INDES OCCIDENTALES ET AMÉRIQUE CENTRALE
S. SA1.VATORE (WATLIN(i)
Les Européens connurent le tabac à la suite do la découverte du Nouveau Monde, et le trouvèrent déjà en usage chez les premiers sauvages t|U'ils rencontrèrent, ceux de l'île Guanahani, la première (1) des terres américaines découverte par Christophe Colomb (2).
De Ntvarritto, en rapportant le journal de bord du voyage de Colomb, à la date du Il Octobre 1492, parle de la douceur du naturel des Indiens do l'Ile Guanahani, que l'Amiral appela San Salmiore, et qui doit être celle qui est située an nord de I' autre dite du Grand Turc. Il rapporte encore, que le matin du 12 Octobre, lorsque l'Amiral débarqua i>our prendre possession de l'île, on fit des échanges avec les sauvages qui offraient différents objets (mémo des perroquets) aux Espagnols, dans la croyance que ces hommes nouveaux descendaient du Ciel, et leur étaient envoyés par Dieu (3). Parmi les choses précieuses offertes aux Espagnols il y avait aussi dos fouilles do tabac, qu' ils n' apprécièrent pas , en ignorant 1' usage. Mais tandis que De Navarrete ne parle pas de ces feuilles, Las Casas en l'ait mention, comme on le dira sous peu.
(1) Harrisso Htnry. Cristoplie Colomb, I8S4. I. p. 441.
(2) Cette Ile, une (Jus l.ucaios, ét.ut située entre la Floride et 1' Ho de Cuba ( Francisco LotOX dt Garnira, Historia general de las Indian , I .V>3 , cap. Kl deseuhrimiento de las Indiat, I. XI.) — Il est étrange pourtant de remarquer comment Plttro Marlir* a pu raconter, que cette iie était inhabitée. Il affirme en effet que les Espagnols, y étant restés en petit nombre, reconnurent que l'Ile était inhabile©, «t pour cette raison résolurent de s'avaucer Colomb lit couper des arbres, dont il fit faire une
grande croix, et l'ayant mise à la place du drapeau, ils remontèrent sur leur uavire et poursuivirent leur voyage; quelques jouis après ils découvrirent de la même manière six iles. » ( Martin Plotra, Sommario délia Hisinria délie Indie Occidental!, in "anusia. Sirigaz. e riaggi , Voooila. I.VK, 111. f. i. A). — Au contraire, aussi cette première Ile. découverte par Colomb, était certainement habitée, ainsi q.i' il résulte du journal de bord de l'Amiral, résumé par Las Casai. Selon lui. à deux heures du matiu. dans la nuit du M au Vi Octobre I4'.r.\ apparut la première terre appelé lïuauahaui par les naturel* , et habitée par des hommes nus (Las Catat, Giomale di Itordo di Crlitofaro Colomba. Ritccttlta dei daeumenlt pubolirali dnlla Commission* Vnlom/iiana, Itoma. IHîri, Parte I. vol. I. p. Ift) // ofubre. A las dos orn* dexpués de media noehe, parecio la Uerra.,.. que seXlamava en lengua de Yn- <lius Guatiatinni. luego rieron génie dvsnuda.
(3)Foraa*doz •• Kivirrstt, Colec-ion de los nages, l'rimer riuge de Cola*. od. Madrid, |K.*>9, (• pan. 172.
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Et Munoz non plu», contrairement ù ce que lui l'ait dire Tiedemann (1), ne fait pas la moindre allusion au tabac en parlant des naturels de Guanahani. Il h' occupe au contraire à décrire comment les sauvages couraient vers la plage pour observer , stupéfaits, l'étrange spectabie de l'arrivée de gens d'une couleur différente de la leur, ro étant émerveillés aussi des navires, des vêtements, des armes, aussi hien qu^ des cérémonies exécutées par les nouveaux arrivants, pendant que Colomb, en débarquant, prenait possession de cette nouvelle terre pour la Couronne de Castille (2).
Cependant, même les sauvages de l'île se servaient du tubac. et l'avaient en estime, ainsi qu'il résulte du même journal de bord, à la date du 15 Octobre, quand l'Amiral, en naviguant entre les îles Santa Maria et Fernandina , rencontra une pirogue dirigée par un Indien. Ou observa dans celle rencontre , que celui-ci portait avec lui , entre autres choses (U), des feuilles sèches (tabac), qui devaient être très estimées par les indigènes, puisqu' ils en avaient fait un présent au même Amiral, lors de son débarquement dans l'ilo de Ouanahani (4).
Outre que par De Mavarrete («>). ce détail fut. pleinement contirmé par le flls même de l'Amiral, c'est-à-dire par Fernand Colomb. Il raconte, en eff.t, que » avant qu'ils (les Espagnols) arrivassent à cette ile (fernandina, c'est-à-dire, Cuba) ils trouvèrent un homme dans un petit canot, qui portait, certaines feuilles sèches, qu' ils (les Indiens) estimaient beaucoup pour leur parfum et leur salubrité ,. («).
De sorte que les Européens reniai querent que les sauvages de Pile de San Salvador tenaient en estime Us feuilles -le tabac, mais n'en connurent pas l'usage (au moins à ce qu'il résulte des historiens de ce temps) avant de découvrir l'Ile do Cuba.
Ce ha
Iji premier" remarque sur 1' usage des feuilles scenes de tabac fut notée dans la première semaine de Novembre \V*2. Ce fut l'envoi de deux matelots dans l' intérieur de l' ile fernandina (7) pour l'explorer, qui en donna l'occasion. A leur retour ils racontèrent qu' ils avaient observé que les naturels avaient l'habitude d'allumer par une de leur extrémités des rouleaux do certaines feuilles sèches, qu'ils tenaient dans la bouche par l'autre, pour en aspirer la fumée, qu'ils renvoyaient tout de-suite après par bouffées, la rejetant aussi par les narines. Ces deux marins crurent que c'était, uni manière toul-afait spéciale adaptée par les indigenes pour se parfumer.
Il résulte, en effet, du journal de bord, à la date du tt Novembre 1492, que les deux Espagnols envoyés par 1' Amiral dans I* intérieur des terres pour explorer le pays, racontèrent, en retournant , qu' ils avaient rencontré sur leur route beaucoup de gens, hommes et femmes, tenant à la main un tison allumé, pour se parfumer avec une certaine herbe sèche, selon leur coutume, c' est a dire en fumant de la feuille sèche roulée.
(t) Tiedemaan. Genchiehte de* 'Itifaik*. IK.%1. p. I,
Ci) Manor, IIMuria del nttero Mundo. ITlKJ. I.. I. III. « K,t etlo ne oeeretm U't iwr« ù Ut pbiy». donde habin eimrurrido yn mitllitud de txtenox. <tW»nd,-,x <i,n el nuero espeehieulo (p. #2). A todt, esta se hallnbnn présente* los ithmot. suspens»* ;/ »d„ur<id„* .-,.« la H„redad y ettmneza de Ut» n« PM, tot nombre*, su rotor. «r< restido. nu» uriwis. tus cerimonut*. » (p. Kl).
(S) llujiu wits osturtfieax iclr. Bactilller y Morales. Cub,t priuu'tirn. p. -î.jô).
(4) Las Caiat s" exprime par Ws paroles suivantes : • nuns hnjn* seats, que deher «ce r»M mu-/ nvreeiada entre ellos . porvue ytt me tru rerun en Son Sohndor d' el'ns en présente. » ( l. «. p. ■i'. I. l'\ 20j. — (5) Fernandez de Navarrete. CoUveion d* {.,.« noues Ci* vit.. Mailn.l. IS5'J) Primer ritig* de Colon. I. p. ixo. à. la .iateiiu 15 Ocioltrc MtfJ.-fi) Colombo Fernando, Historié (irait, il. ili ». Ulloa. HW-\ p. WM.—t~) L'île de Cuba actuelle lut appelé Feriwndmn par Colomb iDo Gomara. I. c. f. X\VI>. tau.tn que l«s naturels rappelaient Inngnnchiea i0« Havarreta. I. c. p. l*0t.
Cette fumée leur servait à s'assoupir jusqu'à l'ivresse, et à ne pas sentir la (atigue Enfin, ces feuilles roulées étaient appelles tabaco par les naturels (1).
Dans |»-s Historié de Fernand Colomb (\. c.) les méim s choses sont à peu près répétées avec une légère adjonction ; u Dans les routes (les deux matelots) ont trouvé beaucoup xle gens, qui portaient un tison ardent pour allumer le feu , et se parfumer avec certaines herbes qu'ils avaient sur eux, et pour griller «b-s racines qu'ils leur donnèrent „ (2). Munoz aussi , parlant des naines deux matelots, décrit plus exactement (et cela ne doit pas surprendre , étant donné le temps où il écrivait) la manière dont on t-inployait ces feuilles sèches. En fait, dit-il, elles étaient ou roulées , ou bien enveloppées dans une autre feuille sèche (cello ci de maïs). (Juoi qu'il en soit, ces rouleaux {cigares) s'appelaient labac, et, s'allumaient par un bout pour faire aspirer la fumée de l'autre. De là, le nom do tabac passa aussi à l'herbe, qui était indigène des terres américaines, d'où elle passa ensuite en usage beaucoup plus recherché, même chez les peuples civilisés du Vieux Monde (31. Telle est l'origine «le nos cigares. Qui aurait jamais cru que l'us igo an devientrait si commun, et que m\r ce n ai veau et singular loisir on établirait un des revenus les plus lucratifs de l'Etat? (4).
Cependant le tabac, quoique les deux matelots de Colomb, 1' aient vu employé dans t'ile de Cuba dès la Un tie Novembre 1492, fut à peine apprécié en Europe dans la seconde moitié du siècle suivant, et y fut suitout adopté pour ses propriétés médicinales. Les Espagnols qui en trouvèrent plus tard (ainsi qu'on I* verra) la plante cultivée dans la province do Tabasco (dans le Yucatan), en introduisirent la culture (15S0) dans l'île de Cuba (5), quand elle était déjà très développée et très (loi huante dans l'ile de s. Domingue, où ils l'avaient aussi importée du Mexique un peu avant l'année 1535 (6), et quand elle était plus que générale à la Trinidad. Et mémo , a cette époque , cette dernière île fournissait les plus (ins tabacs, tant qu' on n' eut pas connu le J 'urinas du Venezuela, qui appela prouipLeuient l'attention des fumeurs par la supéiioiité de son
(1) D« Navarrotta (I. p. c. SI2) s'exprime à ce propos par les paroles suivantes, textuelles: « Hallitron las dot ( rulwnoi por el camino muelta gente que atraretaba à tut pueblo*, mugeret y hom
bret con un ttn'm en In nutno, yerbat ynra tinnar tut tahumorm* que aruttumbrnban.. Et il
puursmt ainsi eu note: ( p. '2e-. 1 \ * En la Ihttoria general det Induit que eteribio W mit/*) Caïas (••a p. 40), rtfiere mut ctirumlanctndameute ette titre*,,. » llallaron ( ilit ) ettot dut Crmtiatws por W eamino mucha genie r/ue atrarirtaban à tut pneblot, mugere* y hombres : stem pre lot hombret cou -un tiiùn eu la» manot, y cierUit yerbat para tomar tut sahttmeriot. que ton unax yerbat tecas me.lidnt en unit citrtn hoja, tern lumbien, à mimer" de mosqaete. AwAo de papel. de la murhiteho» In l'nn-ua drl Ktpirilo Stiuto , y eneeitdido por uni parte de ri. par lu olra elutpitn. ft xorben à reciben con el retuello para adenlrn a quel humo; «-un W citai te adormneen let enrnet y ruait etnborrncha. y ait dis que no tient en et enntanc.io. Etlo motquetet, d como lot tlatmiremot, llatnnn ellot Tabaco*. > (Itt Novembre 1 4'J'J ).
V2) Ias mode suivi par ce* Iii iiens pour obieuir du feu consistait à frotter deux morceaux de bois avec une certaine subataiiee inconnue de» Européens. Kn effet. 0« Horrara sVxprime ainsi: « y el fttego era fncil de eneender. porque leninn cierla madera. que apreUtndo un leiio eon oiro. corne quten 'xtrrena te «mendia fuego » (cfr. Htttaria general de lot hechot de lot Cattellanot). Le* dem marina envoyés par Colomb en exploration, le - novembre, ilans l'ile Je Cuba, étaient Roérique i* Jarox et Louis *t Torm , juu (cfr. Oo Havarroto , Snrrmione dei riaggi dt Colombo, id llarmoeckl . Kaci'oha di viagei. IH43. I. p.
(3) « A'o menot ettntnn pareci» lit eottumbr* de andar eomunmenie lot hombret por rampot y caminot con un tiziin en Utt miinot, y unnt cananeitnt dr etertat yerbat ennt-llat en una hoja, <i '/ten de hojat arrolladat. que llamafmn Tubaeos: encendinnlot por lu una parle, y por la olra ' hupabran el humo. lie ahi te trant/irtti el nombre de Ta baco it la yerba que ardio. planta natural de aquel hemitferio que hn tentdo à ter tan ettimadit y famota en todot lot pueblot del antiguo iMiMoz. I. c. 1. I. lit. p. 90).
(4) Harmoccfci, Haceolla di viaggi. 1H43. 1. p, 'J:i3, à propos du récit île Navarrott, Xarrazione dei riaggi di Cotombo.-(5> BHIIaia, Tobacco, 1875, p. 41.— (f,» Billings, 1. c. p. 414.
arôme et la douceur de son goût, et qui était cultivé de temps immémorial par les naturels dos régions baignées par l'Orénoque, et désigné en ce9 contrées sous le nom de Petum (1).
La culture du ubac à peine introduite dans l'Ile de Cuba, y obtint un grand succès, d'abord dans les environs de la Trinidad et du S.'° Espirtu, parce que ce produit était préférable à tout autre de !' Amérique (2). Puis , fuient reconnus comme tabacs aupériours ceux de Yuelta de Abajo, du Rio San Juan, et du Rio Hondo, et de ce dernier on récolta les Partidos (3). A partir de 1580 , la culture ne s' arrêta pas seulement à l'île de Cuba, mais se répandit aussi dans les autres iles voisines, si bien qu' il fut possible de commencer l'exportation du tabac en Europe. En effet, par cêdida du 20 Octobre 1614, fut déclarée libre la culture du tab ic , et ordonné que les agriculteurs de Cuba, devaient envoyer à Sevila tout lo tabac dépassant la consommation de l' lie (4). Ainsi avec les feuilles réduites en poudre on lit le fameux tabac à priser, dit de Siviglia, tandis qu' avec les feuilles entières on forma les cigarro» (5) , qui sont universellement reconnus les meilleurs du monde (6) , a 1' exception d' une petite région de l' île de la Martinique, qui produit des feuilles ayant un parfum d'une délicatesse exquise, célèbres partout sous le nom de Mucuba (7). Les cigares supérieurs de la Havane sont travaillés sans aucun apprêt (8). 11 y a un demi siècle la production du tabac dans la région du Vuelta do Abajo était annuellement de 120 mille balles, de 120-140 livres chacune, tandis que la production entière de l'Ile était de 400 mille balles , produit du labeur agricole de 70 mille ouvriers (9).
Certainement au 17" siècle on effectuait en grand aux Antilles la culture du tabac, eu adoptant diverses qualités ainsi qu' il résulte de la relation de Du Tertre (10), et de Labat (11). Les principales races étaient au nombre de 4 , fournies de Heurs semblables par leur couleur, leur forme et leur grandeur, et appjrtenant toutes à la Nùotiana Tabacuu.
1. " Petun verd ou Grand fatum , avec des feuilles longues d'environ deux pû-ds (24 à 26 pouces), larges d'environ un pied (12-14 pouces), très aqueuses, et par consequent se resserrant beaucoup en desséchant (12).
2. * Tabac à langue, et exactement à langue de boeuf, aux feuilles longues de 24 & 26 pouces, et larges de 7 a 8; peu aqueuses, et par conséquent se resserrant peu en desséchant. 11 était cultivé surtout à la Martinique, à la Guadeloupe, etc. et en général aux lies dites du Vent, pour les distinguer des iles Sous ie Vent, telles que Portorico, S. Dorai ngue, Cuba, la Jamaïque, etc. ,13).
8.» Tabac d'Amazone, aux feuilles longues comme les précédents, mais avec l'extrémité ronde et plus large; aux nervures perpendiculaires a celle du milieu, et non
(1) BlIUni», 1. c. p. 47ft.-<2) Ftfririo, Costume antieo e moderno, 1834. XIV. p. 1204. - (3) Formol* Tnbac. p. 128.— (4) Oo Gorooo jr oo Acoota, Uigiene colonial m Cuba, Habaoa, 1*J5. p. 4tt; id. El tabaco en Cuba, 1897. p. 14.
(5) \je mot cigarro, selon LIttré. a été appliqué en Amérique par les Espagnole, parce true le tabac ainsi euroolé. avait la forme de la cigarra (cicada, ou cicala) cfr. Montuter » Simon, Dictionnaire Hispano-Américain. Ainsi lurent appelés eu Audaiousie ctgarrale* les jardins, dans lesquei» les Espagnole introduisirent cette nouvelle pianre importée d'Amérique. Bt ce nom espagnol de cigarro fut adopté peu à peu par les lumeurs du monde entier (Do Gordon y i» Acoita, /( tabaco en Cuba, ltt'.'î. p. 8).— («; Bllllnc», Toéacco. p. 301.— (7) Portor, Tropical agriculturist, clr. Forguoion, All about Tobacco. IHHy, p. 22; Simoflflt, Commercial lYoduct» . olr. Ftrouiton , I. c. p. 23. -(8) |. S. Gentleman S Haut h Brevier, 1880, p. 2y.-(») Colomb», Va, Huch vom Tatok, 184». p. Ht.-(IO) Ou Tortro. //io<»i»-e générale des Anttllet. Paris. 1007. II. p. 8U.(I l) Latat, Voyage au.r UUt de r Amérique. 1724, 11. cap. XXIU. p. lo*
(12) Il semble qu'il s'agit de la .V. Jabacum , var. brastltemtt. à leuihes grandes connue les communes tabacs du Brésil, ou bleu de quelque race hybride: Orustlientii.Kmacruphylla. Petum nom par lequel les Brésiliens désignent lu tabuc
(13) Il semble qu'il s'agit <ie la N. Tabncum. var. lancifoltaXiiavanentii. cultivée encore aujourd'hui à S. Domiugue.
obliques comme dans les doux soi t es précédentes. .Ses feuilles, quoique charnues, se contractent peu en desséchant (1).
4." Tabac de Vtriuv , c' est-à-dire d' un petit village prèa Cuniana au Venezuela. Feuilles ù peine longues do 10 pouces; étroires, petites, rugueuses, très pointues, ayant un parfum doux, agréable, dans le genre du musc, qui se conserve daim les confectione-j de tabac à fumer et à priser, m» rue quand les dites feuilles sont mêlées â d'autres tabacs. Il constitue le tabac le plus doux, le plus tin et le plus parfumé (2).
A ce propos Rochelort remarque que dans les îles des Antilles ou a connu d'abord seulement le Ubac vert et celui « latujue ; plus tard les ubacs des Amazone* et de V* fine y fuient importés. Parmi ces tabacs les deux premieis étaient à feuilles plus gratifies, mais les deux derniers étaient plus estimés a couse de la bonté de leur odeur (8k Le même auteur décrit longuement la culture des tabacs suivie aux Antilles; mais il Marne l'habitude d'obtenir une seconde et quelquefois une trois.ènne production du même pied, parce qu' une telle pratique détériore la qualité du produit (4).
Kn général, on préfète dans l' ile de Cuba les terres sablonnousos-argileuses pour la culture du tabac, et ou .-cui te rigoureusement les terres calcaires, qui sont au contraire employées à la production de la canne à sucre. Les meilleurs tabacs s'obtiennent dans la région de Vuelta Alujo, située à la (jointe extrême occidentale de l'île, longue de 110 Km. -et large de :JU. Dans la partie orientale de la Havane, c'est-à-dire duos la province de S.'* Ul.ua, ou obtient des tabacs connus sous le nom de Remedio*, Tierru de Adetttru et Gibaru, qu'on a l'habitude de exporter eu Europe. A l'intérieur d" 1' ile on produit le l'artidon, dit aussi CaUmna, qui atteint 1(H) mille Kilog. Le Vara s'obtient dans les environs de Santiago de Cuba (ôt, et sur les bords des Meuves Lo Rio, Rio Hondo, et Pinar del Rio ttvi. La production du tabac, qui en 1837 était â peine de rj,2 millious de Kg. (Humboldt), arriva en à 20 millions de Kg., et on admet qu'elle est actuel lenient de 32 millions (Wagner), quoique sous le nom de Hacaiw on laisse passer une quantité do tabacs bruts ou manufactures, obtenus ail.eurs (7t. La statistique do l.V»8 >''ta
(1) li aembie qu'il •»' agit de la M. tit'nieitin, var. nwct oyhyltit.— Malgré ia brève description qui en est, laite, il y a biea rte supposer qu' il est survenu quelque .'-i-liange de noms parce que la lorme caractéristique des feuille» attribuée au lahac des Ammonet serait exactement celJc du laixtc Grand Peium, taudis qu'où devrait rapparier au tabac des Amnxone* tell»? assignée nu lnt»v >• grand l'elum.
(2) Il semble qu'il s'agit de m X. lahaeum, var. haranenti* <ma<-raph>/lla , cultivée encore auj-miû'hui au Venezuela. Il est trus vraisemblable que cette sorte ait servi de souche aux tabacs turcs actuels, cultivés avec taut «le suce»-* vu Macédoine.
Rochelort, Ilittorie... de* Antilles, <V55. p. I1LV— Roclittort, I. c. p. 'MX— [."») totnttr, Iropische Agrtkultur, l*sti, ||I. p. £i7. — ;U) Kittling. Iter lolxih, istfl. |>. 7.
<T) A peiue .a monie ,:es lt»ana un* dans lo commerce v:eut de ia Vuelta AOujo , très aromatique ; le reste est un produit import/; dans tin ou; d'exportation. Le boa tabac le I» Havane coûte jusqu'à 3(M> Kcs lu quintal <u'ou i'cxeitatio : a la fratMe comumrcwio.1. A la Havane les i-i«.iies llus se parfument même avec aes l>o:s oaortléraiit* I" - nu. K.ttis ies deux terrUoires de Visita Abajo et de Parlidos ou ue petit pas obtenir plus de lo miLmu» <ie kg. de pro iu:l iScherzer, I.-i rtta cconomf» det pufjoli, cir. Cojnttti da Ktrtlii, BtO!. Iv-ou. Torino, is-. C. 11. p. Ill, Kn |s-.i."i .'exportation des cigares tin ne IM millions, dont lo millions j our l'Angleterre et e*\ un lions pour le» Ki.Us l .ns d Amérique -JUpl. <(. t'ont. Rf}i. Loudon, Is'.ni, — Havana, N. I7i>'., p. 7i. LVxpr.rtattou tot.ue ou tabac, qui était de au millions de livres eu Is.C. îomba à 1»; midmu» eo »*'». a; rès un de .-ret .i« Wefler prom baa t ."exportation du Vueltu-.iOoju, excepté pour l'Ksp.lguu. La pre luctiou totale de l'île est de -V» mi. le Italie» dont 220 nulle sont employees dans i'iJe même à la labricatiou des cigares et des cigarettes, et 340 mille exportées (Chaque balle pèse environ lin livres). •- La production de Pmar dei Itio (qm comprend le district oe Vueita-Abajo) et de la province de la Havane est coum lëroe ëti-e de 280 mille balles (Dipl. a. Com. Rep. London, lî*V7.— Havana, N. IfW, p. 7).
Ooxu — HùMn du 7. W j
construite pour le Ctwe* , où est préparée un* buisson (l) faite aveu une herbe dite Chohobl/a, q u' ils prennent par le nez. Ceci fait, l'Indien commence tout de suite à devenir furieux , il lui semble que la maison est renversée. La force de ce breuvage est telle, qu'il lui enlevé tout intelligence et toute mémoire: il ne sait plus où il est... Puis celui-ci (revenu à lui) parle comme un fou , et dit qu'il vient de causer avec le Cernes (messager du Dieu Eterneb, qui lui a promis de lui donner la victoire sur les ennemis, etc. (fol. 47'. Et lorsque quelque Cacique tombe malade on appelle pour le guérir un do ces Jioïtii (sacerdotes), qui s'oblige à jeûner et à prendre de I' erbe dite Chohobba, qui le rend furieux, lui fait tourner les yeux, le met hois de lui, et après qu'il s'est livré à ces exercices pendant quelque temps, il fait mettre le malade au milieu d'une chambre... lui frictionne les épaules, le cuisses et les jambes... dit qu' ii a chassé le mal, etc. (fol. 43) „.
11 parair, pourtant, que Pietro Martire dans une autre de ses œuvres (1522) comprit mieux le but dans lequel les Caraïbes employaient le tabac Et en vérité, à propos de lours coutumes il ajoute que " comme dans l'antiquité reculée on croyait que les Dryades et les Amadryades, les Satyres , les Pans, les Néréides présidaient à certaines choses (bois, mers, sources etc.), ainsi les Caraïbes consultaient, les Zemi pour connaître l'avenir. Et c'est dans ce but que les sacerdotes entres dans les édifices dédiés aux Zmi, se surexcitaient en absorbant par les narines la coJtobba (tabac)„ (2>.
De la Borde (3) y ajoute les détails suivants : " C'est (pie lorsque le prêtre médecin {Piaye) devait se prononcer sur une maladie, on allait le chercher la nuit. Il faisait alors éteindre le ou dans la maison, et sortir toutes les personnes suspectes. Il se retérait ensuite dmis un coin de la maison , y faisait venir le malade, et après avoir fum* du petnm (tabac), il en frappait la fumée avec les mains, la soufflait en l'air, pendant qu'il s'étirait et se disloquait les doigts. On croyait que le Vem* no manquait jamais de venir à l'odeur de cet encens ou parfum , parler avec le prêtre, qui sans aucun doute avait fait un pacte avec le Diable, et qui, lorsqu'il était interrogé, répondait alors d'une voix claire, comme venant de loin, à tout ce qu'on lui demandait „.
De Gomara . discourant à son tour sur les coutumes îles sacerdotes indiens , note que ceux-ci, lorsqu' ils devaient prédire quolquechose qu'en leur demandait., absorbaient d' abord par les narines I jusqu' à s' enivrer et à perdre les sens) la fumée do 1' herbe colwbbi i tabac). Et il ajoute que ces mêmes prêtres se servaient également de cette herbe, quand ils étaient appelés pour guérir quelque malade. Enfin, il affirme nettement que cette herbe (c'est-à-dire le tabac) ne se trouvait pas en Europe (4).
(I) Petri Hartyria (De Rebus itce/inicis, 1.174. I. IX. p. loi» ne parle pas dn tout de breuvage, mai» du poudre. Eu effet, il dit: lanla est pulreris tllius contusi ris «j-coliobba. ut sensum omnem tlico. sumenli eum. tollat.
Ci) Prtrl MaHyrtt De Uebus oceameis. I "k13: • V«iu/i antiquitas Dryades, Hamadryades, ae Satyros et l'une» nul Sereides , fontium , sylrurum el pehigi cumin habere putnbat . sousque rei cuique deo* atuentiril. ut sinon quisque genus tuere.iur. Un et insulires ht suos Zemes inroratos eorum aplatis ausrnllnre autumanl. Qiiare cum de telli erenlu, de nnnona, de incolumitate. Zeraes reguli cunsulunl.domitm Zcrm dtratnm ingrediiintur; ibiqite nbsorta per wires Ooliobba . sic herbam ro,
cant inctirumtem, qua et lioim in furorem statini terluntur Ille autem as aperiens. Zemeo eu-
tempore se alUirutttm fuisse délirât.* {I. IX. p.
(3) De la Barda, Voyage,.., Relaliun exacte des Caraïbes. ."«M. (io Heaniaka. Voyage curieux, p. 304j.
(4) Fraacltco Lapai it Gaaiara. Htslorùi general de las India s. l.VW On Oa Vaaka, Bibl. Aut. Espan. IHT7. I. (i. 173.1. « Cuandu han de aderiniir y respowler à la que les pregiintan. comen una yerba que llawn Cohoba. molida, o pur moler, d loinnn cl huma de lu jHir Utn nariees y cou elto salen
deseso y > les représentait milristone* Para curar algo totnau tamOien de iiquella yerba couoba
que nu ta hay en Europa. » (p. ni'i.-Lor» inline que les arguments de fait manqueraient . il auftl. rait cette citation pour prouver combla la these que teuta de soutenir Lalkar Becker était errouée. 1st Amerika die HeinuU der gebauten labaksarlent <e(r. Satur. 1880). Par une suite d' ara/ameuts
Rochtfort rapporte en outre ce qui suit: " Pendant leurs maladies le* Caraïbes avaient recours aux devina, qui faisaient aussi l'office de médecins. Ceux-ci invoquaient les esprits (malins) pour être aidés pendant la nuit, quand ils devaient soigner le malade. Dans ce but il faisaient Moindre tous les feux de la maison, tappant du pied gauche pur terre, so mettant le tuyau du tabac dans la bouche, et soufllant 5 ou 6 fois en l'air la fumée <ju' ils aspiraient. Tous les assistants croyaient que le diable venait avec ces sortilèges, et qu' il répondait à toutes les questions qui lui étaient adressées par le médecin „ <l). Ferrario ajoute ensuite que les Caraïbes avaient l'habitude d'offrir aux esprit, bienfaisants, de la caxsatm et de la fuméo de tabac (2). Les prêtres indiens avaient I' habitude de s' étourdir avec la fumée , non seulement quand il devaient soigner un malade , mais aussi lorsqu' ils étaient requis de prédire 1' avenir , ainsi qu' on 1' a dit ci-dessus.
Parmi les premiers auteurs européens traitant de médecine, qui se sont occupés de I' usage «lu tabac , il faut citer avant tout Monardes , qui rapporte que les meiques (c'est à dire les Chefs ou les notables de» Caraïbes), lorsqu' ils avaient besoin de savoir l'avenir pour leurs affaires, allaient soumettre la question à quelque saemlote {Boette). Alors, celui-ci, en leur presence, faisait brûler des feuilles sèches de tabac, ot par les tuyaux (déjà décrits plusieurs fois) eu aspirait la fumée par la bouche et les narines. Et, selon la quantité de fumée absorbée, il restai évanoui pendant plusieurs heures. Lorsqu' il reprenait ses sens, il répondait suivant les visions et les fantômes aperçus pondant son ét;it auesthétique, les interprétant pourtant de la manière qui lui convenait! et donnant toujours des réponses ambiguës et à double sems, ou, comme le remarque Moaardei <3,, selon ce que le diable lui suggérait.
L' usage de cette fumée, s'il servait aux prêtres et aux médecins pour s' endormir avant de prédire l'avenir, servait aussi de passe-temps à tous les Indiens, qui voulaient voir en songe, à leur tour, toutes les visions et tous les fantômes, qui les divertissaient iMoaardet, I. c. p. 131). Et les Indiens s'empoisonnaient ainsi, s'en servant comme d'un stupèttani. quand ils voulaient s'endormir pour retremper leurs forces (1. c. p. 182), ou pour apaiser leur faim et leur soif (I. c. 184). Ce fut le même M«narde$ , qui fut des premiers à dire (mais inexactement, ainsi qu' il sera bientôt démontré), que l'herbe prit son nom de l' île du Tabago , qui en était très féconde. Cette erreur fu répétée par beaucoup d'autres (4).
fort douteux et tri» discutables il voulut démoDlrer quo le tabac était originaire du Vteux-Moude, et uou do l'Amérique. Les nombreux documeuts historiques qui seront résumés dans cet ouvrage prouveront jusqu'à l'évidence l'absurdité des thè-es si chaleureusement et si vainement routeoues par Uthir Becktr. L'argument soutenu par lui (i. c. p. 83 ) , que les tabacs révoltés comme sauvages au Brésil élaïuul cultivés eoulirme un fait bien connu, c'est-à-dire qu' ou avait l'habitude du cultiver cotte plant* depuis les temps ies plus reculés en Amérique, et bien antérieur» à l'arrivée des Européens. Backer pourrait-il indiquer, aujourd'hui, la patrie du froment? Pourtant cette plan!* se cultive depuis ies temps qui se penk-ui daus la fable, sans qu'aucun écrivain aotique. on moderne . na jamais pu préciser I' eudroii où lu froment croissait ou croit à l'état sauvage. Le seul fait, qu' on a iargemeut cultivé eu Amérique plusieurs sortes de tabac, démontre seulement (d'après lui) que le Vieux Monde avait peu semé cette piante. C'est évidemment une preuve contraire, car cela signifie qu'on ne cultivait pas le tabac, tout simplement parce que celte plante était inconnue. Le fait que la fabrication des tabacs est empruntée aux Européens par l'Amérique ne prouve rien non plus, car elle ne pouvait pas être inventée par les grossiers aborigènes, les Kuropéens ayant élevé, par leurs progrès, au degré le plus élevé de l'industrie ce que ies saut ages exécutaient avec des moyens tout-à-fait primitifs.
(1) Bocfcefort, Hutoire. des Antilles, Itttiô. p. 563.
Ci) Ftrrarto. Oistume antico e moderno, IK34, XIV. p. Vf!.
(3) Monardei, ht simpUcibttt medirantenlis. 1574, (trad. ittl. Délie cote çhe rm/rono pvrtate dalle ludte Occdeutati. Veuezia, I5*i. p. 13:).
H) B.r.fsW, i. c. p. !»5.
En outre, les prêtres indiens, sacrifiant au Soleil, aspiraient a certaines heures, devant son idole, une copieuse quautité de fumée, qui les faisaient tomber évanouis par terre (1). Restant ainsi six ou sept heures, ils communiquaient ensuite au peuple ce quo s' était présenté de bon ou de mauvais à leur esprit pendant leur vision. En raison de leurs prophéties ils étaient tenus en grande vénération, ainsi que les anciens devins de l'antiquité (2). De même que les prêtres, les médecins indiens (qui étaient souvent ces mêmes prétresï, avaient l'habitude de s'enivrer avec la fumée du tabac, pour pouvoir ainsi prédire à leurs malades mille choses , en affirmant qu' ils étaient inspirés par les Dieux (3).
Pour s'enivrer après quelque victorie, les Camibes aussi recouraient à l'emploi de la fumée; et De Charlevoix (i) en décrit longuemeute l'usage, de la manière suivante: " On célébrait la victoire par une danse générale, à la fin de laquelle on ne manquait jamais de s'euivrer avec la fumée île tabac... On étendait sur le feu à moitié éteint des feuilles incomplètement séchées: puis on prenait un tuyau fourchu en forme d'Y, on en mettait l'extrémité dans la fumée, et les deux branches dans Us narines, par lesquelles on absotbait la fumée qui montait directement au cerveau. Chacun restait a la place où l'ivresse l'avait fait tomber, à l'exception du cacique, qui était soulevé et transporté sur son lit par les femmes. Si pendant cette ivresse il survenait quelque songe, on le considérait comme un avertissement du Ciel. Ces indigènes appelaient Cohoba la feuille, et Tabaco l'instrument avec lequel ils fumaient. C'est donc une erreur populaire de faire dériver ce nom de l' ile de ïabago (ô). L' opiuion de Labat qu' il venait de la ville de
(1) « Sacerdo*. selon Ntaixkr (labacologia , !<K2, p. 44), quasi in ejrtatim quandam rtipttu . cadebat omm molu privât us. Ktenim a pud Inrtos mort* erat sacerdote* de Mlormn eventu, alittque magni momenli negociis consttlere. » Cir. Nleraiabtro, Jlistoria Naturae, 1633, XIV, p. VS>.
(2) Stella. // Uibacco. IÔtW. p. l'Jtt.— (3) Stella, 1. c. p. 1U».
(4) 0« Charter»!*, Hittoire de Title espagnole ou de S. Domingue. 1730, I. p. 40.
(5) Il semble iucroyable, que malgré l'autorité ties écrivants du temp*, il y a encore «les gens qui croieui que le uom du 'labac dérive de l'ile de ïabttgo. une des Autilles; taudii que c'est le contraire qu' il faut retenir, c'est-à-dire que ce nom (ut donné par les Espaguols à cette ile, parce que le tabac qu'où y cultivait pou»»ait merveilleusement. Il est utile pourtant de rapporter quelques détails fournis sur l'ile par 0* Hochttort (Relation de l'hle de Ïabago, ltf«6). Celui-ci relève, en effei, que l'ile Tabago est la plus nioridiouale des Antilles ou Caraïbes : au sud elle n'est paa éloignée du continent : à l'ovest elle regarde l'iie de la Trinité; au nord les autres îles des Antilles (p. 2.) Depui* le commencement que celle ile fut occupée et peuplée (par les Espagnols) iV» habitants *' adonné rent à la culture du tabac et à leur avantage: mais lorsque la grande quantité du tabac produit ailleurs lie baisser le prix de la marchandise, ils se mirent alors à la culture de la canne à sucre , du l'indigo, du cotou, etc. Pourtant on u'abaudonuu en rien la culture du tabac, et celui qu 1 on y produit eat aussi apprécié que celui de Vannas. Il ne faut donc pas s'étonuerquo le tabac vienne mieux qu'ailleurs sur cette terre, si i'oo admet ce que beaucoup d'habitauts du Nouveau ModJc tiennent pour certain, que ce fut précisément l'endroit même où cette plante si renommée fut découverte par les Kspagnols (?) Puis ils lui donnèrent le nom de lahac, en mémoire de l'ile de Ïabago (?) . oh ils eu avaient lait la première épreuve, après eu avoir appris les admirables propriétés de la bouche des
Caraïbes, qui y demeuraient alors (p. 51). Le même RocM»rt (Uùloiret de* Antilles, l«ô>\ p. 22 ), en
décrivant le» productions naturelles de l'Ile ue fan aucune allusion au tabac II ajoute que vers l'époque où il écrivait quelques milliers de colons s'aduuuaient h la culture du tabac du coton, de la canue à sucre, elc. Néanmoins, à la p. 113, il répète que le nom du 'labac fut donné a cette plante a cause de i'ile de Ïabago. — Il suffit de ces deux citations pour prouver comment De Rochelart su met eu contradiction avec lui-même, et comme il ignore les précédents historiens de la découverte de l'Amérique. Labat (Voyage aux Ulct de V Amérique. 1724, II. c. XXII. p. 151') pour combattre l'opinion de Povrcfcet . que c' étaient les Portugais qui avaient importé en buropv la nouvelle plante de l'ile Tabago (d' où son noni), fait remarquer que cette Ile n'avait été ni babtiée, ni cultivée avaut 163-.': anuée dans laquelle une colonie hollandaise »' y llxa. et qui fut détruite à son tour en 1878.— Daaater ( Nouveau voyage autour du Wond>, 1715, I. p. 2411. en décrivant l'ile Tabago (1681), ne fait aucuue mention du tabac—
Tuba&co, est de même peu fondée... " Ce qui est certain c'est que cette li ante, si fameuse aujourd'hui, était parfaitement ignoré* de l'Ancien Monde „.
Les Caraïbes employaient le suc du tabac comme antidote contre le poison des flèches. En effet, ils avaient 1' habitude d' aller au combat portant sur eux la substance nui empoisonnait lea (lèches , et le suc do tabac pour paralyser 1" effet dos flèches empoisonnées ennemies, qui les auraient atteints pendant la bataille. Ils versaient sur les blossures sanglantes le suc ou la poudre de tabac, pour conjurer tout danger d'empoisonnomont. Les Espagnols prirent esemple de ce fait pour substituer , dans les plaies malignes , le suc du tabac au sublime corrosif , parce qu' il combattait la douleur en même temps que la virulence du poison (1).
De Gordon (2), enfin, veut édaircir davantage les coutumes mentionnées et décrites eu premier par le frère Ramén (qu'il appelle Hermano Roman Pane). 11 confirme qu'on nommait cqjoba la cérémonie religieuse accomplie pm- le croyant au semi pour lui complaire et l'adorer. Ce qui prouve l'existence des névropathes chez les Indiens, et l'ivresse causée par le tabac... Pour faire la cqjoba ils absorbaient par les narines une grande quantité de tabac, jusqu'à s'enivrer. Pendant l'ivresse ils disa eut avoir parlé avec le Semi, qui leur avait suggéré ce qu' ils répétaient. Selon le même Do Gordon (3) la suggestion fut certainement un des moyens les plus largement employés par les prétresmédeems indiens pour guérir les malades. Ils commençaient toujours la cure, en administrant au patient une pate faite de feuilles de cqjoba (tabac) mêlées avec d'autres d'un oignon, qui devait servir do vomitif.
Le contrôleur Gonzalo Hernanooz de Oviedo y Baldoa, qui fut envoyé pour la première fois aux Indes Occidentales en 1513, d'où il revint en Espjgue en 1519, et qui y fut renvoyé plus tard comme gouverneur de l'Ile Espanola, eut tout le loisir, pendant son long séjour, d'étudier de pies les us et coutumes des Indiens, ainsi que leur façon d'employer le tabac , qu' il décrit dans son œuvre classique : Histoire des ludes (4). " Là , dit-il , les Indiens avaient I' habitude de fumer pour perdre les sens. Et ils le faisaient avec la fumée d'une certaine herbe, qui, ù ce que j'ai pu comprendre, possède les qualités du Veleno (jusquianiei, cependant elle en diflèie pur la forme et à les feuilles pareiles a celles de la Uuglose (Symphytum officinale) (5). Les Caciqutà (chefs ou notables) adoptaient a cet usage un tuyau bifourchu en forme d' Y (et il en donne la figure). Ils en
Ferraris (Costume antico e modemo, 1834, XIV, p. 290) en indiquant toutes les productions agricoles de cette Ile se tau absolument» sur le tabac— CeJunevs (Un* Buch rom labak, 1846) confirme eu Un que le nom de labaco ne dérive pas de l' ile de Tobago; ce m. elle, au contraire, qui prit son nom de la plhiite du tabac qu' ou y trouvait avec abondance. Par ce nom de tabac les Caraïbes indiquaient l'instrument avec lequel ils lumaieui. et ce lurent les Kspaguols qui douuèrent aus.ni ce oom à la plante ramée (p. 3).
(I) MtgiMSM, De Tabaeo, 100», p. 18T>.— Ci) DsOsrass y 0« Acssts, Medtcma indigena de Cuba, 11». bana, \#M. p. TA.— (3) D* Gordon. I. c. p. 25'2tk
(4) fleaçala Hsraaésx se Ovists. Corutuca de lot Jndtas. La histona general y natural de lat India*. 15% (Toledo). 1.'j35 (Sevile). 1547 iSaiaiuauca). (lib. V. Cap. 11.) De lui 'labacos., en etta ytla
Ktpanioln..~. « £i lomnr unat abumadas que ellot llaman Tabaco jwivi snlir de sentido: y esta
hmian ron el humo de eierta yerrn „ Esta yerca que digo en le genera e* muy temejante al
Veleno ( Jusquiame t Los caciques y hombret principales ten-an uuos palillos buccos*.... y estot
nnnvtos tentan dos canonet respondtentes a uno y lot dos pun, an en tas ventanas de las names, y el otru en el humo et yeira que ardw E aquel lut islrumenlo non que umwn el humo~...
Uomon los indw* Tubaco. el non ala yerra icomo pensaran algunos).
(. r >) Il s'agit certainement ici de la Sicotiana Jabacum, et uqu de la A. rusltca, quoique toutes deux lussent riuplryées par les Caraïbes. Pourtant il De résulte pas clairement îles premiers écrivains qui ont traité des eboses de l'Amérique, que le Ubac ait été cultivé nuui aux Antilles avant que les Espagnols y eussent importé cette culture du Yucatan.
mettaient les deux branches dans les narines, et introduisaient l'autre bout dans l'herbe allumée ; et ainsi ils en absorbaient la fumée jusqu' à tomber évanouis par terre. Le tuyau était en roseau, et s'appelait tabuco : les Indiens nommaient ainsi l'instrument ou tube, et non l'herbe qu'on fumait, comme plusieurs personnes l'ont cru par erreur. Fumer était appelé par les Indiens faire tabuco... A l'Espanola les principaux CacUpm, lorsqu'ils devaient s'enivrer (avec la fumée), ho mettaient sur un hamac f.iit do cordes, qu' ils attachaient entre deux arbres (il en donne la figure)... I«es Nègres, aussi, introduit* dans ces contrées pour la culture il), employaient la fumée pour su remettre de leurs fatigues : usage nuisible, comme celui des Traces, qui, suivant Eusibe, avaient l'habitude pour s'enivrer, manquant de vin, de mettre sur le feu certaines herbes, dont la fumée, en se répandant, enivrait les personnes qui étaient alentour (2)... Les Indiens tenaient cette hetbo en grand honneur; la considéraient plutôt comme une chose sacrée, que salubre, quorqu' elle fut médicamenteuses. Quelques Chrétiens s'en suivaient aussi, surtout s'ils étaient atteints de la maladie du Haras (3), parce qu'en s 'étourdissant avec l'heibe (c'est-a dire avec sa fumée), ils ne ressentaient plus les douleurs du mal „.
L'herbe encore, qu' Oviedt (4i désigne par le nom de Ptrebtcennc, ne correspond en rien au tabac, ainsi que quelques uns l'ont cru par erreur, sans exclure le même Bauhiao i3».
Girolam» Bcnzoni <5>, milanais, qui résida au Mexique do 1541 à 1 55ô , «prés avoir confirmé que Colomb posa une Croix dans le première île qu' il découvrit, c'est-à-dire à Guanahani, et qu' il nomma Fenuindina l'ilo do Cuba, ot Spagnola Pile Caiti (Haïti), décrit de la manière suivante la façon employé* par les Caraïbes pour préparer le tabac: " Dans cette île (Spagnotà) ils mettent des Indiens) à dessécher des paquets de feuilles d'une herbo particulières (feuille» plus grandes que celles du noyer), qui est tenue en grande estime, même par les Nègres qui y furent importés d'Kthinpic. Ils enroulent ces feuilles tiaus celles du maïs, pour en former un tuyau (cigare), qu'ils fument jusqu' à s'étourdir et à tomber par terre, où ils restent pendant plusieuis heures comme morts „. Ht à la pag. 55 il confirme que " les médecins aussi s'enivraient avec la fumée quand ils devaient soigner un malade, et prescrivaient même la fumée comme cure de maladie. Or, les médecins sont ces mornes aacerdotes qu' on appelait becchiti, et qui ont partout une grande auUrité „.
Lorsque le sus mentionné Beiuoni se rendit en Amérique, la culture du tabac avait déjà été introduite à l'Ile de S.' Domingue par les Espagnols, un peu avant 158"> (en 1531, cfr. Mantegazza, Igime, 1871, p. 198, en y employant les Nègres». Ils en importèrent les graines du Yucatan (G), après qu' iis eurent découvert le Mexique (I510i. et qu'ils
(1) Les Nègres commentèrent à être importés de l'Afrique Occidentale aux ila de Cuba et Saint Ikmiiugue dos l'a., née IM7. surtout pour en extraire l'or qui y était en abondance.
(2) Voir ci dessus, p. 'i
<3) La maladie de la Bavât (pustule, ulcere,) correspond à la syphilis. Ce mal, inconnu du Vieux Monde, était au contraire endémique eu Amérique, et fut contracté par ie< Espnguois, dès le premier voyage de Ctirlstopto Celomb à l'Ile Espauola ( S.t Donungue ). A leur retour (W'ïi) lea Espagnols ta communiquèrent aux femme* espagnoles, qui. n ieur tour, répandirent la contagion parmi leurs compatriote*. Et comme beaucoup de cenx-ci passèrent en Krance pour s' eutoler dans les troupes de Charles VIII, lorsqu'il préparait <'expéJiti>>ti a'Ital.e lU'.U). lu mal fut importé aussi aux Français avec lesquels li descendit eu Italie, et coutnmina de même aussi les femmes et par conséquent les bonimes italiens. On peut lire à ce sujet mou autre ouvrage mtitulé: Ia lue nmericann , il mal franceiê. il maie napolttano ni tempi di Carlo VIII, Napoii. I8»7.
(-1) OvMe, (I. c. 1. XI. cap. V.).-(3i Baahlao. Pimx Ihtatri hotaniri. Itiï». p. ITO.
(5/ Bozosi, Hiitoria del Mnndo nuovo, Venezia 15D5, p. 54.
(0) DUUrst . Encyclopédie. i.m« édit. 1775. XV, Tabac, p. 753. On y lit que c'est aussi du Yucatan qu' ou prit les graines du Ubac de Maryland.
y observèrent les plantations «le tabîic. Peu à peu ils en implantèrent la culture aussi a T Ile de la Trinité et ensuite sur les eûtes du même Mexique et de l' Amoiïquo australe (1).
Ce fut certainement par leur initiative que la culture du tabac se répandit dorénavant dans ces régions, si bien que Walter Raleigh (dans son voyage on 1590 96 à la Guyane) put observer que le tabac était cultivé dans toutes les îles des Antilles , où la plante était aussi désignée par les aborigènes (Caraïbes) sous le nom de Youli ou Y<>li (2). Et comme il put un grand plaisir à cet usage de fumer, il ne contribua pas peu à le répandre parmi les Anglais <3).
Cependant , tandis que l' industrie du tabac y devait sûrement prospérer, en 1632 les vexations fiscale» commencèrent à la tourmenter; et les cultivateurs s'irritèrent tant (1694), qu'ils en arrivèrent à l'abandonner complètement (1699) (4).
Aujourd' hui, à S. 1 Domiugue les meilleurs tabacs s'obtiennent dans les régions septentrionales et occidentales do l'Ile. Son exportation fut de 5,3 millions de Kg. en 1878 (5), et est actuellement de 4,8 millions do Kg. (o). La production annuelle do S.' Domingue et de Portorico atteint eu tout actuellement le chiffre de 8 millions de Kg. ("'). Un calcule aussi que la production annuelle de Portorico arrive a 2,8 millions de Kg., qui sont principalement exportés pour l'Autriche (8).
Mexique
Francisco Heriandez de Cordoba ayant abordé en 1518 au Yucatan (9), le capitaine Feraaad Corte» procédait un 1519 a la conquête du Mexique (10), au nom de l'Espagne, partant de Cuba et débarquant dans la province de Tabasco, au Yucatan.
De nombreux détails sur les coutumes des Aztèques (Mexicains) furent alors transmis par lui en Espagne, et aussi sur l'usage qu' ils taisaient de la fumée d'une herbe particuueie Ue tabac), et a ses propriétés médicamenteuses. Pour recueillir ces détails il avait spécialement dé.éguo son chapelain, Francisco Lopez de Goreara (II), qui les oxpo*a, à son tour, dans son ouvrage: la Lutiquvila del Mexico.
(1) Bllllne*, lobacco. p. 4 14.
</-) Voir ci-dessus p. 1 1.
(&) Or. 0» Brjr, VerUstma deteriptio wicigatwnis m regumem Guianam, I-VJ6.
(4) 0* Charltvalx, I. c H. p. 'J. — ('>) Darmilaedter, i. c. p. HO.
I») Seharzar. I. c II, p. I4'J.-(7j Kittling, Otr lalnik, 1«U3, p. S.
(H) Sch«ra«f, l. c p. 144. — Cepeuiaot ue IN** ù aujourd' but les prix du tabac de S.t DoraiDgue sont tellement descendus sur le» marcliés ,ie Hambourg et ue Hrème, qu' oa en diminue tous les ans la culture dans 1" lie. Ceci explique commeul en IH'J5 l'exportation se réduisit a 42 mille balles, iLiwiutaia, Irer Jnùakkomum. H.tIiii, 1SU7. p. 2u>
La culture du tabac pourrait être beaueuup plus étendue à l'orto-Kico si ia laie de l'Etat était moins excessive. Ces produits pourraient lutter avec le» meilleurs de Cuba; mas les soius apportés uux feuiLes ue so ut pas les mêmes que dans cette lie. Un expédie cependant chaque année une grande quantité de cigares eu Ëspague, en France et eu Angleterre, taudis qu' une grande quantité ae leuilies grèges y sont expédiées de la H.ivaue pour la coufectiou des cigares qu' ou y lubrique. (Cir. UipL a. Von*. Hep., London, H*lô. lurlo-Rtco, u." loiy.p. 4). Ku IH'.KI le total du tabac exporté lut a environ 1528 Touues pour uue vaieur ue 12» mule L. Sien. (Dipl. a. Con*, Itep. London, 18V7. ï'orlo- Hieo, a." lui 7. i». 2).
(U) Ftar.citeo Uptz ci Gtttra. J/nlona general de las Int'tat. IXti, Cap. la nutta Kspana. I. XXV. (10) Selou Malte Bru*, le mot Mexique, u'apiës les oj niions Us pius accréditées, derive de AfV.re/i», qui aiguillerait Uuu de in gutrrt (t ir. Vimgrèt de* AniericamUes. Luxembourg, 18", IL 12). ( 1 1) Stella. Il tobacco, p. 19».
Ceiua — Utslvtn 4* TmUc. 3
Lorsque Corte« pénétrait dans ce» nouvelles contrées , le Roi Montezuma (1 ) y régnait, et il fut fait bientôt prisonnier par les Espagnols. Ce Monarque maintenait une Cour somptueuse, aux coutumes pompeuses et fastueuses, qui furent notées et minutieusement décrites par les historiens Espagnols, principalement par De fiomara et Oiaz. Ce dernier (qui mourut sous les ordres de CorUs) rapporte, entre autres habitudos du grand Monarque du Mexique, l'usage qu' il faisait de la fumée après sou diner. Diaz, en effet, après avoir décrit comment le roi Montezuma se faisait servir pendant son diner par de jolies jeunes filles, ajoute que, le repas terminé, il se faisait présenter dos tuyaux peints et dorés, (qui selon Biart (2) étaient faits avec des bambous) , avec lesquels il fumait du liquidambar enroulé dans des feuilles de tabac. Et tandis que les courtisanes dansaient entrelacées en chantant, lo Koi assistait avec plaisir à ce spectable, et fumait jusqu'à ce qu'il fut endormi (3).
Si, d'après Diaz, on appelait tabac chez les Mexicains la feuille à fumer, selon Ben xoni (en 1555) dans les régions continentales de l'Amérique, y com pi is le Guatemala et le Nicaragua (4), on nommait aussi tabac le petit cylindre à fumer (b). Et comme Benzoai ajoute qu'où avait 1' li b,tude de fumer la feuille sèche et roulée de tabac, il semble ce soit la nouvelle la [.lus ancionne qu' on ait sur le Ubac fumé de même sous forme de cigare au Mexique (Voir ci-dessus, p. 8).
Aussi chez les Aztèques et les Dariens le tabac était employé aux mêmes usages, déjà mentionnés près des Caraïbes. En effet . sa fumée servait a faire perdre les sens aux Chefs et aux prêtres, surtout lorsqu'on venait les consulter ou sujet d'une guerre à entreprendre , ou quand on attendait quelque oracle des Dieux (t>). Chez les Dariens, lorsque les Chefs se réunissaient en assemblée pour traiter les affaires publiques , un adolescent se présentait devant eux, la bouche remplie de fumée de tabac, et la chassant avec précaution, il allait la soufflant petit à petit, sur le visage des assistants. Les Chefs recevaient cette fumée avec tant de plaisir que. pour n' en pas |>erdrc la plus minime partie, ils faisaient avec leurs mains une espèce de tuyau conducteur , qui prenant la fumée par une de ses extrémités la conduisait dans les narines au moyen de l'autre.
(I) « K la lasci a Motezunia.
Clie Liquidambar soJo aonasa e fuma» (t. 113).
< tUttzwaa lut Je onzième Roi du Mexique rt le second de son nom, qui signifiait en langue mexicaine : Prince bourru. Il (suivant Antonio de Selii) prenait d'ordinaire à la (In de ses repas une sorte de chocolat, rait à son goût, do cacao pur et mousseux. Après le chocolat il fumait, ayant d'abord bu le tabac en une liqueur qu' ou faisan un divers endroits de ce pays . qui est naturellement parfumée, et qui. pour cette raison, fut appelée Liquidant™,- par les Espagnols. » (BjrufUJdl. La Tabaccheide, 1714, p. 154).
Ci) Mari, Les Aztèque*, IHHTj, p. ~>9. Il appelle ce Roi Hotauzoma 11.
(3) Bernai Dlai del Castillo, Conquisla de Kueva-Etpana. Cap. XCI. De la manera è persona del gran Montezuma : « lambien le j*>niam en la mtsn très eanulos mity pintados y dora loi. y dentro traian liqttidiimbar reruetto con una* yerbas que se dice Taharo. y cuartdo acababa da comer, despuis que le habian canlado y balaide, y alzada la mesa . tctnttba el humo de una de aqueVos eanulos. y tnuu paco, y con ello se dormia. »
(4) Cfr. Timbt. Cose ultli e poco note (trad. Hal. IHrti, p. 29).
(5) Benxani, Htstoria del Auot o Mando, Yenexia, lotto, p. 54.— Pourtant le nom de labac fut apporté au Mexique par lea Kspiiguols. car le* indigènes l'appeUaient »//, comme on le dira plus loin.
(6) Levez de Goanara. Ittttorut de las lndias (in De Vtdla. Tom. I.j. parlant des coutumes de quelquesuus de ces peuples de l'Amérique couiicriitale. s' txpr.me par les pr.roles suivantes: Cottumbres de /os Darien : cunsultan las guerras los seni-ret y tocerdotes sobre bien borrachos d encalabriados con humo de cierta yerba (I. c: p. IV9). Parlant ensuite des peuples de la Nouvelle Grenade, il ajoute:
« lienen ùraculos de dioses pontnse para esto par las coyutduras del cuerpo unas yerbas. que
U aman Jop y osea y toman el humo. (I. c p. 201),
6omara rapporte en outre que pour être agréable au Diablo ou lui offrait du pain, de la fumée, dcB fruits et des fleurs (1).
Les Aztèques (2) croyaient que la plante du tabac •'•tait l'incarnation de la déesse Clhiacohuatl (femme serpent), qui «Hait considérée comme la première femme ayant accouché, et qui mettait invariablement au monde «les jumeaux. Pour ce motif ils biùlaient les feuilles sèches du t.ibac, en guiso d'encens, devant presque toutes leurs idolos (S).
De Torquemada confirme quo le tabac (appelt» PicitU par les Mexicains) était regardé par plusieurs d' entre eux connue représentant le corps de la déesse déjà citée. Cette plante devait donc être considérée connue suspecte et dangereuse , à cause même de ses «|ualités médicamenteuses, d" autant plus qu' elle faisait perdre 1' usage des sens à ceux qui s'en servaient, et les faisait délirer... Elle était, peut-être aussi pour cette raison, adoptée souvent dans les sacrifices qu' on offrait aux Dieux (4).
Oe Herrera «'gaiement , en parlant des produits naturels observés dans la province de Tabasco (Yucatan), remarque qu'on y trouvait beaucoup d'herbes sauvages médicamenteuses, dont les indigènes se servaient largement pour différents usages, et parmi lesquelles il fallait noter celle appelée Picutl (et aussi Pickveît) (5) par les naturels, et Tabaco par les Espagnols (tf). Un employait cette dernière herbe pour calmer les douleurs rhumatiques, et aussi l'asthme ei la toux; on s'en servait, non seulement sous forme de fum«5o, mais aussi sous forme de «mudre «pu' on faisait avaler au patient pour l'endormir (7).
Acotta, parlant de l'usage qu' en faisaient les prêtres mexicains, dit : " que le iubaco et Yololuchiqui ont la grande vertu de mortifier, et sous forme d'emplâtre ils mortifient la chair sans autre remède „ (8). Et même, au dire de Torquemada, on l'employait aussi
C) Gonur». 7 town en mucho al dtablo...- ofrenda es pan, humo, frutas y flore* (I. c. p. l'JU).
Ci) BUrl, Les Astique*. ISSS. p. 7'.l.-(:t) Blart. I. c |>. 2W.-M) Ftrmwd. labac, p. 'i.
(5) Do T»re,uema4a, De la monarquin indiana, 17'JU: « Otrns dicen , que d una yervti que dicen l'ieietl <y lot Ki;wbo(m Unman Tabaco) In tenta n algunos per ruerpo de uni Wosa que nombraban Cibuacotiuatl. y à esta musa, puesto che sea algo medicinal, te debe lener par totyechote, y peligrosa; majormente rienda une quila el jmeto, y hace detatinar al que lo toma (II. p. 83). Fueron ofrectendo rvn eslo murhus saerifido*, y entre otro*.... tttui yerva, que parece al Veleno, que Un nia n l'ieietl (I, p. 'JtW.)
(«) Hoaucoup d'ticriTains ont admis que I» plante prit I» nom de labor, de la province de Tabasco, où les Kspaicnols eurent pour la premier* foi» l'occasion de la voir cultivée. De ce qui a été dit plus haut (p. 10) il résulte clairement qu' une semblable origtue du nom est arbitraire, puisque le nom de labar dérive exclusivement de celui du tuyau (ou pipe) adopté par le* Caraïbes pour le fumer. Il est superflu de citer tous ces auteurs, oui sont tombés dans cent» interprétation erronée du nom du labac. Le* Espagnols, qui avaient déjà appris des Caraïbes l'usage du tabac , purent en observer pour la première fols (l-MO) la culture dans la province de Tobaseo. ..u YucatAU, oii il était appelé l'ieietl ou Yell par les naturels. Bien que les Caraïbes appelassent Yoli le tabac . et laltaco le tuyau avec lequel ou la lumait , les Ksp&Knols adoptèrent pour le tabac non le nom caraïbe de la plante, mais l'autre ipie l'on donnait <à S.t Itomiogue) on tube qui servait à ie fumer. Ceci posé, l'opinion de Lafcal. que le nom de Tabaco provient de l'autre nom JaOasco. province du Yucatan, est inacceptable, comme est liiadm:ssible aussi l'autre opinion de MenarOt, et pour les raisons ci -dessus développées, que le dit nom provienne de celui de I' ile de labago (Voir ci-dessus, p. 14,:.
(7) D* Narrera tHutoria general de U>s Caslelkmos en la* isla* y 1 terra firme del mar Oceano, \TX>, Dec. III. I. V|[. p. 212 c. Ill) parlaut eu lôi> de U province de Tabasco (Yucatan), dit: * Men esta lierra mucha dn-erudad de Verras médicinales, cor» 'pue se curttn lus naluratet, i matanlos Gusano*. i con que reslrinen lo sangre, come es el Pieieti. jjoi- utro Tabaco, que quita dolores causa dot de frio, i lomado en humo es prorechoto para las Rehumas, Asnui, i 7o»; j lo Iraen en polro en In boea los Induis, i lot Xegros. para adonnecer. » no sentir el trn'stijo.
(S) Acotta, Htstoria nal. mur. dette Indte. (irad. ilailucci. Venczia l-j'JÔ. p. Ils:; Hittoria Sat. y moral de la* India*, l.yjn, p. 370. ( labneo. que es una yervtt de que s la geute it*a para amorttguar kl carne, y non sentir el trabaja).
contre la morsure dea serpenta venimeux il), ainsi qu'où emploie également, et avec grand succès chez lea peuples de l'Orénoque, le tabac mâché contre lea morsures des reptiles venimeux (2).
D'autres détails sur I03 dénominations et l'usage du tabac, chez les Mexicains, furent fournis ensuite par le Docteur Francisco Hernandez de Toledo, qui avait été (en 1559) onvoyé eu Amérique par Philippe II, pour eu écrire l'histoire politique et naturelle. En revenant en Espagne , il rapporta avec lui les graines du tabac , séduit par la beauté des fleura do cette plante (8).
L'usage de mêler les feuilles de tabac avec des substances aromatiques, pour les fumer avec plus de volupté, ainsi qu'on l'a déjà dit à propos du Roi Montezuma, est pleinement confirmé par Hemandei de Toledo. En effet, il décrit comment les tubes d'une petite canna (appelés tabaco) étaient remplis de Yell (c' est-a-dire de feuilles de tabac), de liquidambar, ou d'autres substances aromatiques, qu' on allumait par le bout où ils avaient été remplis. En aspirant ensuite la fumée par l'antre bout du tube, on arrivait au sommeil et au délassement <4). Un tel usage était aussi commun aux Haïtiens, et peut-être même a tous ces peuples. Selon le même Hernandez les Mexicains appelaient YeU (5) la plante dite Tabaco par les Haïtiens (H). Il y en a de deux espèces : le Pycielt, qui a les fleurs comme la jusquiame jaune (7), et le Çuauhyelt (81 qui les a tirant sur le pourpre (9). Cotte dernière espèce varie suivant le sol et lo climat, île sorte qu'elle se présente tantôt avec les feuilles ses9iles embrassantes, longues d'une coudée, larges d'un pied (10), et tantôt aussi avec les feuilles plus petites, étroites et petioloes à leur base (11). Dans les deux variétés les (leurs sont purpurines (12). Hernandez ajoute en plus que les aborigènes avaient l'habitude de traiter les plaies avec des feuilles pilées de tabac ; les mêlant ensuite en proportion de dix parties des feuilles sèches pilées avec une portion
(I) Dt Tcr^Miudi il. c. par. HI. p. 231) dit à propos des serpenis venimeux: « por que para la* brava* ponçnnosa* (Culebrft) tiencn una Yerra. qw se llama Tabaco. que Us adormece 6 entumece.
<2J HumtoM, Essai politique sur le royaume de la Xourelle Esjngne. IH8I. Il, p. 444.
(3) Nited», Gesehiehte des lubaks , 1845. p. 5.
(4) Hernandet Frtncitci, Kerum medie. Novae Hixpaniite. (cur. Aat. Kecclii) IWJ. lib. Vlll. r. 80, p. 312. « Tabacos rocant Arundtnum eam ' perforataqne fragmenta , xesquidodranlem longa pulrere carbonuin crirituecus iltita, intrinsecus v*ro Y«li, liquidambra (Xoehicocotl), et intvrdum aim quibusdam catendibus plantis, atque odoribus refecla, horum incensvrum, ta parte qua plena tunt. fumu ex altera iracto , detoratoque velut quo'iam sufftmento, somnus inducttur, et omnis lattoris atque latsitudinis hebelalnr sensu*. >
(5) irnulres auteurs écrire,* au contraire Yell.
(«) Le* Haïtiens, ainsi qu'on Partit plus haut i,voir ci-dessus, p. IB) appelaient tabaco le tuyau à fumer et non la plante.
(7) Il s'agit évidemment .ie ia Nicotiawi rustica, appelée par Billing* ( 7obacco, p. 3W2); Yellow flou-ers mexican tobacco, .iouée de grandes feuilles et d'un arôme très Un ressemblant a celui de V Havana, et principalement cultivée par les Mexicains.
<8) .Suivant Férue*! ('labnc, p. \i) elle serait aussi dite: Quarhyelt, Quauhirlt, Quauryelt.
PJ) Il s'agit de la Sicotiann labacutn, qui d'après Billings 0. c.) constitue le mcmrui tobacco, cultivé de temps immémorial, si bien que sa feuille était déjà communément employée quand le Capitaine Certes conquerrait le Mexique, en 1519. Les Espagnols en encouragèrent la culture, ce tabac étant » peine inférieur à celui des Antilles, et serraut comme i'autre pour les cigares et les cigarettes.
(10) on fait probablement* allusion à la A', la'tacum, var. maerophylla. chaque fois qu' il n'est pas spécialement question de la var. ttaranensis.
(II) 11 est clair qu" il s'agit de la A*. Jabacum. var. fruticoxa.
(12) Voici les paroles textuelles de P auteur: « interdum fuha soli et coeli ratione rariunlur , quandoqtte enim cubitalem longitudinem ar pedalem lattturttnein assecuta xine pedteulo caulem amplectuntur, nonuumqttam rem folta minora, pediculU Mtaerentia raun* cunsdpientwr. Flores purpurascentes (Heraandai, 1. c p. 173).
de chaux, et enveloppant cette pûte avec les feuilles des épis de maïs, ils en faisaient un médicament qu' ils suçaient , le mettant dans la bouche. Ce remède était employé non seulement pour calmer le mal de dent , mais aussi pour s' assoupir avant de se livrer à un travail difficile, ou d'entreprondre une longuo route (1. c. p. 175).
Los écrivains postérieurs à Hernandez n'ont fait que répéter ce qu' il avait dit, et quelquefois sans même le citer. Clavigero (1) , par exemple , ne découvre aucun détail sur le tabac en plus de ceux déjà forais par Hernandez. En réalité, il n'y a que lo morceau rapporté ici : u 0,ui aurait jamais cru que 1' usage du tabac , inventé pour 1' utilité de ces nations dogmatiques, deviendrait dans l'avenir un vice, une usage général, adopté par presque tous les peuples du monde? Et qu'une si humble plante, sur le compte de laquelle les Européens parlèrent et écrivirent si défavorablement devait être un des plus forts revenus des royaumes d'Europe ? „ (1. c. p. 227).
Humboldt après avoir rapporté les notices mémos données par Hernandez, ajoute seulement, de son cru, ce qui suit: " Les Mexicains tenaient le tuyau d'une main, et se bouchaient les narines de l'autre, pour absorber plus facilement la fumée du tabac. D'au'res se contentaient de l'aspirer par le ne/.. U semble que ces habitudes appartenaient seulement aux personnes aisées; quoique le pycietl (Xicot. ruatim, I. c. p. 170) fut très cultivé dans l'ancien Anahuac „. Dans un autre ouvrage du mémo auteur (3), relativement au tabac, on trouve reproduit, à la lettre, tout co qu'il avait écrit dans Pa-uvre citée ci-dessus. On trouve en plus que les Caraïbes se servaient du tabac mâché comme contre-poison (voir ci-dessus , p. 15), et que c* est seulement au commencement du dix septième siècle, quo la culture du tabac fut introduite aux Grandes Inde» (c'ost-à-dire, aux Indes Orientales) (4).
Ferrario, enfin, résume les usages du tabac che les Mexicains par les paroles suivantes: " Après le diner les seigneurs mexicains avaient. Phabitudo de se procurer le sommeil avec la fumée du tabac. Cette plante était en grande usage chez les Mexicains, qui l'employaient en différents emplâtres, et la prenaient aussi en fumée, par la bouche, ou en poudre, par le nez. Pour fumer, ils mettaient dans un tuyau, ou petit tube de bois, ou de canna, ou d'une autre matière plus recherchée, la feuille du tabac avec la résine de liqttidambra, ou tout autre herbe chaude et parfumée. Us recevaient la fumée en serrant le tuyau dans la bouche, et se bouchant les narines avec les doigts, de manière qu'elle glissa plus facilement avec la respiration jusqu'au poumon „ (5).
On a déjà vu comment les Mexicains employaient le tabac dans leurs rites religieux, pour solemniser quelque événement , tirer dos oroscopes ot guérir les malades. Offrir du Ubac à un étrangor n'était pas seulement un signe de courtoisie, mais de paix ot d' amitié, comme en avaient aussi l'habitude les sauvages de l'Amérique du Nord ; co qui se dira en son lieu. Pourtant, le commun usage qu'avaient les naturels de l'Amérique centrale et de 1' Amérique septentrionale d' offrir le tabac à l'étranger, et même à l'ennemi en témoignage de sentiments pacifiques, dénote que ces peuples devaient être en relations entre eux avant la découverte du Nouveau Monde. Et ceci est on outre confirmé par le fait, qu'on a trouvé au Mexique des pipes sculptéos, en pierre et en argile , non différentes des autre* qui fuient découvertes plus tard dans P Amérique
(1) Cfa«i|«ra. Slorin antim del Messico, I7SO, 11. p. 227.
(2) HiMbolA Ytoggw al MetSê-u, alla S.inm Granata ett <U Ptrit (trad. B*Hrftri) . Napoh- I Vol. V. p. 170.
f.\) Hmitltft, Estât politique sur le royaume de la Soutelle-Espagne, 1811. II. p. 44-1.
(4) Oa verra «a son lieu comment It- tabac fut en effet importé daus le» Indes Orientales par les Portugais à l'époque indiquée par Humboldt
(5) F.rrari», Coslum* anlico e modem», 1*J4, XII, p. 357.
boréale, ainsi qu'où le verra en son temps. Maintenant , pour démontrer comment on offrait le tabac en signe d' amitié chez les Aztèques, il convient de reproduire les paroles suivantes d'Oviedo: " Après que le Capitane Giovanni (di Grigialua) eut phiétré dans la province qu' il appella S.* Joan (dans la Nouvelle-Espagne, c'est à-dire le Mexique)... de l'intérieur des terres vinrent plusieurs Indiens dé armés , et parmi eux étaient deux Chefs, l'un vieux, l'autre jeune... Le vieil Indien mit tout de suite dans la main du Capitaine et ses compagnons, qui étaient assis avec lui, un tuyau à chacun (avec e gare) allumé par un bout, mais sans donner de (lamine er, qui so consumait et brûlait peu à peu comme un flambeau ou une torche, et la fumée qui en sortait était très parfumée. Les Indiens recommandèrent aux nôtres do ne pas laisser perdre cette fumée, mais de la prendre par le nez „ (1).
Il résulte de ce qui précède que si les Caraïbes employaient la fumée à un usage religieux et en mémo temps médicinal, dans les relations écrhes ensuite par les auteurs du temps on ne note pas que les Espagnols en aient vu aucune cultuie avant la conquête du Mexique. Ce qui est certain c' est que les Espagnols eurent seulement 1' occasion do se rencontrer avec les plantes de tabac, loi squ' ils débarquèrent au Yucatau, c'est-à-dire on 1519, et par conséquent environ 27 ans après avoir découvert et occupé, les Antilles (2). Dans les premières terres», qu'ils envahirent au Mexique, la culture du tabac devait être tellement étendue, qu' on peut croire, non sans raison, qu'on av.iit donné pour ce motif le nom de Tabanko il cette contrée du Yucatan 1.3), et nou que la plante avait pris son nom do cette province.
Si les anciens Mexicains étaient do grands consommateurs de tabac, ils en étaient aussi d'excellents producteurs, puisqu'ils le cultivaient avec beaucoup de soin, et en recueillaient et en desséchaient les feuilles pour les pi épater a divers usages (4); et intime les modernes en ont conservé la même culture et les mêmes emplois variés lô); si bien que Lafond de Lurey a dit des Mexicains : " Daus les intervalles des repas et de l'office divin loa padres (nom qu' ils donnent à leurs prêtres) avaient toujours le cigare à la bouche. Cela me paraissait fort profane; mais c'était un usage général, puisque les hommes, les femmes, les enfants, les prêtres, t> us fumaient „ t<>).
Martire aussi, en parlant du tabac (152'J), rapporte qu'il croissait au Mexique, .1, dans les contrées du Nicaragua (7). L'usage des cigarettes est général (8).
Aujourd' hui le tabac est cultivé au Yucatan , au Cainpécho , au Tabasko ot très
(I) Goxulo d'Ori«do. VelUt gêner, et ntllur. UtHoria délie lnrt,e, 1. XVII, c. XVI (f. IB'J, lu Rimuie I. c. Ill, 1505).
<2) Huutoi.tabacologia, 1825, p. J;— Billing*, tobacco, p. 34;— Ubat, Voyage aus hic* tie C Amérique. 1724, t. II. c. XXIII. p. I VJ.
(3) Misent, Geschichte <fc» tadakt, IB45. p. 4.
(4) Stella, Il tahaeco, p. 18.
(5) Lafofld i* Lurty, Voyage dans l'Amérique Espagnole. i843, p. "4.
(tt) Le Ubac qu' ou produit dans les te.-ros du liuorai au Mexique est de qualité supérieure u beaucoup des tabac* obteuus même dans l' ile de Cuba, l.a valeur de ce» terres n'a pas étô recouuue jusqu' a pro^ot, comme à Cuba. Mais quaud ou p.iurru recicouner daus les résous mexicaines les uioiucs circonstances de climat et de terraïu. nui oui reuju fameux les tabacs cubaïus, ou peut prévoir dés maioteuaot que le Mexique devra assumer, daus ia produciiou des buns I abaci, cette primauté que possède aujord'liui, sans discussion, Nie de (Tuba (Billingi, 1. c. p. 2'J~,i.
(?) Tlwbi, Cose utiliepoco note (trau. il. 1H«4. p. Vïi).— Dans les résous du Nicaragua l'oléiçauce des adolesceuts consiste uiiiquemeul eu uu chapeau du paille: mais ils soui toujours munis d'ua cigare qu'ils portent à ta bouche lorsqu' il es! al. unie ou derrière i' oreille lorsqu' il est éteint. Ki même les miettes y fument paisiblement leur cigares, et renvoient parfois dos bouffées de tabac par le ueï (Cookt, the seven sisler$ of sleej), p. 44). (H) BMiaii, Lap. 132.
bigement dans l'État de Vera Cruz, qui produit à lui seul le 64 0|o du total mexicain (1). Les meilleurs tabacs, et qui se rapprochent de coux de la Havane, s'obtiennent dans le district de Topic (2).
D'excellents terrains sont aussi ceux de Jalisko dont la production approche do celle de Vera-Cruz. La province de Tuxlépec est à prirent une des plus riches de l'Etat d'Oaxaca, et produit la plus grande quantité de tabac de la République, très estimé pour la couleur et la souplesse de la fouille. Les lieux do production sont: Valle Nacional, Ozumasin, et Ojitlan. Il s'en produit annuellement environ 2 millions de livres. Celui de Valle Naciooal est meilleur comme qualité; celui de Ojitlan est lourd et fonce; enfin celui de Ozumasin est supérieur en couleur, en résistance et en souplesse l3i.
Kn 1892 le Mexique produisit 2,1 millions de Kg. de tabac, dont presque la moitié fut exportée. En 1894-95 on exporta environ un million de Kg. do feuilles grèges , et HfiH mille Kg. de tabac fabriqué (4) ; mais la production actuelle est do 6 millions de Kg. (5), ou de 8 millions de Kg. suivant Kissling (6), et le revenu de l'Etat est de Marcs 0,66 par habitant {7).
Quoique l'exportation du tabac ne présenta rien de particulier en 1895 par rapport à 1894, cependant 1" industrie en piolitta non seulement pour le produit grège , mais aussi pour le tabac manufacturé à cause de l'insufticence du produit de Cuba. Un des principaux obstacles qui s'est oppos é à la vente du tabac mexicain sur les marchés étrangers est. le manque de triage du produit, auquel on y rcmédio aujourd' nui. En 1895 l'exportation fut de 1814 mille livres de feuilles grèges , et de 874 mille livres de tabac manufacturé pour une valeur totale de 158,681 L. Si. (8).
L'exportation do Vera-Cruz fut en 1895-1896 de 781 Tonnes, contre 856 Tonnes en 1894 1895. En revanche, en 189.V 1896 on exporta 380 Tonnes de tabac manufacturé, contre 355 Tonnes en 1894-1895. La révolution «le Cuba a favorizé le commorce du tabac du Mexique , car les cigares mexicains ont été plus connus et mieux appréciés sur les marchés français (9). La valeur du tabac exporté de Veia-Ciuz en 1895 96 a été de 146 mille L. Ster. Cette quantité est restreinte par rapport, à la production indigène, dont les produits plus grossiers sont consommés à l'intérieur. Les cigares d'ex pot tation sont principalement manufacturés avec le tabac de San Andres Tuxtla et de Valle Nacional. Ils sont surtout envoyés aux Etats-Unis (10).
En 1897 l'expoitation a augmenté de 21 Tonnes de tabac manufacturé et de 424 Tonnes de tabac en feuilles, pour une valeur totale de 120 mille L. Ster. Cette augmentation est dùe aux plus fortes commandes venues de l'étranger, et aux améliorations obtenues dans la culture et dans les soins apportés au triage des feuilles, et à leur utilisation par les manufacture de Cuba. Ainsi la culture du tabac a augmenté rapidement, et la plantation s'en est de beaucoup étendue. La quantité de tabac exportée de Vera-Cruz en 1896- 1897 a été de 1205 Tonnes de tabac en feuilles pour une valeur de 163 mille L. Ster., et de 401 Tonnes de tabac manufacturé, pour une valeur de 96 mille L. Ster. (11).
Tabac en feuilles importé, en 1896-7, Kg. 777 mille, valeur do 101 mille pesos (=ô fia.);
(I) Uml*r, I. c. 111. p. m-CO Her 1898. p. 7.
(3) Sa «lia» » Ura, Almawque-gujn para <nmp. Arrendat. tir labaco*. Madrid. 184% p. 290.
(4) D»n»it»»<tUr, I. e. p. H7.
(f>) Sebcntr, La nia ceonomtca rfW jtoytnli (Cfr. Bibl. Eton. Torino, «V>, 11, p. 14*). (6) Mailing. iMr lahak, t«tt3. p. 7.— (?) lawiaatela. I. c. p. 33.
(5) Dipt. a. Cotu. Kep. London. Mexico, n.° 182". p. Irt.
(9) flip/, a. Con*. Rep. Londoo. Mexico, u." 18 XX p. 4. ,
(10) Dipl. a. Cons. Beji. Undon. 1*>7. Mexico, n.° IH70, p. 17.
(II) Dipl. a. Cotu. fi<p, London. 1898. Mexico n." 2134, pp. 9,22
en 1897-8 , Kg. 993 mille, valeur de 147 mille pesos.- Tabac exporté: manifacturé, en 1896-7, Kg. 420 mille, valeur de 1001 mille pesos ; en 1897 8, Kg. 389 mille, valeur de 926 mille pesos; en feuilles en 1896-7, Kg. 1349 mille, valeur de 1718 mille pesos; en 1897-8, Kg. 3107 mille, valeur de 3563 mille pesos (1).
Guatemala
La qualité du tabac du Guatemala eat bonne, plutôt forte et très aromatique. Cepen dant, jadis cette plante «Hait plus largement cultivée qu' à présent. Le monopole du tabac fut institué par un décret du Congrès (Numéro 224, 29 avril 1898t. Le produit obtenu dans les terres do la Républiquo doit être acheté à un prix non au-dessous de 25 pesos (environ 125 fies.) par quintal par les agents de l'Etat. Pour encourager la production indigène , le Gouvernement a augmenté le droit d' entrée pour le tabac étrauger, et à entièrement supprimé le droit de sortio . Le cultivateur qui produit et olFie de vendre aux dépôts do l'Etat cimi ou plus de cinq cargas de tabac est exempté du service militaire ou municipal. D'après le bureau de statistique la superficie cultivée en tabac en 1892 fut de 964 hectares pour 14 millions de plantes; et eu 1693 eile fut de 1500 hectares pour 19 millions de plantes. Le produit obtenu en 1892 fut de 9912 quintaux. La culture pourrait s'étendre plus largement avec de grandes chances de succès, jusqu' à pouvoir rivaliser avec les bons produits de Dehli (Sumatra), si l'on introduisait la semence de cette plante, aujourd' nui si célèbre. Les centres de production les plus importants sont maintenant les départements do Chiquimùïa et de Zacapa dans la partie orientale, et celui de Santa Rosa dans l'intérieur (2).
Quoiqu'il pleuve peu dans ces régions, les vastes plaines qui s'y trouvent peuvent être facilement arrosées par les grandes rivières qui les traversent (3t.
En 1891 la production du tabac fut de 445,310 Kg. contre 674,445 Kg. obtenus en 1890 (4). La consommation est de Kg. 0,48 par tete; et lo revenu de l'Etat est de Marcs 0.08 par habitant (5). La quantité de tabac importée et exportée est absolument insignifiante (6).
(1) Kttntlitliea Fixai, n.° 174. Mexico. 189a— Dans le Dithyrambe classique de âriti oo lit ces vers:
« Si la malixia Di quel del Messieo Ctie a not trasmettono Tal merce spuria Coo iinmoudizia.
K preuder ce la faouo a barbagraîia, Perche uou à mal del taWeo sazia
L" Europe îucouteotabile Lussuria » (Arlsl. Il labaccu. v. 1x7). Ceci révèle que la rrauie commerciale . qui se pratiqua surtout pour Its proiluiis des Antilles et du Mexique, n'est pas de date réieute, mais bien uue habitude aussi séculaire que détestable.
(2) Vu HIMilivk,. Guatemala, 18U5. p. VJ.
(3) Renteigvemenls slaiittiques et géographique» de In Hèp. de Guatemala , par le Vont. grn % de Ghtet, 1896, p. \).
(4) Stoll. Guatemala, 1800. p. 440.— (5; Ltwlnstiia. I. c. p. 28.
(6) Cfir. Dipl. a. Com. llep. London. 18'J7. — Guatemala, o. 19W.
— On a présenté plusieurs rojets pour augmenter la quaulité et eu améliorer la quainé. aiusi que pour créer uo revenu plus unportaot pour 1" Ktaî. il résulte des plus réceutes slalisiique* que .'a superficie de terrain» cultivés eu tabac est à peiue de 25O0 acres, dout le produit atteint 0yoo quintaux, et que J200 ouvriers sont employes à cette iodustrie. Ou a proposé un proja au Gouvernement pour coustituer le monopole de la vente du tabac et obliger les cultivateurs à ue vendre à personne leurs prrduit», et a 1rs réserver eJcJuaivament à l'Etat. On projette eu même temps d'em-
Honduras — Nicaragua — Costa-Rica
a) Honduras. -Le tabac prospère dans tes terres du Honduras, et la qualité en est bonne; mais on consomme presque tonte la production sur place, et la quantité exportée est à présent insignifiante. La statistique officielle de la production et du commerce du tabac Tait absolument défaut (1). Le tabac constitue un Monopole de l'Etat, et ne peut êtro cultivé que sur une concession expresse. On en a exporté une quantité considérable pour Anvers pendant les deux années 1893-94. Il est de bonne qualité (2).
Dans la République de Honduras la production du tabac d 'passe 820 mille livres, tandis que la consommation n'est que d'un peu plus do 464 mille livres. La consommation est de Kg. 0.56 par téte, et le revenu de l'Eut de Marcs 1.57 par habitat (3).
b) Nicangua. — Dans l'Etat de Nicaragua (Voir ci-dessus, pp. 18, 22) la production est do plus d'un million et demi de livres espagnoles. La consommation par tête est de Kg. 2,00 avec uno dépense do Marcs 2.60, et un revonu pour l'Etat de Marcs 0,025 (4).
c) Ceata-Rlca.-Par décret du 27 avril 1982, la culture du tabac dans le territoire de la République de CosU-Kica fut déclarée libre, et la production put y atteindre le chiffre de 147 mille K. (5).
L'importation du tabac, qui en 1890 fut de 801 millo Kg. (6), en conséquence de l' augmentation de la production indigène descendit à 48 mille Kg. en 1895 (7). Et le Gouvernement pour protéger davantage la production indigène a même prohibé l' importation du tabac grège (S). Dans la région de Costa-Rica la consommation du Ubac est d'environ 317 mille Kg. La consommation par tète est de Kg. 1.26 avec une dépense de Marcs 2.43, et le revenu de l'Eut était de Marcs 7,14 à l'époque du Monopole (9).