‹ Histoire générale et système comparé des langues SémitiquesChapitre 62 sur 281 · LIVRE I, CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE III

Plusieurs faits, dont il faudrait se garder, il est vrai, d'exagérer la signification , se réunissent aux inductions qui précèdent pour établir la promiscuité primitive des dialectes sémitiques. Ainsi les noms propres les plus anciens des histoires hébraïques offrent beaucoup d'aramaïsmes : ex. njn, nnini, etc. Les fragments archaïques insérés dans la Genèse , les maschal de Balaam , le cantique de Débora , renferment aussi des traces nombreuses du mélange des dialectes. C'est en ce sens que M. Movers a pu soutenir le principe, que les aramaïsmes, dans un livre hébreu , sont la preuve d'une très-récente ou d'une trèsancienne composition ^ D'extrêmes précautions, toutefois, sont ici commandées. En ce qui concerne le Livre de Job, par eremple, on a voulu conclure, des arabismes et des aramaïsmes qu'on croyait y trouver, qu'il a été composé avant tous les autres monuments de la littérature hébraïque, à une époque oiî les divers idiomes sémitiques n'étaient pas encore distincts ^. Mais cette opinion ne saurait tenir devant la critique. L'hébreu du livre de Job est très-pur, et, en tout cas, une ligne de démarcation fort sensible sépare les aramaïsmes des morceaux archaïques, tels que le cantique de Débora, et les aramaïsmes des ouvrages qui ont été écrits sous l'influence chaldéenne.

Quelques faits établissent, d'un autre côté, la séparation des dialectes sémitiques à une époque fort reculée. Les noms des tribus arabes mentionnés dans les parties les plus anciennes de la Genèse sont quelquefois précédés de Taiticle el, et nous offrent, par conséquent, un des traits caractéristiques delà langue arabe. Laban (Gen. xxxi, lij) nomme en araméen la*» Krmns; le monument que Jacob a appelé en hébreu lyhi. Ce

• ZeiUckriftfar Phil. tmd kathol Tkeol (Bonn), XVI, 167.

* Conf. J. H. Micbaelis, notes au traité de la Poéiie sacrée de$ Bébreux, de Lowlh, leçons 3* et 3a*.

n'est là sans doute qu'un thème étymologique sur le nom de Gahad, fait après coup , comme on en rencontre tant dans la Genèse; mais ce passage nous atteste au moins qu'à l'époque on la tradition se forma les deux dialectes étaient parfaitement distincts.

Il faut donc comprendre les dialectes , en linguistique , de la même manière que l'on entend , en histoire naturelle , les espèces constituées, c'est-à-dire comme un fait actuel et désormais permanent, sans rechercher si les diversités présentes existaient ou non à l'origine. Chaque dialecte porte son caractère naturel, qui suffit pour lui assurer une existence indépendante. Les langues toutefois, tenant intimement au caractère variable et progressif des facultés humaines, n'ont pas la stabilité des espèces de la nature. Elles participent à toutes les révolutions de l'histoire et de l'esprit humain, et peuvent, en se combinant dans des proportions diverses, engendrer des idiomes nouveaux , qui sauront eux-mêmes, par l'originalité des lois du mélange, arriver à un cachet individuel. Ce sont ces révolutions que nous allons exposer, en traçant le tableau des fortunes diverses par lesquelles ont passé les diverses langues sémitiques, depuis les temps historiques jusqu'à nos jours.

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