LIVRE II, CHAPITRE I
lion admirable ? L'antiquité n'a qu'une voix pour en faire honneur à la Phénicie. Mais les Phéniciens, ayant été les seuls intermédiaires entre la race sémitique et le reste du monde, ont dû passer bien souvent pour les inventeurs de ce qu'ils n'ont fait que transmettre. Les Phéniciens ne sont, en général, que les courtiers d'une civilisation qui a son centre à Babylone. Tout porte à croire que Babylone, qui a donné au monde le système des poids et des mesures^, a créé également l'alphabet de vingt-deux lettres. A Babylone s'en retrouvent les plus anciens spécimens^; l'antiquité associe souvent l'Assyrie à la Phénicie dans le suprême honneur de cette invention '. A Babylone enfin a été inventé, selon toute apparence, le système cunéiforme, de là transporté à Ninive, puis à Ecbatane*. Mais il répugnera toujours de croire que le système sémitique, avec sa belle économie, soit sorti de l'exubérance mal entendue des écritures cunéiformes. Il y a un abîme de l'un de ces systèmes à l'autre. L'écriture égyptienne, malgré tous ses progrès, n'a jamais dépouillé complètement la tache de son origine hiéroglyphique; l'écriturejiingifcxilifi la plus avancée, celle de Persépolis,.eslà une distance infinie du système sémitique. Comment d'ailleurs, si l'alphabet de vingtdeux lettres était sorti de l'écriture cunéiforme par un progrès continu , trouverait-on à Ninive et à Babylone les deux systèmes employés simultanément dès une assez haute antiquité? Le
^thiopisehen, Altpenischen und Altœgyptùclien Alphabets; Berlin, i836. — Bunsen, Outlinet, I, 95i et suiv, II, iZi-16.
' Bœckh, Metrologische Untersuchungen ; Berlin, i838. — Levy, dans la Zeit- »ekrift, i858, p. 210.
* Voy. «/pra, p. 7a.
* Diod. Sic. V, LxxiT, 1. — Pline, VII, 56. — Bérose, dans les Fragm. kùt. grœc. deCh. Mûller, t. II, p. 697.
^ Joitmal asiaL juillet i8A5 > p. Zh,
système plus compliqué , après avoir produit sa dernière simplification, n'aurait-il pas disparu, laissant la place à l'alphabet qui, dans le reste du monde, devenait l'écriture définitive et universelle du genre humain ?
S II
L'histoire de la langue hébraïque , en tant que langue vivante, peut se diviser en trois périodes: i° période archaïque, antérieure à la rédaction définitive des écrits qui forment le canon hébreu; 2° période classique, âge d'or de la littérature hébraïque, durant laquelle la langue nous apparaît parfaitement formée et pure de tout mélange étranger; 3° période chaldéenne, durant laquelle la langue s'altère de plus en plus par le mélange des idiomes araméens, qui finissent par l'étouffer.
Il est difficile de déterminer avec précision jusqu'à quelle antiquité on peut suivre l'état de la langue hébraïque par des monuments certains. Dans aucune littérature peut-être, la distinction du fond et de la forme n'a plus d'importance, car aucune littérature n'a subi autant de remaniements. On peut affirmer, par exemple, que nous possédons dans les livres de l'Exode et des Nombres des renseignements tout à fait authentiques et contemporains sur l'état et les actes des Beni-Israël dans le désert de la presqu'île du Sinaï : faut-il en conclure que les livres de l'Exode et des Nombres nous représentent la langue telle qu'elle existait à cette époque? Non certes. La rédaction définitive des livres contenant l'histoire ancienne d'Israël ne remonte pas probablement au delà de l'an 760 avant J. C.^ Antérieurement, ces livres avaient subi plusieurs
* Ewaid, Geschichte de» Volkes Israël, 1. 1, p. 13 3. — Lengerke, Kenaan, p. c suiv. — De Wette, Eitdeitung, S iSg. — Munk, Palestine , f. 189 , lia.