et restreinte de la variété primitive.
La formation des catégories grammaticales prête à des considérations analogues à celles que nous venons de développer. En analysant les langues les plus anciennes, on voit peu à peu s'effacer les limites de ces catégories, et l'on arrive à une racine fondamentale qui n'est ni verbe, ni adjectif, ni substan-
' Leber die Verschiedenheit des menschl Sprachb. (introd. à YEuaisur le hawi), p. cccLxxxix et suiv. — LeHre à Abel Rémutat, p. 84-85.
tif, mais qui est susceptible de revêtir ces différentes formes. Est-ce à dire que dans l'état primitif il n'y eut aucune division des parties du discours? Non certes. La racine indivise, réunissant en puissance les rôles divers que les progrès de la réflexion ont depuis séparés, n'a jamais existé à l'état abstrait. L'idée s'est exprimée tout d'abord avec son cortège de déterminatifs et dans une parfaite unité.
On ne peut donc envisager la .supposition d'un état monosyllabique, bilitère et sans catégories grammaticales, dans les langues sémitiques, que comme une hypothèse artificielle, satisfaisant à ce besoin de l'esprit qui nous porte à expliquer la complexité actuelle par la simplicité primitive. On se figure trop souvent que l'élément qui paraît simple, relativement à nos procédés analytiques, a dû précéder chronologiquement le tout dont il fait partie. C'est là un reste de la méthode des scolastiques, et de la tendance qui portait l'ancienne philosophie à substituer des conceptions logiques aux considérations historiques et expérimentales. Loin de débuter par le simple, l'esprit humain débute en réalité par le complexe et l'obscur; son premier acte renferme en germe les éléments de la conscience la plus développée : tout y est entassé et sans distinction. L'analyse découvre ensuite des degrés dans cette évolution spontanée; mais c'est une grave erreur de croire que le dernier degré , auquel nous arrivons par l'analyse , soit le premier dans l'ordre généalogique des faits.
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La question des dialectes est résolue, à notre avis, par les observations qui précèdent. Il semble au premier coup d'œil que rien n'est plus naturel que de placer l'unité en tête des diversités et de se représenter les variétés dialectiques comme