‹ Histoire générale et système comparé des langues SémitiquesChapitre 94 sur 281 · LIVRE II, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE I

analogue, en faisant croire que l'usage de la langue hébraïque leur est encore familier.

Telle est cette singulière histoire, d'où il résulte, ce me semble, qu'on peut dire en toute vérité que l'hébreu n'est jamais mort; et en etTet, de nos jours encore, il s'imprime plus d'ouvrages en cet idiome qu'en plusieurs langues secondaires de l'Europe. J'ai sous les yeux le premier numéro d'une gazette hébraïque, écrite dans un style imité en partie de celui des prophètes, et imprimée à Jérusalem! — Pour achever le tableau des destinées de la langue d'Israël, il nous resterait à faire l'histoire de la philologie hébraïque, ou, en d'autres termes, de la connaissance qu^on a eue de l'hébreu ancien aux diverses époques. Ici encore nous serions frappés du caractère unique et spécial de l'histoire qui nous occupe, de ces éclipses et de ces renaissances multipliées , dont on trouverait difficilement un autre exemple; mais comme un tel sujet, traité dans tous ses détails , pourrait sembler en dehors de notre plan , nous nous bornerons à l'indication des faits les plus généraux ^

S VII

L'histoire de la philologie hébraïque peut se diviser en quatre périodes : i* étude traditionnelle de la langue, depuis le moment où l'hébreu cessa d'être compris du vulgaire jusqu'aux premiers grammairiens juifs , au x* siècle ; 2° période de la philologie juive, du x' siècle au xvi*; 3° premières études chrétiennes , du xvi* au xvni* siècle ; li° études comparées et purement scientifiques.

' Voir, pour pius de développements , Gesenius, Getch. der hebr. Spr. p. 69 et suiv. — S. Luzzatlo, Proleg. ad una grammatica ragionata deUa hngua ebraica, inil. — Delitzsch, leturun, seu Isagoge in gramm. et lexicographiam linguœ he~ brœce, Grimmae (i838), lib. L

Après la renaissance momentanée qui signala l'avènement des Macchabées, la connaissance de l'hébreu décline rapidement. Le grec, dont l'influence va toujours croissant en Orient, envahit bientôt la Judée elle-même. Les Juifs hellénistes, qui ont leur centre à Alexandrie, substituent pour l'usage religieux leur traduction à l'original, et cherchent à la relever par des récits merveilleux. Les paraphrases chaldéennes, d'un autre côté, font négliger le texte, en sorte que l'hébreu n'a peut-être été jamais moins su qu'à l'origine de l'ère chrétienne, un ou deux siècles après le temps oiî on l'écrivait encore. Déjà les méprises des traducteurs grecs désignés sous le nom de Septante montrent combien la connaissance de la langue ancienne était affaiblie. Philon et Josèphe font preuve d'une philologie encore plus défectueuse. Les explications qu'ils donnent de certains mots hébreux dépassent les plus étranges hallucinations des anciens en fait d'étymologie^ Il faut cependant faire à cet égard une différence entre les Juifs de la Palestine et ceux d'Egypte. Josèphe, par exemple, qui écrivit d'abord son histoire en syro-chaldaïque^, ne pouvait être étranger à l'ancienne langue. Philon, au contraire , n'en savait évidemment que fort peu de chose. Les Juifs qui formèrent le premier noyau du christianisme paraissent aussi avoir été peu familiers avec le

■ Gesenius, Getch. S 28. — Ainsi Josèphe explique le nom de |31NT (qu'il lit PovêrjX avec les Septante) par ?î<'3im (pour 'jK'Dim), Stàrt xar' ^Aeoi» toC Q-eoxj yévotfo [Anliq. I, xix, 8). — Philon décompose <I>/A<w7iof en T'D'? ^B = aT6y.a. Xafticdéos; ManeSûv = DlpD; ^^^^B , 'axpà rov Çeiêeaôat, etc. (Conl. Pseudo-Arisleam , in Bibl.Max. Patr.t. II, p. 466. — Voir Reuss, dans h Revue de théologie de Strasbourg, nov.-déc. 1 869, p. 98 1 .) L'esprit de système est allé jusqu'à chercher à ces extravagances une excuse et presque une justification. (Delitzsch, lesurun, p. 106-107. Cf. Z. Frankel, Ueber liolœstinische und alexandnnisclte Schriftfortchung , p. 38 et suiv. Breslau, i854.)

* De bello jud. livoœm, 1.

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