‹ Histoire générale et système comparé des langues SémitiquesChapitre 73 sur 281 · LIVRE II, CHAPITRE I. Îâ · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE I. Îâ

moins politique. Israël passe de l'état de tribu , pauvre, simple , ignorant l'idée de majesté, à l'état de royaume, avec un pouvoir constitué, aspirant à devenir héréditaire. On ne peut nier qu'il n'y ait eu à cette époque en Judée un mouvement d'organisation politique très-remarquable, provoqué en grande partie par l'imitation de l'étranger ^ L'activité intellectuelle s'en trouva fort excitée, et certes ce n'est pas un siècle ordinaire qui a pu produire ce caractère si complexe de David, le type le plus étonnant peut-être et le plus achevé de la nature sémitique dans ses belles et ses mauvaises parties. Samuel écrivit, et les chapitres du premier livre intitulé de son nom , oii son rôle politique est exposé, portent un caractère si personnel, qu'on est tenté de croire qu'il en est lui-même l'auteur. Il est certain du moins qu'il grossit le dépôt des livres qu'on gardait dans l'arche. «Samuel, est-il dit, proclama devant le peuple la constitution du royaume (nsbcn î:dç«d), et l'écrivit dans le livre (nsç?), et la plaça devant la face de Jéhovah. » (I Sam. x, 2 5.) Là étaient aussi, sans doute, le livre du ne?; (Jos. x, i3; II Sam. I, i8), anthologie d'anciens cantiques, premier noyau du Livre des Psaumes^; le livre des guerres de Jéhovah (Num XXI, ih, 27), contenant les plus vieux souvenirs militaires d'Israël, et les plus anciennes formules de la Thora. Tout porte à croire, en effet, que dans la pensée du peuple hébreu, à cette époque , il n'y avait qu'wn seul livre, le livre de l'alliance, déposé dans l'arche, et qui représentait les archives, toujours ouvertes, de la nation'. L'écriture ne servait point encore à des usages privés ni à l'expression de la pensée individuelle.

' I, Samuel, tiii, 5, 20.

* Ewald, Die Dichter des Alten Bundet, t. I, p. 201. La récente tentative du docteur Donaldson pour reconstituer ce livre est un jeu tout artificiel.

' A peu près ce qu'était dans les couvents du moyen âge le missel, sur les

Ce n'est qu'à l'époque de David et de Salomon cu'on voit apparaître une littérature hébraïque, dans le sens spécial do ce mot. Toutes les traditions juives nous attestent les goûts poétiques de David, les goûts philosophiques de Salomon. Sans doute la liste de leurs écrits s'est grossie, pour le premier, de toutes les compositions lyriques analogues aux siennes; pour le second, de tous les écrits scientifiques et philosophiques légués par l'antique sagesse des Sémites; mais ces légendes mêmes, et plus encore les œuvres authentiques qui portent lo nom de David, les passages historiques qui mentionnent les nombreux écrits de Salomon, attestent la part importante qu'ils prirent l'un et l'autre au travail intellectuel de leur temps.

Il semble du reste que toutes les tribus térachites participaient, vers cette époque, à un même mouvement intellectuel dont la Palestine était le centre, et qui formait un ensemble littéraire qu'on pourrait appeler le siècle de Salomon. «Dion* donna à Salomon une science et une sagesse extraordinaires , et un esprit aussi étendu que le sable des rivages de la mer. Et la science de Salomon surpassa celle de tous les Arabes et toute la science de l'Egypte. Il s'éleva en sagesse au-dessus de tous les hommes, au-dessus d'Ethan l'Ezrahide, de Héman^, de Calcol, de Darda, fils de Mahol, et son nom se répandit chez les nations environnantes. Et Salomon prononça trois mille maschal (proverbes ou paraboles), et composa mille cinq schir (chants lyriques). Et il traita de tous les arbres, depuis le cèdre qui croît sur le Liban, jusqu'à l'hysope qui

pages blanches duquel on écrivait les contrats, les nouveaux règlements, tout co qu'il importait de fixer à un endroit connu. Le curieux épisode du Livre de la loi trouvé sous Josias (II Reg. xxii) nous fait assister à une de ces intercalations.

' I Reg. T. 9 (III Reg. iv, selon la Vulgate).

* Célèbres poètes et chanteurs, auxquels on attribue quelques psaume.*. (Conf. Ewald, Die Dichter des A. B. t.], Tp. si^ et suiv.)

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