LIVRE II, CHAPITRE I
qui ne sont guère que des centons, formés de fragments de psaumes plus anciens. On voit des lettrés, des hommes d'étude, qui, nourris des classiques et dénués d'originalité, ne savent composer qu'en groupant les souvenirs de leurs lectures. La littérature hébraïque, en un mot, devient une affaire d'érudits, un travail de docteurs, l'apanage exclusif d'une classe d'hommes séparés du peuple et parlant une langue différente de la langue populaire.
Quelquefois pourtant ces imitations ne laissent pas d'être fort heureuses, et de rappeler les plus belles créations des anciens. Je ne parle pas seulement des œuvres admirables inspirées par la captivité elle-même à des hommes nourris dans l'ancienne école, telles que la seconde partie du Livre d'Isaïe (ch. XL-Lx?i), les psaumes de l'exil, les Lamentations, qui forment comme un brillant prolongement de la grande époque du génie hébreu. Parmi les auteurs appartenant décidément à la seconde période, il en est qui écrivent encore l'hébreu avec une grande pureté : tels sont Esdras, Néhémie, Malachie'. Souvent même, dans les pièces lyriques, les formes sont plus finies, l'expression plus travaillée, et c'est ainsi qu'une extrême élégance de style, une symétrie rigoureuse et réfléchie dans le parallélisme, une pensée calme et régulière peuvent être, pour les psaumes, des marques d'une composition moderne. Le roman enfin (car la littérature hébraïque n'a pas échappé au sort commun qui semble condamner toutes les littératures à finir par ce genre de compositions) produit les jolis récits de Tobie, de Susanne, curieux échantillons de la littérature populaire de ce temps.
Quant à la langue, si nous l'avons déjà trouvée empreinte de chaldaïsme dans les écrivains qui précèdent immédiatement » Ewald, Gesch, III, a* part. p. aoS.
la captivité, cette tendance est naturellement bien plus prononcée dans les écrits de la période qui nous occupe. On en vint bientôt à insérer de longs fragments chaldéens au milieu d'ouvrages hébreux. Les mots, les formes, les tours chaldéens se retrouvent presque à chaque ligne ^ ; en voici quelques exemples :
1° Mots empruntés au chaldéen : jdî, temps, pour ni'; ny2 , forteresse ; yi3, lin, pour Vp-, yp^i, fosse; pjlDj/n, pour Yj?; nayp, œuvre, pour n|?î?P; "jap., recevoir, pour n]?b.
9° Formes de noms imitées du chaldéen : multiplication des substantifs abstraits en ni, p, ]^, niD^p, royaume, ipour npbpp; niy"i, soin; pîûW, domination. Emploi de la terminaison féminine à la fin des substantifs : ri^aT, cau^e, pour
3" Acceptions particulières imitées du chaldéen ; nos , dans le sens de délivrer.
k° Particularités d'orthographe : multiplication des quiescentes : U^l'ip pour î^iî? ; terminaisons féminines en N^ pour n^.
5° Formes grammaticales et particularités de syntaxe : ^ et '^p pour nç^K et |? ic^n, analogues à l'araméen n. et b'tT; emploi'habituel de "? comme marque d'accusatif; tours analytiques et prolixes; système de conjonctions plus développé.
Outre ces chaldaïsmes, le style des ouvrages hébreux des basses époques offre encore des formes particulières dont la plupart se retrouvent dans le néo-hébreu. Le Kohéleth, sous ce rapport, fait classe à part et signale la transition entre l'hébreu ancien et la langue de la Mischna.
1° Mots nouveaux : ns^ypn an"?, pour D^jpn on'?; ans, /ivre; C^nip, commentaire-^ 1112^9 , chanteur.
2° Formes et orthographe nouvelles : N^31, pour n33"j;
' Geseoius , Gesch. der hebr. Spr. S i o , 5.