LE TABAC EN EUROPE
Pour preuve de ce qui a été dit do l'origine américaine du tabac, représenté tant sous la forme de la Nieotiaiui Talhtcttm, que sous celle de la Nie. rustica, nous citerons lo fait que tous les écrivain* s' étaut occupé des (liantes oillcinales du Vieux Monde, ayant vécu dans la première moitié du lC"'" siècle , ou le passent complètement sous silence dans leurs œuvres , ou font clairement allusion à son origine américaine. Cela n'empêche pourtant pas que les Espagnols aient apporté des Antilles en Europe à cette époque des feuilles de tabac, en ayant déjà appris 1* usage chez les Caraïbes , surtout pour calmer les douleurs causées par la syphilis, qu' ils avaient c intract -o en Amérique, et communiquée à leur retour à leurs compatriotes (Voir plus haut, p. 16).
Pendant que les auteurs espagnols observaient lo tabac on Amérique, et en décrivaient les divers emplois, les navigateurs l' introduisaient et s'en servaient en Europe d' abord comme remède, et le classaient parmi les drogues.
Ce fut par eux qu' ou eut en Europe les premières notices sur le tabac , et elles lurent reproduites peu à pou dans les ouvrages do médecine publiée dans la seconde moitié du lO» siècle. Ainsi, entro autres, lo savant médecin milanais Cardaai rapporte qu'il y avait, aux Indes Occidentales, uno herbe dite Cohoba (nom caraïbe du tabac: voir plus haut, p. 11), qui manquait complètement dans les régions européennes, et qui étant mâchée, ou sucée, faisait perdre les sons à ceux qui s'en servaient. A cause de cela on l'employait (dans sa patrie) pour les présages , quoiqu* ils ne fussent pas exacts ; en mémo temps elle servait de médicament (1).
Aucune espèce de Nicotiana (except/' la N. awveolena) n'est indigène du Vieux- Monde; par conséquent le tabac ne pouvait pas élro connu avant la découverte de l'Amérique. De plus, puisque les espèces des plantes de tabac furent classées dans le genre Hijotcyamua par les botanistes de la seconde moitié du 16.™» siècle , si , dis-je , elles avaient vraiment été natives du Vieux-Monde, ainsi que quelqu' un l'a cru, ou prétendu, elles aui aient certainement é(é inscrites parmi les autres espèces do Hyoscyamus, connues des écrivains qu'ont traité des plantes médicales en le dit siècle.
Ces auteurs, sans exception, décrivent les trois espèces de Hyoscyumus déjà mentionnées par Dioscoride et par Pline: la première, à Heurs presque rouges; la secoude, à
(I) Car4**l l)e rm-um tariekttuin, 1V>7, p. HXW. ihtrbti Cohoba iiuiim).
fleurs jaunâtres; la troisième à fleura blanche* (1). Dedeeeue fut le seul à croire que la Nicotiana rtwtica, vue par lui dans un jardin de Belgique en lôttl, correipoudatt à la jusquiame II de Dieicoride, et qu' il appela Hyoscyamus tub us; maia il se trompa lourdement, ainsi qu' on le dira à son lieu.
Les écrivains dignes de fois dont les noms suivent, ayant tous vécu dans la première moitié du 16.»» siècle, parlant entr'autres plantes des Hyoscyamus, n'out jamais tait allusion au tabac. Ce sont: Scote (2), Brunfels (3), Ruellie (4) , 6«s«Mr (5), Brattavele (6), Fuck* (7), Cerdo (8), Mirante (9), Curtio < 10), Tberaeisser ill).
Les données relatives à l'introduction du tabac on Etp-igii 1 ), dans la première moitié du XVI.™ 4 siècle, sont très incertaine», malgré le trafic continuel dea navigateurs espagnols avec le Mexique et les Antilles. Leurmn affirma que les premières graines de tabac furent Introduites en Europe par le moine Rira on Pan* ( Voir plu* huit, p. Il ) arrivé de S. Domingue eu 1518 (12). On ne doit pas omettre que lorsque Cortez ( Voir plus haut, p. 17) pénétra dans la région de Tabanco (1519), il expédia immédiatement en Europo une récolte des choses les plus importantes qu' il avait pu observer. Or, il est gonéralem ent admis que parmi ces objets le tabac, si apprécié des aborigènes mexicains, ne pouvait manquer (13). On croit, donc, que c' est en 1519 que Feraand Corte», avait envoyé des graines de tabuc à Charlea S 1 "", et. que ni sa culture, ni sou usage n'avaient attiré en aucune façon l'attention publique en Caslille (U). Schwab rapport*, au contraire , que Hernandez (de Oviedo) avait introduit en 1525 les premières graines des tabac on Espagne, et cultivé les premières plantes (15). Mais il est plus probable que, au lieu des plantes, ce sont les premieres feuilles de tabac, qui ont été importées, en 1519, par Hernandez de 0»iedo T Gouverneur de l'Ile Espagnole (S. Domingue) à son retour d' Amérique (Voir plus haut, p. 15).
Et comme les Espagnols avaient introduit la culture du tabac dans l'île de S. Domingue aussitôt la découverte du Yucatan (1519>, où ils en avaient récolté les grailles, et avant 1535 (16), il n'est pas improbable qu' ils aient fait connaître en Espagne les feuilles obtenues de leurs premières cultures dans l' lie de S. Domingue.
La possibilité de l'introduction des feuilles de tabac en Espagne dans la première moitié du XVI. ,U> siècle est appuyée par une nouvelle rapportée par Colmerio: c' est que dans un (raité du chirurgien Lavedan <179t>) on trouve inscrit que le docteur Hsye ( Professeur à Salamanque, en 1545), avait conseillé l'usage du tabac à fumer pour les in-
(1) Heroolarium, De Ytrlutibut herbarum, 1502. \J\ sont liècrites et représentées toutes lea plan tus importantes connues à cette époque. Les trois mêmes espèces de Jusquiatno y sont décrites (fol. 7"2); mais il u' y a pas dans tout le livre la moiudre alJusiou au t;il>ac.
(2) *e«H Pnndectamm opus, 1523.— f-J) BrunftliQ Herbarium . 1532. -(4) Rnllk*. lie Satura stirpittm i53tt, p. 810.— (5) Gttiner. Hittoria plantarum, 1541. p. 'M: i.ieti). De raris tt admirandis A«-6i*,l555.
(6) Mata Brasserait. Ei amen omnium simplieiitm. 1545.— < 7) Facto, De Uistona stirpium, I54SI, p. 832.
(8) Coral EurMi Botanologicon; Corel Vil.rll Annotationes in DleacarMa de materia medico, 1551.
(9) «araata. Simplieium, I5S0.-(1«.i Carli». hortorum Ubri. 1580.
(11) TkvraciMtr. Hittoria piantarum domestical um et e.roticarum. 1576.
(12) UvrtMi. Handbuck der Botanik. 11. p. :m.
(13) Braflttan, A bolaniral. Mil., pract. treatise of the tobar.cc plant, 1#W, p. 28-29.
(14) Fatjalrolle. Jean Sieol et sa corretinndancc diplomatique, l'uris, t«t*7. c. 11. p. XCII.
(15) Schavk. Der labakbuu, 1852. p. X.
(16) BHIIaei, Tobacco, p. 414.— (Voir plus haut. p. Irt).
Espagne
nrmitée, qui se traitaient ordinairement par fricion» mercurielles (I). Et puisque c* Docteur ne pouvait prescrire l'usage d'un médicament impossible à obtenir duns les épiceries, on doit présumer qu' on emphyair les feuillos de tabac en Espagne , tui moins povir l'usage médical, et que n' étant pas une produit du pay* , elles devaient y être importées des Antilles par les navigateurs espagnols.
Ce qui est certain , toutefois , c' est que les premières graines île tabac on été introduites, à son retour d'Amérique, en 1559, par Francisco Hernandez de Toledo, séduit surtout par la beauté îles fleurs de cette plante (2i. Celui-ci " qui, par ordre de 1* invincible Roi Philippe II passa d'Espagne en Amérique, afin d'écrire, ainsi qu' il fit, l'Histoire naturelle et civile d'Amérique, envoya ., i.3>, ou rapporta en Espagne, à son retour du Mexique, vers 1660, les graines de tab ic (4j le faisant, connaître non par le nom mexicain de Yett, mais par l'autre, absolument impropre de tubaco, par lequel les Caraïbes avaient l'habitude de désigner, non la planta, mais le tube pour en fumer les feuilles (Voir plus haut, p. 15). Ce qui est positif, c' est que ce nom impropre de Tahaco fut plus ou moins adopt* 4 par tous, sauf les variations de chaque langage, ainsi qu' il résulte des noms suivants: Tabacco, (Port.; Rai.); Tabac, (Fr.); Tabak; (Al!.; Hong.; Rus.); Tubaek, (Hol.l; Totxick, (Dan.; Suèd.); Tobacco, (Angl.): Timibaku, (Jav.); Tamac, (Tart.i; Tambrahi, (Mal.); Tumac, (Beng.); Tumbnht, (Ind. or.); Tombeky. (l'ers.); Tumbrco, (Jap.); Thuoc, (Coch.); etc. etc. La N. rustica fut ensuite désignée en Espagne par In nom de Vdmho minore, pour la distinguer de la N. Tabacum. (f>)
heu de temps après, Clntio publiait (1574) la traduction de l'ouvrage espagnol relatif aux plantes médicinales des Indes occidentales, écrit par Monardes: savant médecin et naturaliste de Séville (6). Ce fut lui qui sut donner de son temps les notices les plus complètes sur le tabac, les prenant soit chez le* historien-» espagnols qui avaien t parlé de la découverte de l'Amérique, en suivant parfois les différents expéditions guerrières; soit en les recueillant des récits f its de vive-voix par les navigateurs espagnols, qui trafiquèrent avec le Nouveau-Monde pendant la première moitié du seizième siècle.
Donc, selon Monardes. la plante de tabac, introduite depuis peu de temps en Espagne (c'est-à-dire, peu de temps avant qu' il écrivit), fut d'abord cultivée principalement dans un but ornemental, à cause de sa beauté, puis auss pour sus vertus médicales pour les quelles les Indiens l'employaient déjà. Et il donna la fleure de l'expèce introduite du Mexique en Espagne , en ajoutant qu' elle avait la fleur en forme de cloche blanche, mais rouge au centre. Et comme, dans la figure les feuilles sont représentées de forme ovale oblongue, embrassantes, il semble qu' il doit s'agir de la N. Tabacum , var. havanmsia, sinon de la N. Tabacum, var. macrophylla. Monarde» ajoute qu' elle avait la feuille comme le citronnier, quoique beaucoup plus grande (7).
(I> ColMlrt. Animale* y planta* que mencionu Cernât*». IHtt*>. p. 10.
(2) Mtoaha. GtschicJxle de* Tabak*. 1H45, p. 5.— (3) Situa. /( labacco. p. <4) Falraolt I. c p. 40.
(5) R«ich«nt>*cii. Der Taltak, p. V,
(6) ■•MrOt*. Dot librat, el uno que Irata de todat Int cota* que traen dt nuetlrat lndiat Occidentales, Sevlla, IndO.— Ici oo ue dit rien du tubac On en parie . au contraire . dans ia Secunda Parte del Ubro de lag cosat que te traen de nuetlrat Indtas Occidentale! . 1573 (avec ûïpire do Tabaco). traduite par Clmi*. soua le titre: De limplicibut medicamenUt ex occidental* India delatit, (interp. ClMie). Antv. 1514. p. 20. — Clwia, Sitnpl. maticamentorum-... hitpanico termon* a M. strife deteripta, Aotv. 1574. Cap. XIV.
(7) Cet Auteur tombe pourtant dans la même erreur que Haraan4«t 4* Tat*4o, en afdrmant que le vrai uoiu, qu' elle avait chez lea Indiens, était Ptdetl, et que celui de Tabaco u 'était qu' un au room itonué par iea Espagnols à cause de l' lie de Tabaco, oh ou eu trouve eu Rraode quantité: El nombre proprio tuyo entre lot Indiot et Pieielt. que el de Tabaco et pottito de nuettrot Ktpannlet , por una Itla do ay mucha candidad del llamata eue nombre Tabaco (I. e. p. 32). puisque, ainsi qu' on
Monard** dit que les vertus* médicamenteuses de cette heilie «ont nombreuses. En mettant sur la tf-te ses feuilles préparées en cataplasmes , elles calment l.i migrani? ; en pilules, elles calment le? mnux de dents; employées en fumée, elles font disparaître l'asthme. Ointes d'huile et appliquées sur l'estomac, on sur lo dos, files combattent le mal d'estomac. On les emploie aussi contre les douleurs articulaires, les blessures, la gangrène et les ulcères. Il ajoute que pour en fumer les feuilles, il faut d'abord les enfiler et les dessécher à l'ombre. Leur fumée est enivrante, et est souvent employée dans ce but par les prêtres indiens, lorsqu' ils doivent prophétiser (Voir plus haut, p. 12). A cause de sa propriété enivrante le tabac sert chez les ludiens de 1' Ouest au même usage que le Bangue (le tmachiach, ou le ch uivre), et l'opium chez les Indiens de l'Est, ninsi quo l'a décrit avec détail Diego fiarçias ab Orta», a propos des Orientaux (1). Il rapporte en outre, que les Nègres esclaves, introduits aux Indes occidentales, apprirent des naturels l'usage de fumer le tabac pour s'exciter et reprendre des forces; et ils ne pouvaient en perdre i' habitude même quand ils étaient sévèrement punis par leurs maîtres. Quelquefois aussi ils mflehaient, et avalaient même des pilules de tabac pour résister à la faim et à la soif (Voir plus haut, p. 101.
A ces détails donnés par l'auteur, Clusia, le traducteur, ajoute les suivants: " La graine fut introduite du Brésil pour la première fois en Portugal (2) boub lo nom de Petum. Oviedo (Hist. XI , c. V.) observa le tabac dans l' ile Hispaniola , où on I' appelait Perebecenuc (3). La plante, qui lui paraissait se rapprocher de ]' llyoscyamus niger, et qui avait la fleur blanche-purpurine, avec l'extrémité pentagone, se divisait en deux formes (dont il reproduit la figure): l'une strait le Petum Uiiifolium, aux feuilles sessiles, embrassantes (ot pourrait être aussi la N. Tabacum, var. braêilienaia), et. l'autre le Petum angustifolium, aux feuilles à queue (qui serait la N. Tabacum, var. fruticoaa,). Sous le nom de Petum tertium, il désigne le Hyoscyamus luteus de Dodontus, aux feuilles plus rondes, aux fleurs plus petites, et plus pales (c'est à-dire la N. rustica), en notant que- Oodoneut (4) l'avait découverte en Europe une vingtaine d'années auparavant, mais qu' elle n' était d' aucune valeur en comparaison de la plante américaine (5).
Les Espagnols, ayant observé qu'en Amérique l'usage de fumer avait aussi un but superstitieux, se gardèrent bien de l'imiter. Le tabac devait leur servir tout au plus comme plante médicinale, et c'est pour cet usage en effet, ainsi que comme ornement, qu'il fut employé pendant un demi siècle après son introduction en Europe. Mais quand quelqu'un, à bout de ressources, put diminuer ses besoins avoc la fumée (6), alors elle commença à faire chemin parmi les Espagnols, et la nécessité fit ainsi passer sur tout
l'a déjà dit (Voir plu» ham. p. 20) le nom de Retell était donné par les Mexicains, non à la S. labacutn, mats à la JV. «««m.— L'autre affirmation du même Auteur, que les Espagnols dounèrent à la plante le nom de Tabaeo, de l'île de laOngo où elle était abondante, est également inexacte, étant déjà prouvé plus haut (p. 14). que ce fut justement r Ile qui reçut ce nom A canne de l'Iutroduecion qu' on y lit de la culture du ubac.
(1) Sarcla a» Horto, Aromaium (trad Cluiloi. 1574, p. 2 lu.
(2) Il est prouvé, au contraire, que la première graine fut introduite en Portugal de la KJoride et non du Uréstl, tandis que les (frames prise» au Brésil, par TamL furent introduite* non en Portugal, mata en France, ainsi qu' on le dira aous peu.
(3) Tout au contraire ; la dénomination de Perebecenuc ue correspond pas au tabac. C est une erreur dans laquelle OvMo est tombé, puisque les Caraïbe» l'appelaient CokofAa. ainsi qu" on i' a dit en son lieu (p. II).
(4) Ceci est une erreur grossière do Dodoiwut. qui ignorant l'origine de la A', runtica, qu'il observait pour la première fois, crut que c'était une plante rare européenne. Mais on en parlera à propos du tabac eu Hoilaude.
(5) Clasll Rrnticoru»), 1005. I. X. p. 307.
(6) aUgnaaiM. De labaeo. p. 78.
préjugé contre ce nouvel usage, qui, adopte d'uliord par les navigateurs, ne tarda pus à se répandre à toutes lea classes, dépassant toutes les limites.
D'après Laborde : " A Madrid, à Barcelone, à Valence, etc., on fumait partout; dans les rues en marchant, à l'intérieur des maisons en jouant , dans le monde en dansant, et aussi pros des dames. Les médecins fumaient, pendant leurs consultations, ainsi que les employes, les hommes d'affaires à leurs bureaux, s'occupant de leurs besognes. Souvent les fumeurs passaieut leur cigare a leur voisin, qui le passait à un autre, et ainsi de suite, de sorte qu' il servait successivement à tout le monde. Un grand nombre de femmes, surtout en Andalousie, ont contracta l'habitude de fumer sans cesse „ (1). L'usage du tabac sous forme de cigare devint plus commun après le X VIII.""* siècle, et se généralisa encore plus après le passage des troupes espagnoles il travers 1* Allemagne (1808) (2).
Stella rapporte ce qui suit, à propos de l'abus du tabac en Espagne: " Sa Sainteté Urbai* VIII fut suppliée par le Doyen et le Chapitre de l'Eglise Métropolitaine de Séville en Espagne, de remédier à un grand désordre qui s'était introduit en la dite Eglise, car il n' était ni Chanoine , ni Chapelain , ni Clerc , ni même aucune personne séculière de l'un ou l'autre sexe, qui tandis qu'ils étaient occupés au service de Dieu au Chœur ou a l'Autel, ou à écouter la Messe et les Offices divins, ne prissent, en même temps, avec glande irrévérence le Tabac, et par leurs fétides excréments ne salissent les Autels, les lieux sacrés et le dallage dos Eglises du dit Diocèse; donc, poussés par le zèle de l'honneur de Dieu et des saints Temples, ils supplièrent Sa Sainteté de remédier à un tel abus et désordre, en prohibant sous peine d'Excommunication, qu" à I' avenir, dans les Eglises du dit Diocèse, tant aux Séculiers qu'aux Réguliers, et aussi sous les portiques , aucun <!' eux n' ait la hardiesse de prendre Tabac ; ce que Sa Sainteté fit en mandant (1642» la Constitution Apostolique suivante (qu' il reproduit littéralement» a l'Archevêque de Damiette, Nonce Apostolique en Espagne, it effet de la publier, et de veiller a ce qu'elle eût son effet dans toute la dite Métropole „ (3). Et l'application de cette Bulle papale fut si féroce, que par son effet, en 1692, cinq moines fuient murés à Santiago, pour avoir fumé des cigares la nuit |>eudant qu' ils vaquaient dans le Chwur au service divin (4).
L'Espagne, qui avait établi depuis 1611 un droit sur l'introduction du tabac dans le royaume , institua en 1764 le monopole do la culture d uis toutes ses colonies américaines. Parmi les tabacs qui s'exportaient de ces colonies , le plus estimé alors était le Variiuu, largement cultivé an Venezuela (Voir plus haut, p. 9), et connu dans le commerce sous le nom de Canasta, à cause des paniers dans lesquels on emballait ses fouilles enroulées pour l'exportation. Cependant, dès 1750 la taxe sur les tabacs rapportait annuellement au Portugal 2 1|2 millions de tollers (Keichitthalcr), et à l'Espagne 7 1|2 millions (ô).
Baruffaldi (6) célébra par les vois suivants le tabac de Séville, qu'on fabriquait depuis 1014 :
« K |>on lo scettro in mano
< Al Pulvigiio Sivigliauo,
• Col chiamarlo per suo ouore
« Magistral tahaeco-dore > (v. 1401).
Et il en donne les raisons suivantes : a II est dit Sevîllan , parce que c' est à Séville , giande cité , fameuse déjà , que fut trouvée cette dose , ou disons plntrtt
(\) Maura 8„ ttonografia del t>ibacco. IHfkî. p, ôi.
00 Cir. Wtmr, La vita economica d«t popoli, (ni tiibt. Ecun. Toriuo, IHU3. 11. p. 144).
(3) SMIa. Il tobacco, pp. 347-4A on se trouve aussi transcrite la Huile >iu Pnpe Urfciln VIII.
(4) Calantes, I. <•. p. ^-Tladanaaa, I. c. p. 144.
(5) Ntttcht, 1. c. p. 20.-(<$) lanMaïai, La labaccheide, 1714.
cotte manipulation. C'est la feuille de la Nicoliana i l), réduite impalpable, et pour ainsi dire en (leur de poudre, d'une couleur tirant sur le jaune m$lé d'une teinte terre cuite rougeatie... C'est la meilleure, la plus légère, la plu* volatile... Et. ce fut on grande partie chose imbïe, surtout, ft l'usage des gentilshommes „ (p. 178).
il semble que l'habitude de priser le tabac de Seville ait passe ensuit* de l'Espagne aux autres nations d'Europe (2). Apte* la bataille d' Alxetnial (lHtfô), on offrit deux livres do tabac à priser à chaque soldat auxiliaire anglais, en n-compense de son coulage. Ce fut vers cette époque que commença la mode des boites ;i taliac (3), que les
(I) Sv otiana labatrum, var. lummentis.
<;!) <V l'ut presque mut de suite après l'introduction du tabac en Portugal pt en Espagne, quo la mo.ie d<- priser v répandit chez ce* deux Dations, et s'étendit eii»uite à ia France ft à i' liai m (INllnga . I. r. p. 211*). La poudre à priser portugaise fut bientôt très cé.ébre par uu p.trium délicat , et le» sortes mises en vente preumeut le nom du parfum qu' ou y ajoutait f Billing!. I. c. p. '--1).
1J1 Seherier, I.e. p. 144.— G. Fvmagalli , iaus un artic>e intitulé Tabac et Tabatières <. Illustration* italiana, isyfi, I. p. ims-i iiibie .te nombreuse» notices sur les tabatières: notices que nous résumons brièvement ici. Avao' l'usage du tabac 011 avait l'Habitude .le porter sur soi des boites de boaboos et de pastilles parfumées ou médicinales. Plus tard, quand ia coutume de priser devint générale, «es boites servirent te tabatières. Oa conserve, dans la Hibi, Rivale de Bruxelles, les dessins de l'uue d'elles en ivoire et du Seizième siècle. Les tabatières tlreut leur apparitioo en France au dix-septième siècle, sous Je règue de Levis XIV.— Le diihuitieme siècle fut le siècle par eieelleuce de la tabatière. 11 y avait des tabatières en or ciselé, uieile. étnaiilé. lucrusté de pierres précieuses: en argent naturel ou doré, en vermeil, en écaille brune ou blonde, incrustée, pointiliée, cerclée, en porcelatue dure de Saxe, eu porcelaine tendre de Sèvres, de Chantilly: en uacre, eu ivoire, eu agate, en opaie.en lapis- Inzzuli eu autres pierres dures, en laque, en Venus-Martin, etc. lies médaillons de tous genres , des camées, des mosaïques, des émaux et des miniatures concourateut à leur ornementation Les personnes moins rirlies pouvaient choisir entre tes tabatières de corne, d" étuiu, de bois sculpté, ou simplement dégrossi, ue pnpter miivhv pe;ut ou verni. De la superbe tabatière d'or enrichie de diamants, ciselée par Dtktciit. le priucc des ciseleurs, qui avait coutume de dim: Il u' y a qu' un Dieu et un Détache, jusqu' à la misérable bolie eu bois de bouleau du berger des Alpes, quelle disiaucel— L'n curieux petit livru publié à Milau et à Pesaro. eu 1SJS, sous te titre: V Arte dt fumnre « première tabacco, imité et en partie traduit du français^ d'un cerram Eaille-Harco Hllal*. consacre deux leçous aux tabatière*. Dans la première il déclare que la boite du bon ton, des fashionables, est eu écaille Hue, avec médaillon, à neux fonds, pour contenir le tabac dans l'un et les rameuse» pastilles du Sérail dans l'autre. Iutis la seconde, il conseille d' avoir toujours deux tabatières d' écaille (. qu' ou ne faisait aiors q .' à Paris), avec deux médaillons représentant, par exemple, 1' un la bataille de Navarin pour flatter les polmcieus, l'autre une beauté méiaucolique pour s'attirer les sympathies du beau sexe.— Sous Levis XIV ou estimait beaucoup à Paris les boites à portrait, dites de Naples, qui étaient en ivoire orué de dessins à tllets d'or. Kt même. Cucci. uapolilaiu, uu des meilleurs ébénistes de son temps, appeié alors eu France pour travailler a la Manufacture Royale des Gobelius. y apporta sou secret pour incruster le iné.al et l'écaiiie: secret qui prit ie uom du Directeur ae la Mauuiacture, Boule. A partir de cette époque on lit à Naples des tabatières Joues et ongiuales eu lave wraple ou travaillée <uvec des sujets mythologiques, de piélorence des mutations poiiipéîeuues); de très belles tabatières en biscuit, et eu porcelaine tendre de la fabrique Royaie (fondée par les Bourbons en 1743 iiatis le parc de Capodinioute et qui tut fermée en 1S HJ). Le Musée Civique Fllaa|l«ri à Naples possède plus de 40 tabatières d'uu travail très lin: en laque japouuaisse. eu émail de Saxe, eu agate, en améthyste, eu porcelame de Saxe et de Hollande . etc. — A Naples et à Rome ou décorait aussi des tabatières avec des «ujets trouvés dans les fouilles, vrais ou imités etc.— Au premier rang des tabatière» de grande valeur il faut mettre les tabatières dites diplomatiques, autrement dit les tabatières que les Souverains offraient en don aux Ministres nationaux ou étranger*. La Cour de France était célèbre pour ce genre de cadeaux. Ou game la mémoire a' uue tabatière avec le portrait de Lotdt XV, peint par le fameux Massé, et ornée de 4L> brillant* «t i5 roses, commandée eu Mars 17 iô.pour la donner <i it. le ii.it tcotti. enroye de Panne, qui conta 12tf,tC>2 francs. Le Roi donna aussi a l'ambassadeur de SardaïKiie. en Octobre 1731, uue tabatière du prix de 71.H07 francs. Comme pour eu légitimer ie don, ces boites portaient toujours le portrait du Souverain. Sioeartfi, un habile miniaturiste italien (mort sous le primier Empire), acquit a Pans uue grande réputation daus ce genre.
l ue des plus ricues collections de tabatières diplomatiques tut celle du cardinal CentaM, qui or-
Cours prindères prirent l'habitude de donnai on cadeau, sous forme de tabatières d'or, aux grands personnages étrangers.
donna qu'oo la vendit à sa mort, ainsi que le raconte Valtr» (Curiotités et anet-dotet italiennes) pour terminer les façades du plusieurs élises de Rome, et pour élever uo mausolée à »ou bienfaiteur, fie VII. Ui plus riche tabatière de Ceeeahri lui avait été donnée par le Premier Consul, en I8DI. à l'oc «>;ou des négociations pour le Concordat; elie valait 'M mille francs.
Napoléon, à iVxemp'e des Mois .sur le trùne desquels il était monté, avait l'habitude de donner des tabatières: il eu donna une splendide en or, avec son portrait en miniature entouré de brillants, à Caneva qui >a portait toujours sur lui. Mais pour son usage l'Empereur n'avait que des tabatières simples, étroites, ovales, à charnières, eu écaille eerciée d' or ft ornée tout au piu* de camées ou de inédaillous anciens, ainsi que raconte Ceastaiit, sou tl ièle valet de chambre.
Gaa4a«aeli. (Il taOacco.i><ii. p. 1 1 > parlant de la coutume des Souverains de donner des tabatières, dit:
Essi voglion premiar cln pare a ioro Pegiii di premio; sogltono i Regnaull Regalar sempre tabacehiere d'oro, Oomo avrà visto regalare a tanti.
Toutes les collections sont remplies de tabatières de l'époque do li Révolution française, déeonées d'emblème» révolutionnaires, tels queleboouet phrygien, le plomb, et autres signes maçonniques. Il y avait aussi des tabatières faites eu pierres de la Itistille. avec inscriptions commemorative*. Dans la collection Bragni d y en a deux fnit.-s avec le hois de la Mny Rote, vaisseau de guerre anglais coulé à Spuheud . sous le règne d'Henri VIII. La Révolution italienne eut aussi les weuues: à I' Exposition de Turin, en 18S-I. dans le Pavillon de la Résurrection était exposée une boite à tabac, qu'on disait avoir servi de signe de reconnaissance omis i' inaurrectlou de iS31. Elle était en bois, et il y avait sur le couvercle un faisceau de licteurs, llauqtié de deux drapeaux tricoiore». portant ehacuu lu mot Liberté, et au-des-sous, dans un noud. la date: fVmer /*.'</. — Silhaattlt. contrôleur golierai des nuances françaises eu 175 se rendit célèbre par les économies justju' à fos, qu" il exerça dans le but de restaurer les finances ruinées de la France. Le ministre trop rigide dut se retirer au bout de quelques mois et son nom. tourné e,i ridicule sjous mille formes, lut appdque à tous les objets à ia mode auxquels ou ajoutait, pour justifier le nom. un caractère de parcimouie. de mesquinerie; par exempie: à la Silhouette, les manteaux sans plis, les pantalons sans poches, les portraits en demi teintes, où la couleur était épargnée, les tabatières en bois grossier.— Uo autre Italien, Fa- OMfii. qui tenait à Paris <i Ut •ttneente de Ut S*m»ritttine) un magasin de curiatité* . dans les dernier, s années du dix-septième siècle s' enrichit dans ie commerce des tabatières scandaleuses . qui étaient avidement recherchées, parce qu' elles reproduisaient satyriquement les épisodes contemporains de ta galanterie parisienne. Les tabatières à secret contenaient parfois des portraits qu' ou voulait cacher, le plus souvent des sujets obscènes; dans ce genre le miniaturiste Klingsltt protégé . et pour aiu$r. par le Kégeut si dissolu, so distingua au point de recevoir le nom si peu mérité de RaphaH des Utljdtiiret.—t'i 175). le célèbre aventurier. Comte île Saint «îermaiu, venu à la four de France . uu soir chez la Marquise de PeeieUeer tira de sa poche une tabatière , qui fut. admirée ,1e tous pour la beauté de I' agate, qui en formait le couvercle. Le Comte pria la belle Marquise d - approcher la tabatière du feu . et au bout d' uo instant à la grande merveille des assistants, I' agate avait disparu pour faire place à une figurine de pastourelle à la Watteau. puis, quelques minutes après, la flguiiue disparaissait à son tour pour faire reveuir l'agate. L'auteur ajoute que dans ces tabatières « le couvercle n'est pas eu agate véritable, mais est formé de deux verres parallèles, distants d'environ oeux millimètres, dont le vide est rempli par uo mélange de cire blanche, de graisse de porc et d' uu peu d'huile vierge, qui la rendent plu; sensible à la chaleur. Sous le verre intérieur est peint uu portrait, un paysage ou tout autre sujet. Lue légère chaleur suffit pour faire dissoudre la cire qui devient transparente, et l'on aperçoit le dessin ».
Knfln. a propos des tabatières il faut rapporter ces vers anciens:
« Mà prima narrarb da parte a parte
I modi u.sati : e per portarlo a' dosso.