‹ Histoire générale et système comparé des langues SémitiquesChapitre 89 sur 281 · LIVRE II, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE I

la révision des textes anciens, on cherchât à leur donner le même caractère^. Dès l'époque classique, du reste, nous avons vu les rédacteurs des livres historiques insérer et expliquer dans leur texte des dires anciens, dont ils ne comprenaient pas bien le sens^.

On est quelquefois surpris que les philologues modernes osent se permettre de corriger des interprétations ou des étymologies fournies par les Juifs eux-mêmes, ou de réformer les traductions qu'ils ont données de leurs propres livres à une époque où l'on avait à peine cessé de parler hébreu; mais l'étonnement diminue quand on songe que la critique en général, la philologie, et surtout la science étymologique ne furent jamais le domaine de l'esprit antique ^. Aucun helléniste ne peut assurément se vanter de savoir la langue grecque comme Platon , et pourtant quel est celui qui prend au sérieux les étymologies, ou, pour mieux dire, les calembours du Cratyle et du Phèdre? Quel est le latiniste qui se fait scrupule de corriger les étymologies de Varron, de Cicéron, d'Aulu-Gelle? Cette hardiesse doit moins étonner encore pour les langues orientales. Les peuples qui les parlent ont toujours eu si peu de philologie, que les Européens, tout en recevant d'eux des leçons pour l'usage routinier de la langue , les surpassent bientôt de beaucoup pour la science systématisée , et ne craignent pas de se mettre en pleine opposition avec eux pour l'interprétation de textes un peu anciens , composés dans leur langue maternelle.

* Cette tendance à adopter de préférence la leçon la plus facile domine tous les travaux exégétiques des premières écoles juives. On la retrouve dans les Septante, dans le texte samaritain , dans les heris des Massorètes , etc. De là cette règle de critique, qu'il faut toujours regarder comme plus authentique la leçon la plus difficile.

' Cf. Ewald, GescK. des V. Isr. p. 78, note.

^ Cf. Lersch, Sprachphilosophie der Alten, III, 61 etsuiv.

On a coutume de clore l'histoire de la langue hébraïque à la composition des derniers ouvrages hébreux écrits avant l'ère chrétienne et insérés dans le Canon ; mais une telle manière de voir n'est pas suffisamment justifiée, puisque, d'une part, si l'on termine l'histoire de la langue hébraïque au moment où elle cesse d'être vulgaire, il faut s'arrêter beaucoup plus tôt, et que, de l'autre, si l'on donne place dans cette histoire à l'hébreu artificiel des rabbins , il faut descendre beaucoup plus bas, ou, pour mieux dire, il faut venir jusqu'à nos jours : à aucune époque, en effet, on n'a entièrement cessé d'écrire en hébreu parmi les Juifs. Sans doute il y a eu dans cette longue série littéraire d'importantes lacunes; sans doute aussi le nouvel hébreu, à l'usage des rabbins, diffère notablement de l'hébreu biblique; mais c'est toujours au fond la même langue, ce senties mêmes formes grammaticales, c'est le même vocabulaire quant à ses éléments essentiels. Ajoutons que les autres langues parlées et écrites par les Juifs durant la première moitié du moyen âge , le chaldéen et l'arabe , avaient tant d'analogie avec cet hébreu aramaïsé , que souvent , sans y penser, l'écrivain glisse de l'un à l'autre, à peu près comme dans les sermonnaires du xiii* et du xiv" siècle le latin et le roman se mêlent dans une même phrase.

L'histoire de l'hébreu post-biblique se divise en deux périodes tout à fait distinctes. Dans la première, qui s'étend depuis la clôture du Canon jusqu'au xii* siècle de l'ère chrétienne, l'hébreu est écrit encore , mais rarement et à de longs intervalles. Le chaldéen et l'arabe sont les langues ordinaires dont se servent les Juifs, même pour leurs ouvrages religieux. Dans la seconde, au contraire, depuis le xii* siècle jusqu'à nos jours,

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