‹ Histoire générale et système comparé des langues SémitiquesChapitre 65 sur 281 · LIVRE II, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE I

des origines, en un mot, dépositaire des secrets historiques, linguistiques et religieux de la race à laquelle il appartient.

C'est un fait généralement admis que les Chananéens, au moment de l'entrée des Beni-Israël dans leur pays, parlaient une langue fort analogue à l'hébreu^ Isaïe (xix, 18) appelle l'hébreu langue de Chanaan. Tous les anciens noms chananéens d'hommes et de villes, tels que Ahimélek, Âdoni-Bézek, Kiriat- Sepher, Ktriat-Ieanm , sont purement hébreux, et d'une figure si caractérisée qu'il n'est pas permis de croire qu'on les ait traduits ou hébraïsés, d'après un procédé d'ailleurs très-familier aux Orientaux dans la transcription des noms propres. On ne voit pas que les Hébreux et les Chananéens aient jamais éprouvé la moindre difficulté pour s'entendre. Enfin plusieurs particularités, l'emploi de D^ (la mer), par exemple, pour désigner l'occident, démontrent que la langue hébraïque s'est fixée dans la région géographique oiî, depuis un temps immémorial , nous la voyons parlée.

Ce n'est pas sans quelque surprise qu'on arrive à ce résultat. Que deux branches aussi distinctes de la famille sémitique que l'étaient les Chananéens et les Israélites se retrouvent, après avoir couru les aventures les plus diverses, parlant le même dialecte, c'est là certes un fait étrange, et l'on conçoit que les anciens critiques, tantôt aient soutenu que les Abrahamides, à leur entrée en Palestine, adoptèrent la langue du pays, tantôt aient nié hardiment , comme Herder-, que l'hébreu fût la langue de Chanaan. Ni l'une ni l'autre de ces deux opinions ne paraît acceptable. La difficulté tient peut-être à ce qu'on s'est exagéré l'opposition qui dut exister dans la haute antiquité entre les

' Conf. Gesenius, Getchichte der hebr. Spr. S 7. — Bocharl, Ch/inaùn, t. Il , CI. — Munk, Palestine, p. 86 el suiv, * Poésie des Hébreux, dial. x.

Israélites et les Chananéens. Sans admettre, avec MM. Movers et Lengerke ^ que les Hébreux et les Chananéens aient eu pendant longtemps une religion à peu près identique, il faut avouer que ce n'est qu'à une époque relativement moderne que les premiers arrivèrent à cet esprit d'exclusion qui carac térise les institutions mosaïques. Une foule de données de la religion phénicienne se retrouvent dans l'ancien culte hébreu^. A l'époque patriarcale, on voit les Abrahamides accepter pour sacrés tous les lieux que les Chananéens prenaient comme tels, arbres, montagnes, sources, bétyles ou betli-el. Après la sortie des Israélites de l'Egypte, le commerce des deux races devint encore bien plus profond. Ce fut sans doute dans ce contact intime et prolongé de deux dialectes très-ressemblants que se forma l'hébreu^. S'il y eut toutefois dans cette génération un élément dominant, nous croyons que ce fut l'élément chananéen : il est naturel, en effet, de supposer que le dialecte particulier des Abrahamides, lorsqu'ils passèrent l'Euphrate, se rapprochait davantage de l'araméen.

Il faut dire de la littérature hébraïque ce que nous venons de dire de la langue hébraïque. Bien qu'elle nous soit parvenue comme la propriété exclusive des Israélites, cette littérature est, à beaucoup d'égards, commune aux tribus voisines d'Israël. On est obligé de supposer qu'avant les Israélites d'autres

* Movers, Die Phmiizier, I, p. 8-9, etc. — Lengerke , Kenaan, p. 287 et suiv.

* Movers, p. 99, i32-i33, aSi, 286, 3i2-32i, 539-558. — Ewa\d,Abh.uber die phœn. Ansichten von der Weltschœpfung ; Gœttingen , 1 85 1 . — Bunsen , /Egyptem Stelle, V Buch, III Abth. Beaucoup de faits portent à croire que les Phéniciens eurent d'abord une loi monothéiste , analogue à celle des Hébreux {Qo'jpâ = m^n , 2ovpf*ou&r/Ad5 :='73"^"|}DE^). Les plus grandes précautions sont toutefois commandées dans ces rapprochements. Je suis persuadé, en effet, que les auteurs anciens qui ont traité de la Phénicie ont souvent présenté comme phéniciennes des données hébraïques grossièrement altérées.

' Berlheau, op. cit. p. 179.

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