‹ Histoire générale et système comparé des langues SémitiquesChapitre 77 sur 281 · SIV · texte numérisé non relu

SIV

Si nous envisageons dans son ensemble le développement de l'esprit hébreu , nous sommes frappés de ce haut caractère de perfection absolue , qui donne à ses œuvres le droit d'être

* J'ai ailleurs discuté ce point. M. Ewaid suppose que le Cantique fut écrit dans le royaume d'Israël, peu après la séparation des dix tribus. {Geich. des F. Isr. t. III, i" partie , p. 178 et suiv.) En ce qui concerne le Kohéleth , j'avoue qu'il me parait maintenant presque impossible d'en défendre l'antiquité.

envisagées comme classiques, au même sens que les productions de la Grèce, de Rome et des peuples latins. Seul, entre tous les peuples de l'Orient, Israël a eu le privilège d'écrire pour le monde entier. C'est certainement une admirable poésie que celle des Védas , et pourtant ce recueil des premiers chants de la race à laquelle nous appartenons ne remplacera jamais, dans l'expression de nos sensations religieuses, les Psaumes, œuvres d'une race si différente de la nôtre. Les autres littératures de l'Orient ne sauraient être lues et appréciées que des savants; la littérature hébraïque est la Bible, le livre par excellence, la lecture universelle : des millions d'hommes répandus sur le monde entier ne connaissent pas d'autre poésie. Il faut faire, sans doute , dans cette étonnante destinée , la part des révolutions religieuses, qui, depuis le xvi* siècle surtout, ont fait envisager les livres hébreux comme la source de toute révélation ; mais on peut affirmer que si ces livres n'avaient pas renfermé quelque chose de profondément universel, ils ne fussent jamais arrivés à cette fortune. Israël eut, comme la Grèce, le don de dégager parfaitement son idée, de l'exprimer dans un cadre réduit et achevé; la proportion, la mesure, le goût furent en Orient le privilège exclusif du peuple hébreu , et c'est par là qu'il réussit à donner à la pensée et aux sentiments une forme générale et acceptable pour tout le genre humain.

Bien que le développement intellectuel des Juifs à l'époque que nous venons de parcourir présente le caractère d'une réflexion assez avancée , il faudrait se garder d'y chercher quelque chose de scolastique ou de grammatical. Avant la captivité, on ne trouve chez les Juifs rien qui ressemble à une école ou à un enseignement organisé. La rhétorique, ou, en d'autres termes, la réflexion sur le style , qui apparaît en germe chez les Arabes aux époques les plus spontanées de leur génie, ne se montre

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