‹ Histoire générale et système comparé des langues SémitiquesChapitre 91 sur 281 · LIVRE II, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE I

:es mois sont même entrés assez profondément dans la langue pour donner lieu à des dérivés, tels que jSnc:, essuyé avec l'éponge, de 31DD, éponge.

L'orthographe de la Mischna diffère beaucoup de l'orthographe biblique, et se rapproche du chaldéen; elle tend généralement à adoucir les consonnes dures et à contracter les mots (nVd^v , pour n'? dn 'ha ou xb tia ; fn'jx'? , pour -inx '?«"'?). Les verbes défectifs de la troisième radicale se terminant en N ou en n, et en général les verbes dits imparfaits, tendent à se confondre. Les quadrilitères sont plus nombreux qu'en hébreu : une forme nouvelle, dont on trouve quelques traces douteuses dans la Bible, la forme nithpahel, prend une importance considérable. Des temps composés et des formes analytiques s'introduisent, à l'imitation du chaldéen (yiv '•n''>n Thi<=si j'avais su); le futur s'exprime souvent par l'adjonction du mot T>ny (/ix^XAw, ail. werden); les relations des temps sont marquées avec plus de précision que dans l'ancienne langue ; de très-nombreuses particules, formées avec réflexion ('7"'3Ç?2 à cause de; "»bV?, vers, etc.), rendent possible l'expression des choses rationnelles et abstraites. Le substantif revêt un nombre de formes plus considérables; mais cette richesse est acquise au prix de l'élégance. La physionomie générale du discours est celle du chaldéen *, et beaucoup de particularités rappellent l'arabe vulgaire. On sent partout l'action des principes qui ont fait sortir du latin les langues néo-latines, mais entravée par la roideur qui a rendu impossible , dans les langues sémitiques , toute régénération des idiomes éteints.

La langue des deux Talmuds (Gémares), rédigés, le premier en Palestine au iv* siècle, l'autre à Babylone au v% diffère notablement de celle de la Mischna. C'est décidément du

' Geiger, Lehrbuch zur Sprache der Mùehnah, p. i et 8uiv.

chaldéen, et il ne peut en être question ici. Le clialdéen est généralement à cette époque la langue écrite des Juifs. Néanmoins on ne cesse pas pour cela d'écrire en hébreu. Da nombreux fragments insérés dans le Talmud et les Micîraschim rappellent la langue mischnique, quelquefois même l'hébreu biblique. Les prières, les morceaux d'apparat, les discours funèbres ^ sont en hébreu. Le livre letsira, dont la date est incertaine, il est vrai, mais qui paraît antérieur au x* siècle, est écrit en hébreu. Les Baraiethoth, le Seder Olam, les Halacoth Guedoloth et Ketannoth, les Piyutim, etc. sont rédigés à peu près dans le style de la Mischna.

Il est, d'ailleurs, impossible de tracer les limites exactes au milieu du chaos des éléments sémitiques entre lesquels le judaïsme ne sut jamais faire un choix exclusif. Aucune des grandes compilations qui viennent d'être énumérées n'est écrite d'un -style homogène. La Mischna, par exemple, à côté de morceaux presque chaldéens, en renferme d'autres en hébreu biblique assez pur, et sans doute écrits avant l'ère chrétienne. Privé de langue propre comme de patrie, le judaïsme, depuis la dispersion, ne cessa de flotter entre les différents idiomes qu'il trouvait derrière lui et autour de lui, sans en admettre décidément aucun. Il fit comme un homme qui écrirait tour à tour et à la fois en latin, en français, en italien, en espagnol, se mouvant librement dans le domaine connu de ces quatre langues , sans s'arrêter franchement à l'un des dialectes. Ayant dans son passé deux ou trois langues sacrées et classiques <, cédant d'ailleurs à la tendance naturelle qu'ont les sectes isolées à séparer la langue écrite de la langue parlée , le judaïsme dé^ ploya une immense activité intellectuelle, sans arriver à Une

* Cf. Dukes, Rttbbinische Bhmenlese,]^. 3^7 etsui" — S. Luzzatto , Pronom, p. 100-101. — Geiger, op. cit. p. a

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