LIVRE II, CHAPITRE I
chacun , sans en excepter un seul , renferme Texpression toujours diversifiée de la loi de Dieu. On a compté quatorze synonymes pour exprimer la confiance en Dieu; neuf pour exprimer le pardon des péchés; vingt-cinq pour ^observation de la loi^. Les sentiments simples de l'âme, comme : se réjouir, se distraire, espérer, haïr, aimer, craindre, etc. peuvent également se rendre d'une foule de manières, pour la plupart très-délicates. Enfin les noms exprimant les objets et les phénomènes naturels présentent, chez les Hébreux, une grande richesse de nuances. Le bœuf peut s'appeler p|Vk, *1îVn, "iltf, li?3. Le lion compte sept ou huit synonymes, suivant ses différents âges : "»nK et n^K, ^2) et «"•sV, t^b, Vnç?, n^a, T»p3, ces deux derniers pour le lionceau. Enfin il n'est pas d'espèce de pluie qui ne soit désignée par un nom particulier : "lop désigne la pluie en général, celle à laquelle on n'attache d'autre idée que d'arroser la terre; •rn désigne des pluies continuelles et de saison; îTi^"», et peutêtre nnlD, les premières pluies, qui, en Palestine, tombent en octobre ; D''2''3n , les petites pluies , oii les gouttes sont nombreuses ; Dn"»vD , les ondées passagères ; De?3 et «rinî , des pluies fortes et subites ; "j^p , l'inondation , le déluge; 'jp, la rosée ou pluie fine ; ^\\>)D , la pluie du soii-, qui tombe régulièrement au printemps 2. Les peuples ont généralement beaucoup de mots pour ce qui les intéresse le plus. Il est naturel que des hommes menant une existence pastorale ou agricole , vivant familièrement avec la nature et les animaux, aient saisi et cherché à exprimer par le langage des nuances qui nous échappent parce qu'elles nous sont indifférentes.
' Gesenius, Gesch. der h^. Spr. 8 i4. — Preiswerk, Gramm. hébr, introd. p. xxii-xxiii. — Herder, Dial. sur la poésie des Hébreux, dial. i .
* Voyez dans Zacharie(T, 1) un passage où plusieurs de ces synonymes sont rapprochés avec intention.
Ces exemples suffisent pour prouver que, dans le cercle d'idées où se mouvait l'esprit des Juifs , leur langue était aussi riche qu'aucune autre; mais ce cercle, il faut l'avouer, ne s'étendait guère au delà des sensations et des idées morales ou religieuses. On n'aperçoit aucune trace de nomenclature philosophique ou scientifique, si ce n'est dans le Kohéleth, dont la rédaction paraît bien moderne. Du reste , il est évident que tout jugement porté sur l'étendue de la langue hébraïque ne saurait être que relatif, puisqu'une grande partie des richesses de cette langue sont perdues pour nous K On en peut juger par le nombre des dtTraf dpniJ-éva, , et aussi par la quantité de racines essentielles qui se trouvent en araméen et en arabe , et qui manquent en hébreu. Leusden, avec sa patience presque massorétique, a fait le compte des mots qui figurent dans l'hébreu et le chaldéen de la Bible, et en a trouvé cinq mille six cent quarante-deux. On évalue le nombre des racines hébraïques à cinq cents.
On comprend que, nonobstant cette apparente pauvreté, la langue hébraïque ait été très-suffisante aux besoins du peuple qui la parlait, quand on songe combien le mécanisme des formes sémitiques est propre à suppléer au grand nombre des racines. Il semble que les Sémites aient visé à l'économie des radicaux, et aspiré à tirer de chacun d'eux, au moyen de la dérivation, tout ce qu'il pouvait contenir. C'est en ce sens que M. Ewald a pu dire avec vérité que la dérivation des formes {B'ddung) est le procédé dominant des langues sémitiques^.
' Sur les moyens qui nous restent, en dehors du texte biblique, pour compléter le dictionnaire hébreu, voy. Gesenius, Gesch. der hebr. Spr. 8 i4 , et Hebr. und chald. Handwœrterbuch , Vorr. Cf. A. Schuitons, De defectibus hodiemis littrguœhebraicœ, et Walckenaer, Obsei'vat. od Orig, grœcas, obs. 26.
* Gramm. der hebr. Spr. S 1 1.