LIVRE II, CHAPITRE I
Il en faut dire autant de ces nombreuses phrases suspendues, interrompues, doublées par la reprise d'une autre phrase, véritables négligences, qui, sans nuire à la clarté, ajoutent au naturel. Dans ce passage, par exemple : nns 2b dnh'jn ^'?"^2n!l (I Sam. X, 9) = Dieu lui changea un autre cœur, il y a, pour ainsi dire, deux constructions superposées :
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L'auteur a commencé sa phrase sur le premier type, et l'a achevée sur le second. — Autre exemple [Ps. xiii, 1 9) : Jusqu'à quand, Jéhovah, m oublieras-tu àjaniais^t H y a encore ici deux phrases qui enjambent l'une sur l'autre:
i" Jusqu'à quand f Jéhovah, m'oublieras-tul
a* [Jéhovah, m'oublieras-taj à jamais?
Les caractères généraux de la langue hébraïque sont éminemment ceux de la famille sémitique, dont elle est le type le plus parfait , en ce sens qu'elle nous a conservé des traits de physionomie primitive que le temps a effacés dans les idiomes congénères. Ainsi les racines monosyllabiques et bil itères y sont plus reconnaissables que partout ailleurs ; la raison des mots y paraît mieux à nu , et plusieurs des procédés grammaticaux qui , dans les autres dialectes , ont pris une extension considérable, ne s'y montrent qu'en germe ^. Le mot nç, par exemple, qui d'interrogatif est devenu négatif en syriaque et en arabe, se présente régulièrement en hébreu avec le premier sens, et semble parfois se rapprocher du second par des nuances insensibles. Plusieurs locutions elliptiques et défectives dans les
' On expli(jue d'ordinaire le dernier mot de ce verset dans le sens àeprortus; mais il n'y a pas de raison de s'écarter id de la signification constante du mot DS^. ' Gesenius , Getch. der hebr. Spr. S 1 6.
lanfjues voisines se trouvent en hébreu à l'état complet. Enfin les significations des mots y sont en général moins avancées, c'est-à-dire qu'elles ont parcouru moins de chemin depuis la signification primitive. Ainsi nn^, en hébreu, signifie délier; en araméen , Ki.çf a passé au sens à^habiter par toute une série de nuances intermédiaires : i" délier; 2° délier, le soir, le fardeau des bêtes de somme, quand on s'arrête en voyage; 3° s'arrêter dans une hôtellerie, diversari^; 4° habiter. Il est vrai que sous d'autres rapports l'hébreu semble plus riche en formes et plus cultivé que l'araméen; mais c'est là un eflfet de la grossièreté de cette dernière langue : parlé par un peuple moins ingénieux, l'araméen a plus marché que l'hébreu, sans toutefois se perfectionner. Le mécanisme des temps composés , f addition de la terminaison emphatique , la complication des particules, les locutions pléonastiques, qui caractérisent le chaldéen et le syriaque, sont évidemment les indices d'un plus long développement, que la pesanteur de l'esprit national a empêché de devenir un progrès.
Les hébraïsants se sont demandé si la langue hébraïque était une langue riche ou pauvre, et ont diversement répondu, en donnant chacun d'assez bonnes preuves en faveur de leur opinion. Toutes les langues, en effet, sont riches dans l'ordre d'idées qui leur est familier ; seulement cet ordre d'idées est plus ou moins étendu ou restreint. L'hébreu , malgré le petit nombre de monuments qui nous en restent, peut sembler, à quelques égards , une langue d'une grande richesse. Il possède , pour les choses naturelles et religieuses, une ample moisson de synonymes , qui offrent au poète d'inépuisables ressources pour le parallélisme, n suffit de citer ce psaume alphabétique (Ps. cxix), divisé en vingt-deux octaves ou cent soixante et seize versets, dont
^ Cf. ^ovhion, xocToAti», xa.riku[ut.