LIVRE II, CHAPITRE I
phéties d'Aggée, Zacharie^ Malachie, le Livre de Daniel, le Kohéleth^, plusieurs psaumes, appartiennent à cette période, et nous conduisent à peu près jusqu'à la fin du ii* siècle avant J. C. L'époque des Macchabées en particulier signale une sorte de renaissance de l'ancienne langue et de l'ancien esprit. Le Livre de Daniel est certainement contemporain d'Antiochus Epiphane^. Il n'est même pas impossible que quelques psaumes datent de cette époque *. Le Livre de l'Ecclésiastique, de Jésus fils de Sirach, dont nous n'avons que la traduction grecque, mais dont l'original était certainement en langue juive ^, fut composé vers l'an 160 avant J. C. Le premier livre des Macchabées dut être écrit dans la même langue et sous le règne ou après la mort de Jean Hyrcan, vers l'an 100 avant J. C. ^ Le Livre de Judith est bien plus moderne encore ; on le croit , non sans raison , postérieur
* M. Ewald semble avoir prouvé que le KTre de Zacharie renferme des fragments de prophètes inconnus, antérieurs i l'exil. (Die Proph. d« i4. B. 1. 1 , p. 3 1 8 et suiv. p. 389 et suiv.)
* Voy. cependant ci-dessus, p. i3a-i33. Le Livre d'Esther, et les livres de Baruch et de Tobie, dont il ne reste que des traductions grecques, paraissent provenir des communautés juives dispersées dans le haut Orient. ( Ewald , Gesch. III , a* part. p. 1&7, a3o et suiv.)
' Les chapitres vii-xii sont pleins d'allusions aux diverses péripéties de la domination grecque en Judée. La langue renferme plusieurs mots grecs (m, 5, 7, 10, i5). L'opinion des critiques indépendants est unanime à cet égard.
* C'est l'opinion de RosenmùUer, Bengel, Berthold, Hitzig, Lengerke, Zdnz, opinion combattue par Gesenius, de Wette-, Ewald, etc. et sujette à de graves diiBcultés. Elle a trouvé un récent et ingénieux défenseur dans M. P. de Jong, Dûquùitio de Psalmis Macchabaicù; Lugd. Bat. 1857. ^^* ^' Olshansen (Die Psalmen eMart; Leipz. i853) a même osé rapporter l'ensemble do Livre des Psaumes à l'époque des Macchabées.
* On trouve des fragments du texte I^rea dans le Taimud. — Cf. Dukes, Rabbinitehe Blumenlete, p. ai, 67. — Ewald, JoÀrè. <fer6JW. Witêemeh.{iSbt), p. 1 39-160.
« De Wette, Einleitung , S 3oo.
au christianisme^; mais il est fort difficile de décider si ces écrits, dont il ne reste que la traduction grecque, furent composés primitivement en hébreu ou en chaldéen. Saint Jérôme, qui dit en avoir vu les textes , a souvent pris des traductions ou des remaniements postérieurs pour les originaux ^. Les idiotismes des traductions grecques prouvent bien qu'elles proviennent d'un original sémitique , mais ne disent rien sur le dialecte. Un fait bien remarquable, c'est que les monnaies juives autonomes portent des légendes en hébreu pur jusqu'au temps de Barcochébas (187 après J. G.)^.
Les écrits de ce second âge de la littérature hébraïque accusent en général un grand abaissement dans l'esprit juif. Le style en est plat et sans relief, la pensée y est lourde, les idées religieuses plus étroites, la crédulité moins naïve, la poésie moins spontanée. Un genre nouveau de fiction , emprunté au symbolisme de la Chaldée et de la Perse , fait invasion de toutes parts; une mythologie étrange, des visions apocalyptiques troublent l'imagination d'Israël, auparavant si sobre, si pure. D'autre part, quand on veut marcher sur les traces des anciens, tout se réduit à une imitation pâle et froide : les poëtes se contentent de reproduire ou de combiner diversement les motifs poétiques des vieux psalmistes. Nous avons ainsi des psaumes
^ Volkmar, dans les Theol. Jahrb. de Tubingue; 1S57. Le Talmud mentionne encore quelques écrits hébreux de cette époque. (Dukes, Die Spr. der Mischnah, p. 1-2. — Fûrst, Kultur- und Literaturgesch. derJudenin Asien,^. lA-iS, a4-2.5.) La Mischna renferme plusieurs fragments écrits en hébreu biblique , qui paraissent également de l'époque des derniers Macchabées. J'espère montrer bientôt, par un curieux exemple, que l'espérance de trouver dans le fatras de la littérature rabbinique des ouvrages en hébreu pur écrits avant l'ère chrétienne n'est pas chimériqueé
» De Wette, Einleitung, S8 3o8, 3io a, 3i8, 3a3.
' Bayer, De nummis hebrœo-aamaritants , p. 9 1 . — Eckhel , Doctrina nummorum veterum, III, 469. — De Saulcy, Rech. sur la numismatique judaïque ; i854. — ~ Levy, Geschichtederjii,disclienMûnzen{^TQs\d.\i, 186a),