LIVRE II, CHAPITRE I
refontes, portant sur des détails de style et d'arrangement. Il est donc impossible d'établir sur de pareils documents des conclusions philologiques assurées. L'opinion qui attribue la rédaction du Pentateuque à Moïse paraît assez moderne, et il est bien certain que les anciens Hébreux ne songèrent jamais à regarder leur législateur comme un historien. Les récits des temps antiques leur apparaissaient comme des œuvres absolument impersonnelles, auxquelles ils n'attachaient pas de nom d'auteur. Les expressions loi de Moïse, loi de Jéhovah donnée par Moxse, n'impliquent pas que Moïse fût regardé comme l'auteur de l'ensemble historique du Pentateuque tel que nous le possédons ^. Philon lui-même appelle toujours Moïse b pofjLoôhrji Vfjiôûv, jamais è ialopixés.
Toutes les recherches relatives à l'état archaïque de l'hébreu sont subordonnées à une question préalable : à quelle époque les Israélites commencèrent-ils à écrire ? Cette question, qui a fort préoccupé les exégètes^, semble susceptible d'une solution assez nette. Dans les récits de l'époque patriarcale, non-seulement on ne trouve aucune trace d'écriture, mais on rencontre à chaque page des coutumes qui en supposent l'absence : tels sont les monuments commémoratifs d'un fait, tas de pierre, arbres, autels. Les premiers pactes de Jéhovah ne correspondent à aucune écriture , et ne sont marqués que par des signes extérieurs. Le mot signe lui-même (niK), auquel les Sémites attachaient des idées fort complexes, et qui devait plus tard devenir l'équivalent de litera, ne désigne en-
' Cette dernière opinion parait cependant établie à l'époque de l'ère chrétienne. (Voy. de Welte, op. cit. S i63.)
* Gesenius, Gesch. der hebr, Sprache und Schrift, 8 4i. — Wiuer, BtbL Real' wœrt. art, SchreAhttut. — Ewald , Gesch. des Voik. J«r. 1 , 63 et suiv. — Lengerke, Kenaan, p. xxxiii et suiv. — Hitiig, Die Erfindung det Alphabet»; Zurich, i84o. — Kopp , BUder und Sckri/ten der Vorzeil, t. II , Semit. Palmogr.
core qu*un objet ou un fait associé à un autre d'une manière arbitraire. — Au sortir de l'Egypte, cependant, nous trouvons les Israélites en possession de l'écriture , au moins de l'écriture solennelle, gravée sur la pierre. On ne peut douter que le journal des campements du désert, le décalogue et quelques antiques Tholedoth n'aient été dès lors fixés. Au Livre des Nombres (ch. XXI, V. ik et 27), nous voyons cités deux fragments de chants populaires, extraits d'un Livre des guerres de Jéhovah, qui doit avoir été presque contemporain de Moïse. Beaucoup d'autres relations des temps mosaïques où il est question de l'emploi de l'écriture pourraient être considérées comme des anachronismes du dernier rédacteur, attribuant, suivant l'usage des historiens naïfs, aux temps anciens des traits d'une époque plus moderne ; néanmoins les faits précités semblent suffisants pour prouver que, dès lors, les Israélites possédaient l'alphabet. Certes, à les voir entrer en Egypte ne sachant point écrire et en sortir avec l'écriture, on est bien tenté de croire qu'ils durent cette révélation à l'Egypte elle-même. L'ignorance où nous sommes des vrais rapports des Hébreux, d'une part avec les Hyksos, et de l'autre avec les Phéniciens d'une époque reculée, est ici, comme sur une foule de points, la source de grandes perplexités. Il est douteux qu'aucune des hypothèses qui ont été ou seront imaginées pour expliquer ce singulier phénomène historique réussisse jamais à satisfaire une critique exigeante et délicate.
On a très-bien aperçu , dans ces dernières années , où il fallait chercher l'analogie des procédés qui ont présidé aux transformations successives des écritures historiques des Hébreux : c'est dans l'historiographie arabe. Lorsque l'on compare, en effet, les unes aux autres les diverses classes d'historiens musulmans, on reconnaît que tous ne font guère que reproduire