‹ Histoire générale et système comparé des langues SémitiquesChapitre 64 sur 281 · LIVRE II, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE I

ginale , est comme s'il n'était pas relativement au genre de recherches qui doit notts occuper ici.

Le pays de Chanaan est donc le premier théâtre sur lequel la philologie peut étudier le développement des langues sémitiques. Autant qu'il est donné à la science de pénétrer le mystère des races primitives , ce pays nous apparaît comme recouvert par trois couches successives de population : 1° Des races sauvages et sans doute non sémitiques , restées dans le souvenir des Hébreux', comme autochthones ( V")X3 onVlJ ), sous les noms deNeJtlm, Emim, Refaim, Zouzim, Zomzommim , Enakim, races gigantesques et titaniennes, objets de traditions fantastiques, et représentant, comme les habitants de l'Inde antérieurs à la race brahmanique, cette première humanité sauvage que partout les races civilisées paraissent avoir rencontrée sur leurs pas ^ Ces races disparurent de bonne heure; car la table du X* chapitre de la Genèse, qui énumère dans un si grand détail toutes les tribus chananéennes, n'en fait aucune mention : on n'en trouve plus que des individus isolés du temps de David ( II Sam. xxi , 16, 18). — II" La race sémitique de Chanaan (Amorrhéens, Héthéens, Hévéens, Phérézéens, Gergézéens, Jébuséens), désignée par les Grecs sous le nom de Phéniciens, mêlée , 1° de restes de l'ancienne population , tels que les Enakim; 2° à l'orient et au sud, des tribus arabes et, par conséquent, sémitiques aussi (Amalékites, nip •':3, ou Orientaux, les mêmes qui furent plus tard appelés Saracènes, etc. ^). — IIP Enfin l'émigration sémitique de Tharé , venue de la Chaldée septentrionale, laquelle, à diverses époques, traversa

* Cf. Bertheau, Zur Gesehichie der IsraeUten, p. i38 et suiv. — Ewald, G»schichte des Volkes Israël, t. I, p. 374 et suiv. — Lengerke, Kenaan, p. 178 el 6uiv. — Munk , Palestine, p. 70 et suiv.

• Ewald, I, p. 296 et suiv. — Lengerke, p. a 00 et suiv.

le pays, y laissa plusieurs de ses rameaux, comme les Edomites, les Ammonites, les Moabiles, et finit par s'y établir, quinze cents ans environ avant l'ère chrétienne, sous le nom à^Israélites ou Beni-Israel, en s'assimilant ou en étouffant les races antérieures. Dans ce dénombrement ne sont pas compris les Philistins, dont le classement ethnographique offre de grandes difficultés, mais qui semblent se rapprocher des Chananéens. Vhébreu nous est parvenu comme la langue particulière des Beni-Israël. Mais on ne peut douter que cette langue n'ait été commune à beaucoup d'autres peuples, et spécialement à toute l'émigration de Tharé. Le nom A^Hébreux {^ceux d'au delà) désigna d'abord toute la branche de cette émigration qui passa l'Euphrate. Nous voyons, il est vrai (Gew. xxxi, ^17), Laban, qui appartenait à la même famille, mais qui n'avait pas passé l'Euphrate, donner à un monument un nom araméen, tandis que Jacob , Abrahamide émigré , appelle le même monument d'un nom purement hébreu ; mais il y a dans cet endroit une intention d'étymologie fictive et d'allitération qui empêche d'accepter le fait comme une donnée historique. Si l'on considère, d'ailleurs, que le phénicien nous apparaît d'autant plus semblable à l'hébreu qu'on remonte plus haiit vers l'antiquité, on est amené à envisager l'hébreu moins comme la langue particulière d'une tribu que comme l'expression commune du génie de la race sémitique à son premier âge. C'est en hébreu que nous sont arrivées les archives primitives de cette race, devenues par une rejnarquable destinée les archives du genre humain. C'est en hébreu que nous sont arrivés ses premiers dires poétiques, ses proverbes les plus anciens. L'hébreu est ainsi, dans la race sémitique, ce qu'est le sanskrit dans la race indo-européenne, le type le plus pur, le plus complet de la famille , l'idiome qui renferme la clef de tous les autres , l'idiome

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