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LA FORME DES RIVAGES MARITIMES

tinée à devenir la Terre et qu'elle nous invite, sans préjuger de l'âge des phénomènes, à réfléchir sur les rapports de la diminution progressive de la fluidité de la terre avec les progrès de son refroidissement. Ajoutons que l'observation est d'accord avec l'expérimentation pour faire admettre, dans cette matièr étirée dès le début de sa consolidation vers l'équateur par la force centrifuge, les traces d'une viscosité particulière qui, au fur et à mesure du refroidissement de la planète, cède à sa réciproque complémentaire par une poussée tangentielle qui refoule la substance corticale vers les pôles. Toute la géographie physique s'en est ressentie et c'est la cause des ridements orogéniques qui traversent d'une part l'Eurasie du N.-E. au S.-O., et d'autre part les Amériques du N.-O. au N.-E., parallèlement aux grands axes continentaux et dont l'âge est de moins en moins ancien à mesure qu'ils occupent une situation de plus en plus distante du point qu'on a le droit de qualifier de pôle orogénique d.

Quoi qu'il en soit, la situation des reliefs montagneux a eu pour contre-coup, à chaque instant géologique, la distribution des dépressions, c'est-à-dire des océans.

La géographie physique est donc, à notre grand bénéfice, en voie de changement continu : si les océans ne changeaient point de place au cours des temps, nous n'aurions pas le moyen de connaître l'allure des phénomènes sédimentaires du passé et la géologie n'existerait pas.

1. Stanislas Meunier, la Géologie générale, 2e édit, p. 61 1 vol. in-8°. Paris, 1909.

La topographie des fonds maritimes a donné lieu à des opinions très diverses, dont la moins bizarre n'est pas celle de Lamarck :

« L'habitude, écrit-il * de voir la mer enfoncée constamment dans un lit particulier, laissant autour de ses limites des parties plus pesantes que ses eaux et néanmoins plus élevées et en saillie, fait croire à l'homme vulgaire qui a continuellement ce fait sous les yeux qu'il n'y a rien d'étonnant à ce que cela ^oit ainsi. » Il ajoute, qu'à l'inverse de l'homme vulgaire, « tout homme capable de méditer profondément ne peut s'empêcher d'éprouver Tétonnement, en voyant que les eaux marines ont constamment un bassin et des limites pour les contenir. » Il arrive, pour conclure, à cette affirmation que « le bassin des mers

1. Hydrogéologie, ou recherches sur l'influence qu'ont les eaux sur la surface du globe terrestre; sur les causes de l'existence du bassin des mers, de son déplacement et de son transport successifs sur les différents points de la surface de ce globe; enfin sur les changements que les corps vivants exercent sur la nature et l'état de cette surface, par J.-B. Lamarck, p. 26. 1 vol. in-8°. Paris, an X.

doit son existence et sa conservation aux mouvements perpétuels d'oscillation des eaux marines, ainsi qu'à un autre mouvement général de ces eaux, lequel est sans cesse entretenu par l'influence de la lune et du soleil. »

Ibn Khaldoun, qui écrivit au xive siècle sa célèbre Histoire des Berbères, remarque que les plus hautes montagnes sont situées au voisinage de la mer, — ce qui doit être regardé selon lui, comme une disposition providentielle pour arrêter l'invasion de l'océan1.

Descartes2, qui qualifiait la terre de « soleil encroûté », en donne une coupe représentant la moitié d'un grand cercle et où Ion voit, au-dessous de la zone atmosphérique, l'écorce solide réduite par la contraction à des voussoirs qui, en glissant les uns sur les autres, ont produit les grandes inégalités orogéniques. C'est dans les parties basses que la mer s'est réunie.

De quelle époque géologique date la concentration des mers dans des bassins? C'est l'humble galet des rivages actuels qui nous servira de guide pour reconnaître, dans de nombreuses localités où se présentent des pierres qui lui sont identiques, le rivage des anciennes mers. Ainsi, le premier terme de la série stratigraphique, le terrain archéen, étale en Scandinavie, d'énormes épaisseurs de galets cimentés en une roche spéciale, la sparagmite. Cette circonstance suffit à démontrer que la mer existait avec ses caractères essentiels, dès le début de ces temps si anciens.

1. Histoire des Berbères, traduite de Tarabe par M. Le Slane, I, 194. Paris, 1852.

2. Les Principes de la Philosophie, 4e partie, p. 323 de l'édit. française in-4° de 1668.

Quoique les géologues marquent d'une ligne précise le niveau de la mer, base de toutes nos mesures hypsométriques, il importe d'insister sur son manque absolu de stabilité, exemple parmi tant d'autres de l'activité ininterrompue de la terre. Ce fait nous invite, en même temps, à ne rien établir de géologique sur la statique, à laquelle il convient toujours de substituer des considérations dynamiques. Rien de plus illusoire par exemple, que les conclusions tirées, par des théoriciens, de la considération des profils d'équilibre des cours d'eau.

Strabon dit1 que Posidonius, en cela d'accord avec Aristote, était d'avis que la mer, au voisinage de la Sardaigne, avait été sondée jusqu'à la profondeur de 1.000 orgyes (1.000 brasses), la plus grande profondeur qui ait jamais été atteinte, ajoute-t-il.

Les Anciens savaient donc que le fond de la mer est très accidenté ; ils connaissaient l'usage de la sonde, ensuite bien oublié, car Marsilli, protestant contre l'opinion des pêcheurs, pour qui 1' « abîme » du golfe du Lion n'a pas de fond, écrit que cette « opinion extravagante est fondée sur ce qu'aucun n'a voulu encore se donner la peine et faire la dépense de oe qu'il faut pour cette sonde, laquelle apparemment ne se fera jamais si quelque prince n'ordonne pour cela des bâtiments particuliers et des instruments proportionnés. »

En 1837, fut rédigé un mémoire sur les sondages en mer à de grandes profondeurs, par Champeaux de La Boulaye, officier de marine. Mais le titre seul figure dans le recueil académique et il fallut attendre encore

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