‹ Histoire générale et système comparé des langues SémitiquesChapitre 66 sur 281 · LIVRE II, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE I

nations sémitiques possédaient l'écriture et des écrits. Nulle part , en effet, si ce n'est dans des traditions modernes sans aucune valeur, les Hébreux ne se donnent comme ayant inventé l'écriture : ils l'ont donc empruntée à quelqu'un des peuples avec lesquels ils étaient en rapport, sans doute aux Phéniciens ^ De plus, quelques fragments insérés dans les histoires hébraïques semblent provenir des archives d'un peuple voisin ; tels sont, par exemple, la généalogie si exacte des Edomites [Geti, xxxvi), le récit de la guerre des rois iraniens contre les rois de la vallée de Siddim (^Gen. xiv), où Abraham figure comme un étranger: Abram l'Hébreu, qui habitait la chesnaie de Mambré l'Amoirhêen (vers. i3); les curieux synchronismes établis l^Nombr. xiii, 99) entre la fondation d'Hébron et celle de Tanis en Egypte ^. Quoique les renseignements qui nous ont été transmis sur l'ancienne littérature phénicienne soient vagues et parfois suspects *, on ne peut croire, cependant, que l'écriture n'ait servi aux Phéniciens qu'à écrire des choses vulgaires, et l'on doit supposer que, dès une haute antiquité, ils avaient des annales et des cosmogonies, qui auront péri lors de l'envahissement du pays par l'esprit grec.

L'origine de l'écriture, chez les Sémites comme chez tous les peuples, se cache dans une profonde nuit. Ce n'est point ici qu'il convient de discuter les hypothèses qui ont été hasardées sur ce sujet. L'alphabet sémitique vient-il des hiéroglyphes de l'Egypte, comment le veulent MM, Hug, Seyffarth, 01shausen, Lenormant, de Rougé, ou des caractères cunéiformes

' Gesenius, Gesch. der hebr. Spr. und Schrtft, S 4i , et Monumenta fhœràcia, I. I, c. T. — Ewald, Geich. des Volkes Israël, I, p. 67 et suiv. — Lengerkc, ^9naan, p. xniii et suiv.

* EwaM , I, 70-7 1. — Lengerke, p. xixiii et snir.

* Movers, Die Phœmzier, I, p. 8g et suiv.

de l'Assyrie ? Tient-il des uns et des autres , comme le soutiennent MM. Lepsius, Lœwenstern? Sont-ce les Hyksos, ainsi que le suppose M. Ewald\ qui firent passer l'écriture égyptienne de l'état phonétique à l'état syllabique ou alphabétique, comme les Japonais et les Coréens l'ont fait pour l'écriture chinoise ? Ce sont là autant de questions que nous ne voulons pas aborder, parce qu'elles trouveront place plus commodément dans le second volume de cet écrit. Pour affirmer que l'alphabet sémitique, tel que nous le connaissons, toujours semblable à luimême, est réellement une création des Sémites, il n'est point nécessaire de soutenir que les Sémites, en le créant, ne se sont appuyés sur aucun essai antérieur ^. Il suffit que l'idée de l'alphabétisrae , cette merveilleuse décomposition de la voix humaine, leur appartienne en propre. Or ceci ne peut être mis en doute. L'alphabet sémitique correspond si parfaitement à l'échelle des articulations sémitiques, l'absence d'une notation pour les voyelles tient si profondément au génie des langues en question, qu'il faut supposer que l'alphabet sémitique a été taillé sur le moule même des idiomes qu'il sert à peindre aux yeux. Les noms seuls des lettres, qui sont presque tous sémitiques, ne fournissent-ils point, à cet égard, la plus évidente démonstration ' ?

Quel est le peuple sémitique auquel appartient ceHe inven-

* Gesch. des V. 1. sr. t.l, p. 4 76. — Conf. Lengerke, op. cit. p. 876.

* On a observe depuis longtemps que la forme de chaque lellre représente dans les anciens alphabets sémitiques ce que le nom de la lettre signifie. Msis il se peut que ces noms aient été donnés aux caractères déjà formés et n'indiquent rien sur leur formation. Les ressemblances de nom et de forme qu'on a signalées entre certains caractères sémitiques et égyptiens sont plus significatives. Il fautatt?ndre que M. de Rougé ait publié d'une manière complète ses recherches sur ce sujet.

' Berlheau, op. cit. p. 107. — Gesenius, Gesch. der hebr. Spr. und Schri/t, S 4o. — Lepsius , Uebei- die Anordnungund Verwandtschqft des Semitischen,Indi*chen.

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