‹ Histoire générale et système comparé des langues SémitiquesChapitre 82 sur 281 · LIVRE II, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE I

àes idiotismes locaux. C'est ainsi que dans Ezéchiei, Zacharie et les ouvrages dont le style est le moins pur, nous trouvons souvent des formes irrégulières : PK pour le masculin, dpn pour le féminin , D"'r'3ÇJin pour D">n3?;ln , et déjà même la forme nithpahel, qui a pris beaucoup d'importance dans l'hébreu rabbinique^ Les nombreuses confusions auxquelles donne lieu la conjugaison des verbes imparfaits doivent s'envisager également comme un reste de ces habitudes indisciplinables du peuple, toujours incapable de soumettre sa langue à un mécanisme constant.

Un autre fait non moins digne de remarque , c'est l'analogie frappante qu'ont toutes ces irrégularités provinciales avec l'araméen. Il semble que, même avant la captivité, le patois populaire se rapprochait beaucoup de cette langue, en sorte qu'il nous est maintenant impossible de séparer bien nettement, dans le style de certains écrits, ce qui appartient au dialecte populaire, ou au patois du royaume d'Israël, ou à l'influence des temps de la captivité. Nous pensons, du moins, qu'on ne saurait expliquer par cette dernière cause les aramaïsmes qui se trouvent, soit dans des pièces fort anciennes, telles que le cantique de Débora et les maschal de Balaam , soit dans des ouvTages qui semblent appartenir à la meilleure époque de la poésie hébraïque, comme le Cantique des cantiques. Nous aimons mieux voir avec M. Ewald, dans ces aramaïsmes, des locutions populaires ou provinciales"^. Amos et Osée, qui appartiennent au commencement du viii* siècle et, par conséquent, à une époque oiî il ne peut être question d'influence araméenne , oflrent dans leur style beaucoup de parti-

' Cf. Gesenius, Getch. p. 56 ; IcArgr. derhebr. Spr. S 71, 4, Anmerk. » Cf. Ewald, Kritische Gramm. S 6; Gramm. der hebr. Spr. S 5. Cf. E. B«ehl, De aramaitmu libri Koheleth ( Erlangae , 1 860).

cularités semblables, sans doute parce que tous deux se rapprochent du style populaire, et peut-être aussi parce que le second était originaire du royaume d'Israël ^ Il est à remarquer, du reste, que les langues sémitiques diffèrent moins dans la bouche du peuple que dans les livres. L'arabe vulgaire, par exemple, se rapproche beaucoup plus de l'hébreu ou du syriaque que l'arabe littéral. On dirait que les mécanismes plus ou moins savants qui distinguent entre eux les différents dialectes sont des superfétations de luxe, auxquelles n'a jamais atteint le vulgaire. Tant il est vrai que, dans un sens général, il n'y a réellement qu'une seule langue sémitique !

C'est vers l'époque de la captivité des Juifs à Babylone ( VI* siècle avant J. C.) qu'on place généralement l'extinction de l'hébreu comme langue vulgaire. Cette assertion, comme toutes celles qui sont relatives à l'apparition et à la disparition des langues, ne doit être admise qu'avec beaucoup de restrictions. Et d'abord, il est hors de doute que, longtemps après la captivité , l'hébreu demeura , non-seulement la langue écrite des lettrés (d^dô), mais la langue noble de l'aristocratie restée fidèle à la vieille discipline de Juda. En second lieu, il n'est plus permis de croire, avec les anciens critiques se fondant sur l'autorité du Talmud, que la cause de ce changement d'idiome ait été le séjour de cinquante ou soixante ans que fit à Babylone une partie du peuple juif. La transportation n'atteignit qu'un très-

■ * Eiclihorn voyait des samaritanismes dans ces particularités du style d'Amos et d'Osée. Rien de mieux , si l'on entend par samantain la langue , toujours fort aramaïsée, du royaume d'Israël; mais Gesenius remarque avec raison que le nom de tamariiain ne s'emploie, dans l'usage, que pour désigner une langue de fornjalioa bien plus moderne.

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