‹ Histoire générale et système comparé des langues SémitiquesChapitre 84 sur 281 · LIVRE II, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE I

Juifs conserva toujours une certaine individualité et ne fut jamais l'araméen pur; mais nous ne pouvons admettre avec ce savant que l'hébreu soit resté langue vivante et usuelle jusqu'aux temps des Macchabées et même de l'ère chrétienne. C'est un fait incontestable qu'à l'époque des Macchabées on écrivait encore un hébreu assez pur, et que l'hébreu figurait comme langue officielle sur les monnaies; mais, de ce qu'on écrivait en latin au xiii' siècle , conclura-t-on qu'on parlait latin à cette époque , et de ce que les monnaies de plusieurs Etats de l'Europe portent de nos jours des légendes latines, conclura-t-on que le latin est la langue vulgaire de ces Etats? Le passage de Néhémie (xiii, 2 3-2 4), souvent cité à l'appui de la thèse que nous combattons : «En ce temps-là, je vis des Juifs qui prenaient des femmes asdodites , ammonites , moabites ; et leurs enfants parlaient à moitié asdodite , et ils ne savaient pas parler juij (rr^n^n^) , mais ils parlaient selon la langue de chacun de ces peuples;» ce passage, dis-je, s'explique par le purisme de Néhémie, élevé dans les écoles d'Orient, et prouve bien plutôt avec quelle irrésistible puissance s'opérait en Palestine la décomposition de l'idiome national. Rien n'établit, d'ailleurs, que le mot T\^y{7\\ signifie l'hébreu classique. Ailleurs, il est vrai (II Rois, xviii, 24, 96), ce mot désigna la langue vulgaire de Jérusalem à l'époque d'Ezéchias; mais la signification des noms de langues change avec les langues elles-mêmes. Que d'idiomes divers n'ont pas représentés tour à tour les mots de lingua romana, lingua gallica, lingua francica !

Un autre passage de Néhémie (viii, 8), malheureusement assez obscur, semble appuyer l'hypothèse que nous défendons. «Les lévites lurent dans le livre de la loi de Dieu ^itp hzp Di w'"| , et ils expliquèrent le texte qu'ils avaient lu. » Toute la difficulté roule sur les mots h2^ aW'i e^^tD , que nous avons

us HISTOIRE DES LANGUES SÉMITIQUES.

omis à dessein de traduire. Faut-il entendre par là une version en langue vulgaire, comme l'a voulu M. Hengstenberg, ou un simple commentaire explicatif, analogue à la glose que les Pères de l'Eglise faisaient sur les textes grecs et latins des Ecritures, et saint Ephrem sur la version syriaque ? ou bien faut-il traduire U^iSp par clairement, distinctement, fidèlement, comme le font les anciennes versions de la Bible ^? Ce dernier sens paraît préférable. En effet on ne peut citer ni en hébreu , ni dans aucune langue sémitique, un seul passage où le verbe 271D ait le sens de traduire. Le mot invariablement employé pour cela dans toutes ces langues est D3in, qui se lit déjà dans Esdras (iv, -y). Le verbe U"iD exprime toujours la clarté, la distinction i^Nombr. XV, 3 à; Lév. XXIV, 12). L'expression ^'lED ans se trouve dans la paraphrase d'Onkelos avec le sens d'écriture claire et distincte {Exod. xxviii, 1 1)^. Il est donc difficile de tirer du mot e^ncD aucune induction solide relativement au sujet qui nous occupe; mais les mots qu'ajoute l'historien N"^pÇ2 la^an bpt? u\m prouvent du moins avec certitude que la loi, à l'époque de Néhémie, avait besoin d'une glose (cf. Néhém. viii, 7, 9) pour être comprise; ce qui est au fond tout ce qu'il s'agit de démontrer. Les fragments chaldéens insérés dans le livre d'Esdras , fragments qui paraissent extraits d'un grand ouvrage historique écrit en cette langue ^, ne sont-ils pas eux-mêmes la meilleure preuve de l'importance qu'avait prise parmi les Juifs l'idiome araméen dès les premiers temps de la domination persane?

' Gesenius, Gesch. der hebr. Spr. p. 45. — S. Luzzatto, Proleg. adunagramm. ragionata délia lingua ebr. p. go.

* On trouve dans le chaldéen du livre d'Esdras (iv, 18) ce mot K^TSD avec le même sens que dans le passage de Néhémie que nous discutons ; mais ie sens du passage d'Esdras est moins déterminé encore , et le verset 7 du même chapitre , qui seul pourrait l'expliquer, paraît avoir subi quelque altération.

' Ewald, Gesch. des V. Isr. I, a44 ; III, a* part. p. ao5.

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