‹ Histoire générale et système comparé des langues SémitiquesChapitre 75 sur 281 · LIVRE II, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE I

rature hébraïque, comme toutes les autres littératures, a eu son époque classique, durant laquelle les écrivains fixaient une langue qui, pour eux, était celle de leur temps, mais qui devait ensuite devenir un idiome littéraire. La lecture et l'imitation des anciens sont sensibles chez les auteurs du temps de la captivité, et plus encore chez ceux qui ont écrit depuis la restauration des études en Judée par Esdras.

Les deux siècles qui suivent le règne de Salomon forment une sorte de lacune dans l'histoire de la littérature hébraïque. Les prophètes de l'école d'Elie et d'Elisée n'écrivent pas : leur direction sévère et absolue excluait toute culture en dehors de la religion de Jéhovah. Sous la dynastie de Jéhu, au contraire , une grande révolution s'opère dans l'esprit du prophétisme ^ A l'ancien prophète , homme d'action , faisant et déposant les rois au nom d'une inspiration supérieure, succède le prophète écrivain, ne cherchant sa force que dans la beauté de sa parole. La littérature hébraïque, limitée jusque-là au récit historique, au cantique et à la parabole, s'enrichit ainsi d'un genre nouveau, intermédiaire entre la prose et la poésie, et auquel nul autre peuple n'a rien à comparer. Joël, vers 860 , est le plus ancien de ces étonnants publicistes dont les ouvrages nous soient parvenus. Après lui viennent Amos et Osée , dont la manière originale et individuelle contraste singulièrement avec la physionomie si impersonnelle de l'ancien style hébreu. Isaïe enfin (760-700) donna dans ses écrits le type de la plus haute perfection que la langue hébraïque ait jamais atteinte. Tout ce qui constitue les œuvres achevées, le goût, la mesure, la perfection de la forme, se rencontre dans Isaïe, et atteste chez lui un degré de culture littéraire inconnu aux psalmistes et aux voyants des âges plus anciens.

» Ewald . Getch. de$ V. Itr. t. Ul , t" part, p. 376 et suiv. 35 1 cr sniT.

Le viii' et le vu' siècle avant notre ère nous apparaissent ainsi comme l'âge d'or de la littérature hébraïque. Les réformes d'Ezéchias et de Josias, en relevant ou plutôt en animant d'un nouvel esprit le mosaïsme, donnèrent à l'écriture un élan inconnu jusque-là. A cette époque appartiennent la rédaction définitive du Pentateuque et de la plupart des livres historiques , le recueil des Proverbes, le Deutéronome, un grand nombre de psaumes, et enfin les écrits de la plupart des prophètes. Jérémie et Ezéchiel terminent cette première période, et font la transition à la période suivante. Le style de Jérémie est bien moins pur que celui d'Isaïe , et Ezéchiel , qui prophétisa durant l'exil, est le plus incorrect de tous les écrivains hébreux ^ Sa manière de concevoir, comparée à celle des poètes de la bonne époque, représente une sorte de romantisme, et signale déjà le tour nouveau que l'imagination des Hébreux prit sous l'action du génie babylonien et persan.

La langue des derniers écrivains de cette période se rapproche beaucoup de celle des ouvrages composés après l'exil : claire, développée, sans force ni ressort, elle trahit l'influence chaldéenne par une tendance à la prolixité et par de nombreux aramaïsmes. Ce dernier critérium, toutefois, ne doit pas être employé sans quelques précautions, lorsqu'il s'agit de déterminer l'âge des difl'érents écrits de la littérature hébraïque. Nous avons déjà dit que les plus anciens fragments de la poésie des Hébreux présentent des aramaïsmes. Trois ouvrages du plus grand caractère, le Livre de Job, le Kohéleth et le Cantique des cantiques, offrent la contradiction singulière d'une pensée vraiment antique et d'un style qui semble par, moments assez moderne. Ces livres décèlent une inspiration vive et une liberté d'esprit presque incompatibles avec les idées étroites et les habitudes

* Gesenius, Gesch. der hebr. Spr. p. 35 et suiv.

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