LIVRE II, CHAPITRE I
sort des murailles, et il traita des quadrupèdes, des oiseaux, des reptiles et des poissons \ Et l'on venait de tous les pays entendre la science de Salomon, de la part de tous les rois qui avaient ouï parler de sa sagesse. » La légende de la reine de Saba caractérise à merveille l'émulation et Tadmiration que le premier éveil de la sagesse sémitique excita dans tout l'Orient^. L'Idumée surtout semble avoir contribué pour une grande part à ce mouvement de philosophie parabolique; la science de Théman (tribu édomite) devint proverbiale'; le héros et les interlocuteurs du Livre de Job sont arabes ou iduméens. Ce livre lui-même est moins une production israélite qu'une œuvre purement sémitique : on n'y trouve pas une allusion au mosaïsme; dans les parties essentielles du poëme, Dieu n'est pas désigné une seule fois par le nom de Jéhovah. Il est remarquable, du reste, que le développement profane et philosophique qui caractérise l'époque de Salomon n'eut guère de suite dans l'histoire intellectuelle du peuple hébreu, Salomon paraît avoir eu bien moins que David le sentiment de la grande mission d'Israël. Le but d'Israël n'était ni la philosophie, ni la science , ni l'industrie, ni le commerce.
• M. Ewald entend par là une cosmographie dans ie genre de celle de Kazwini , ou description de toutes les créatures , en commençant par les plus grandes et fmissant par les plus petites. J'aime mieux croire qu'il s'agit de moralités tirées des animaux et des plantes, analogues à celles que nous lisons dans les Proverbes (ch. xTx), et à celles du Physiologus , qui furent si populaires au moyen âge. L'idée d'une science descriptive de la nature est toujours restée étrangère aux Sémites. (Voir cependant Job, ch. xxxtii-xli.)
» Inutile d'ajouter que les traditions des Arabes, des Abyssins, etc. sur Salomon, n'ont aucun fondement national et sont de purs emprunts faits aux contes des rabbins. Mais, en un sens plus général , Salomon , pris comme représentant de la sagesse gnomique des Sémites, est bien l'ancêtre commun de toutes Ls philosopliies de l'Orient.
' Jérém. xlix , 7. — Obadia , 9. — Baruch^ til , aa-aS.
En ouvrant toutes ces voies profanes, Saiomon fit en un sens dévier son peuple de sa destinée toute religieuse. Les prophètes eurent sous son règne peu d'influence ; il arriva à une sorte de tolérance pour les cultes étrangers , directement contraire à l'idée vraiment israélite : on vit sur le mont des Oliviers des autels à Molok et à Astarté ! Aussi ses ouvrages se perdirejit-ils pour la plupart; sa mémoire resta douteuse ; la Icrgeur d'idées qu'il avait un moment inaugurée disparut devant la réaction purement monothéiste des prophètes , qui seront désormais les vrais représentants de l'esprit d'Israël.
A partir de David et de Saiomon, la langue hébraïque nous apparaît irrévocablement fixée, et n'éprouve plus que d'insignifiantes modifications ^ Le fait d'une telle immobilité durant près de cinq siècles est sans doute extraordinaire; mais il n'a rien d'incroyable pour celui qui s'est fait une idée juste de la fixité des langues sémitiques. Ces langues, en effet, ne vivent pas comme les langues indo-européennes : elles semblent coulées dans un moule d'où il ne leur est pas donné de sortir. L'arabe des Moallakât ne diffère en rien de celui qui s'écrit de nos jours. On peut supposer d'ailleurs qu'il s'établit de bonne heure dans la littérature hébraïque, comme dans toutes les littératures, une langue des livres, chaque écrivain cherchant à mouler son style sur celui des textes autorisés. La langue parlée, en effet, se rapprochait de l'araméen, et c'est pour cela que nous voyons les prophètes qui sortent des rangs du peuple, Amos par exemple, employer beaucoup plus de formes araméennes^. C'est pour cela aussi que les poésies qui portent un caractère familier, comme le Cantique des cantiques, sont pleines d'aramaïsmes. Il résulte de ces faits que la litté-
' Ewald, Ausfùhrlichet Lehrbuch der hebr. Spr. p. ai (6' édit.). * Ibid. p. 580, note.