‹ Histoire générale et système comparé des langues SémitiquesChapitre 96 sur 281 · LIVRE II, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE I

pour le moment, que le système des points-voyelles dit massoréûque paraît remonter, dans ce qu'il a d'essentiel, au commencement du VI* siècle de notre ère, que les docteurs juifs qui donnèrent à la philologie hébraïque ce puissant secours prirent pour modèle la ponctuation syriaque, qu'ils habitaient plutôt la Babylonie que la Palestine, qu'enfin ils appartenaient à la catégorie des docteurs dits Saboréens (""NmaD) et non aux Massorètes. Il faut reconnaître toutefois que la vocalisation n'était point, à cette époque, aussi complète et aussi régulière que dans les Bibles modernes : les grammairiens du X* et du XI* siècle paraissent étrangers aux subtilités qui rendent si compliquée dans nos grammaires la théorie des voyelles ; on chercherait vainement dans leurs écrits la trace de certains signes qui font maintenant partie intégrante du système graphique de l'hébreu ^ Enfin on a récemment trouvé entre les mains des Karaïtes de Crimée des manuscrits, dont l'un remonte aux premières années du x* siècle, ponctués selon un système tout différent de celui qui est usité dans nos Bibles, bien que parti des mêmes commencements ^.

Quant aux Massorètes, l'importance de leurs travaux est plutôt critique que granunaticale. Les Massorètes, en effet, cherchent uniquement à assurer l'intégrité du texte. Ils en comptent les mots et les lettres; ils comparent les manuscrits; ils multiplient les notations pour marquer les moindres acci-

» Lazzatto , Prokgomeni, p. i a et suiv. — Munk , Notice tttr Aboulwalid, p. a-4 , Sg-io, note. — Evialà,JahrbùcherderbibL Wiu.l,^. 160 et suiv. — Le même, Krititche Gramm. S 36. — Ewald et Bukes , Beytràge zur Getch. der àlteaten Auslegung und Spracherklàrung des A. T. p. ia5, i35, i/tg-iSo, 157.

* Pinner, Prospectus der der Odessaer GeseUschafi œlt. hebr. und chald.

Mantueripte; Odessa, i845. — Ewald, Jahrbûcher, 1 (iSàg), p. 160 et suiv. — Geiger, Urtchrift und Uebersetzung der Bibel m ikrer Abhdngigkeit von der Entwicklung des Judenthums (Breslau, 1857), P* ^^^ ^^ ^'^^*

dents de lecture ; mais ils s'occupent peu de l'exégèse , et l'on ne trouve chez eux presque aucune trace de grammaire, dans le sens que nous attachons à ce mot.

r C'est au x* siècle qu'il faut placer la formation définitive de la grammaire hébraïque. Elle fut le fruit du grand mouvement littéraire de l'Académie des Gueonim, et de l'empressement avec lequel les Juifs adoptèrent la civilisation musulmane , bien plus analogue à leur génie que la civilisation européenne et chrétienne. Il était naturel qu'ils voulussent appliquer à leur langue sacrée, si voisine de l'arabe sous le rapport grammatical, la culture que les musulmans pratiquaient sur leur idiome. On doit croire , néanmoins , qu'avant les travaux calqués sur ceux des Arabes, et dont le Gaon Saadia al-Fayyoumi (mort en 9^2) est regardé comme le fondateur, les Juifs étaient en possession des éléments d'un enseignement grammatical. M. Ewald^ a observé avec raison que, chez les grammairiens juifs de l'époque dont il va être question, la forme seule de l'enseignement est arabe ; la plupart des termes techniques dont ils se servent sont hébréo-chaldéens, et quelques-uns de ces termes ont subi des altérations si considérables, qu'oji doit croire qu'ils avaient séjourné longtemps dans les écoles avant de recevoir une consécration définitive. M. Munk, d'un autre côté 2, a savamment établi que les Karaïtes possédaient, avant Saadia, des notions grammaticales assez étendues; or ces notions, ils ne les devaient pas aux Arabes, puisqu'ils condamnaient l'étude de la grammaire arabe comme inutile et dangereuse'. On est donc amené à supposer chez les Juifs l'existence d'une grammaire traditionnelle, antérieure aux travaux des grammai-

* Ewald et Dukes, J5ei/trâg« ztir Ge«cfc. etc. p. ia3-i 24.

* Notice xur Ahoulwalid, "p.U-xo.

' Ihid. p. 39, note.

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