‹ Histoire générale et système comparé des langues SémitiquesChapitre 97 sur 281 · LIVRE II, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE I

riens formés à l'imitation des Arabes'; mais ce premier germe resta sans développement, et l'on ne saurait partir de là pour enlever à Saadia ses droits au titre de fondateur de la grammaire hébraïque.

Ce fut surtout dans le Magreb que le mouvement grammatical fondé par l'école juive d'Orient porta ses fruits. Menahem ben-Serouk, de Tortose, et Dounascb ben-Lébràt, de Fez, (960 et 970), composèrent les plus anciens travaux de lexicographie hébraïque. Vers la même époque, Juda Hayyoudj, de Fez, en se rendant le premier un compte exact de la nature des racines défectives et de la permutation des lettres faibles, posa la base de la saine philologie hébraïque. Enfin Rabbi Jona ben-Gannach, de Cordoue, ou, comme il s'appelait en arabe, Aboul-Walid Mervan Ibn-Djanah, dans la première moitié du xi* siècle, donna le chef-d'œuvre de cette école en lexicographie et en grammaire. Juda ben-Kcreisch et Salomon ben-Gebirol (l'Avicebron des scolastiques) marchèrent dans la même voie ^. L'excellence de ces premiers essais a de quoi nous surprendre; on doit reconnaître qu'avant les travaux tout à fait modernes, ceux de R. Jona n'ont pas été dépassés. Par un côté surtout , les grammairiens dont nous venons de parler se montraient fort supérieurs à ceux qui les ont suivis, et préludaient aux plus belles tentatives de l'école moderne , je veux dire par leur connaissance de l'arabe, et par l'habitude qu'ils avaient de demander à cette langue et au syriaque l'explication des obscurités de l'hébreu '.

* Joum. attat. déc. 1861, p. 457.

* Pour plus de détails , voir le Mémoire de M. Munk et l'ouvrage de MM. Dukes et Ewald, précités; les Prolegomeni de M. S. Luzzalto, et les divers travaux de MM. Dukes, Zunz, Rappoport, sur ce premier âge de la grammaire hébraïque.

' Voir le fragment de R. Jona publié par M. Munk dans le mémoire précité.

Les travaux de cette première école sont presque tous écrits en arabe. Lorsque , vers la fin du xii* siècle , cette langue cessa d'être l'organe des Juifs, on se porta de préférence vers des travaux écrits en hébreu, empruntés pour le fond à ceux de l'école arabe, mais bien inférieurs pour la science grammaticale et l'esprit critique. Les Kimcbi , de Narbonne , sont les représentants les plus célèbres de cette nouvelle série de travaux : le b^DD de David Kimcbi (composé vers l'an 1 200) fut regardé durant tout le moyen âge comme le chef-d'œuvre de la philologie juive. Ce ne fut qu'au xvi* siècle, au moment où la science de l'hébreu allait passer entre les mains des chrétiens , qu'on vit la renommée des Kimcbi effacée par celle d'Elias Levita (mort à Venise en lô/rg), qui porta la méthode rabbinique au dernier degré de perfection dont elle était susceptible, et fut le maître d'un grand nombre d'hébraïsants chrétiens.

Ainsi se continua jusqu'aux temps modernes la tradition de la science juive, à laquelle va succéder la science chrétienne, dont la critique rationnelle recueillera à son tour l'héritage. Jusqu'ici, en effet, la science de l'hébreu a été en la possession exclusive des Juifs. Le très-petit nombre de chrétiens qui surent l'hébreu durant le moyen âge, comme Raymond Martini, Nicolas de Lyre, Paul de Burgos, étaient des Juifs convertis ou fils de convertis. La formule employée à cette époque à propos de tous les savants hommes , « il savait le grec et l'hébreu , a n'est pas d'ordinaire plus vraie pour la seconde de ces langues que pour la première ^ On accorde facilement aux autres

p. 17/i et suiv. et k lettré de Juda beii Koreisch aux Juifs de Feï, suf la tttniparaisoa des divers idiomes bibliques j publiée par MM; Barges et Goldbergj Paris, 1857.

' Roger Bacoil , qui surpassa ses corttemporains par le sentiment philologique tbirime jwr l'idée de la vt^ie science expérimentale, mérite peut-être de faire

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