‹ Histoire générale et système comparé des langues SémitiquesChapitre 90 sur 281 · LIVRE II, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE I

l'hébreu redevient la langue littéraire des Juifs. Nous sortirions de notre plan en suivant cette histoire dans tous ses détails ; on ne trouvera ici que les divisions principales et les traits généraux.

La Mischna, rédigée à Tibériade au ii* siècle de notre ère, mais qui renferme des fragments beaucoup plus anciens ^ , est le monument essentiel et caractéristique de la première période. La langue de cette seconde Bible est, au fond, de l'hébreu , mais très-fortement aramaisé , et mêlé de formes étrangères à l'hébreu biblique. Il est difficile de dire dans quelle relation était cette langue avec la langue vulgaire du temps. Les talmudistes identifient quelquefois la langue de la Mischna avec la langue de la loi, min ]Vù'b. D'un antre côté, dans la Mischna elle-même, l'hébreu biblique est appelé exclusivement ^i\)n ]wh, la langue sainte, par opposition à Drin ]wh = tStancov yX^cTo-a.; mais le rédacteur ne range la langue de son propre ouvrage ni dans l'une ni dans l'autre de ces catégories, et il est probable qu'il l'envisageait comme se rattachant plutôt au zn^>n p:*?'? qu'au :ûvin ]wb. Toujours, en effet, la langue écrite est distinguée de la langue vulgaire (^^ZH nDNiD), et Rabbi Jochanan, le collecteur du Talmud de Jérusalem vers l'an 3oo , appelle déjà la langue de la Mischna CDDn ]^vh = la langue des savants -.

Un dépouillement complet de la langue de la Mischna, au point de vue lexicographique, amène à classer en trois groupes les mots de cette langue^ : i°mots purement hébreux; 2° mots

> Fûrst, Kultur- und Literaturgeschtchle , p. 5 , 1 1, 82 et suiv. — Sfeînschneider, dans TEncycl. d'Ersch et Gruber, art. Jùdische Literatur, p. 365 et suiv.

* Voy.Luzzalto, Prolegomeni, p. 98-99,

' A. Geiger, Lehrbuch zur Sprache dei- Mischnah (Breslau, i8à5), p. 17 et suiv. — L. Dukes, Die Sprache der Mischnah (Essiingen, i846), p. a et suiv.

clialdéens; 3° mots étrangers à la famille sémitique, surtout grecs et latins.

Les mots hébreux de la Mischna ne sont pas seulement ceux qui se rencontrent dans les livres bibliques. On doit donner ce nom à une foule de mots et de formes qui , sans se trouver dans la Bible, n'en appartiennent pas moins à l'hébreu, et auraient certes autant de droit de figurer dans le dictionnaire hébreu que tel mot ou telle forme qui ne se rencontrent que dans le Livre d'Esther : on peut citer pour exemples les noms de plantes et de fruits : WTp^ii , poires ; 'ji^n, moutarde; n^bi, citrouille, et une foule d'autres mots vulgaires'. Sous ce rapport, il faut reconnaître que l'hébreu mischnique a une trèsgrande importance pour l'exégèse^. Plusieurs mots douteux de l'hébreu biblique trouvent dans la Mischna des explications satisfaisantes : Gesenius en a donné un curieux exemple pour le mot bj?33 {Exod. ix, 3i), houton de jleur^. Souvent aussi les mots bibliques figurent dans la Mischna avec des significations fort différentes de celles qu'ils ont dans la Bible. Ainsi niN , avec le sens de lettre; nu?n:, signifiant l'intérieur de; vh'O =■ durant, etc. Plus souvent encore les racines bibliques fournissent des formes et des dérivés qui manquent dans l'ancien hébreu : n^bn , précepte ; pnND, réunis, de ni<, frère; ^Vn^'n, partager en trois, etc.

En général , lorsque la Mischna emprunte des mots au chaldéen, elle leur donne une forme hébraïque. — On trouve aussi dans la Mischna un grand nombre de mots latins et grecs :

* Cf. J. Th. Hartmanni Supplementa in Gesenit Lexicon hebr. e Mischna petita, Rostochii, 181 3. — Gesenius, Gesch. derhebr. Spr. p. 78-74, et Worterbuch der hebr. Spr. Vorr. p. xxvii. — Preiswerk , Gramm. hebr. Introd. p. xxii. — S. Luzzatto, Prolegomeni, p. 96 et suiv,

* Delitzsch, lesurun, p. 89 et suiv.

^ Thesaurut et Lexic. man. à ce mot.

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