‹ Histoire générale et système comparé des langues SémitiquesChapitre 95 sur 281 · LIVRE II, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE I

texte hébreu de la Bible. Les auteurs du Nouveau Testament, ceux du moins qui ont écrit en grec, ne citent jamais que la version grecque de la loi et des prophètes, et font sur cette version plusieurs raisonnements dogmatiques qui manqueraient de base dans l'original ^

Les docteurs mischniques et les talmudistes n*ont pas d'exégèse régulière : les observations grammaticales sont chez eux très-rares ; ils tendent sans cesse à substituer des procédés d'interprétation artificiels aux moyens herméneutiques fournis par la philologie-. Cependant l'étude de la langue sainte est si souvent recommandée dans le Talmud, qu'on ne peut douter que l'hébreu ne fût devenu, depuis la dispersion, l'objet d'une étude plus régulière de la part des Juifs'. Justinien, dans un édit de l'an 5/i8*, leur fait un reproche de cette étude exclusive, et leur ordonne de lire les traductions grecques, pour se convaincre de la réalisation des prophéties. — Quant aux premiers chrétiens, sortis d'une branche du judaïsme qui ignorait l'hébreu , ils restèrent presque entièrement étrangers à cette langue^. Origène et saint Jérôme furent à peu près les seuls parmi les Pères qui y donnèrent une attention sérieuse ; les plaintes sans cesse répétées de saint Jérôme contre ses détracteurs prouvent que l'entreprise d'en appeler à la vérité hébraïque était

' Lami, D« «nufitùm«ajxwto2orum (Florentis, lySS), p. 8, 167, etc.

* Les partisans exclusifs du Talmud Brent même de Topposition au mouvement grammatical qui se manifesta dans le judaïsme , au x* siècle, sous Tinfluence arabe. (Voyez les fragments de R. Jona, publiés par M. Munk, Notiee $ur AboulwaUd Merwân Ibn^Djanah, et $ur quelques autre* grammairiens hébreux du j" et du II" siècle, p. i6i et suiv. Extr. du Joum. osiaL i85o.)

' Fûrst, Kultur-und lÀteraturgeschichte der Juden, p. a6-98.

* NnelL i46.

* Le texte dté par Méliton, saint Justin, etc. sous le nom de ô ÈSp^ûot, n'est pas le texte hébreu, mais la version littérale d'Aquila. (Gesenius, Geseh. der Mr. Sprache, S a6.)

envisagée comme une nouveauté et blâmée de plusieurs ^ D'ailleurs ni Origène, ni saint Jérôme, ne dépassèrent les rabbins leurs maîtres , et ce premier essai de philologie hébraïque chez les chrétiens ne fut qu'un reflet de celle des Juifs. — Les sectes gnostiques ne cherchèrent dans l'hébreu que des mots magiques pour les amulettes et des sons bizarres pour les pratiques de la théurgie^.

Un texte dénué de voyelles, et par conséquent d'une lecture fort incertaine , courait plus de dangers qu'un autre en l'absence d'études grammaticales. Il résulte de l'ensemble du Talmud qu'il y avait parmi les Juifs une lecture reçue , enseignée traditionnellement, peut-être même notée par quelques signes (o'^DyiD) analogues à l'ancienne ponctuation des Syriens et à celle des Samaritains^. Le précepte souvent répété : niirh 3">D Wlf = faites haie à la loi'^, se rapporte sans doute à un premier système de notation des voyelles. Vers le vf siècle, on sentit la nécessité de fixer la tradition par des signes plus précis. On rapporte d'ordinaire aux Massorètes [^bvi mon) l'invention des points-voyelles, par lesquels on essaya d'atteindre ce but. Mais il semble résulter des travaux récents que les premiers ponctuateurs doivent être distingués des Massorètes. La question sera traitée avec étendue dans notre second volume , quand nous ferons l'histoire comparée des procédés de vocalisation employés par les Sémites. Il suffit de dire,

' Cf. Hieron. Prologus gaîeatus, Prœf. ad E»dr. etNehem. Prœf. ad Job, Prcef. ad Isaïam.

^ Lucien parle de Thébreu comme d'un jargon (jui ne sert que pour les enchantements : ô Se (puvds Tivas àoiffious <p0eyy6(isvos , olau yévotvr' dv Eêpttiuv ^ (ifoivixav (Alexander seu Pseiutamantis , S i3].

» Cf. Dukes, ^©N p*? miDDH Dl"llD:ip, herausgegehenmit Einleitung und Anmerkungen (Tubingue, 18/16), p. 29.

* Pirhe Aboth, cap. i, init.

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