CHAPITRE II L'Optique de la mer
La transparence de la mer a fixé l'attention depuis longtemps. A la fin du xviir1 siècle, Marsilli étudiait la « diafanité » en même temps que la couleur des eaux, en notant la distance à laquelle apparaissait, ou disparaissait à la vue, un poisson de couleur rouge attaché à un hameçon. Il la fixait entre 7 à 11 brasses, selon les localités et les circonstances. Plus tard, d'autres opérateurs descendirent sous Teau un écran blanc (assiette de porcelaine, etc.) qui restait visible jusqu'à 40 mètres. Le P. Secchi et Cialdi reprirent les expériences en 1865 avec de grands disques de toile blanchie à la céruse, et ils répandaient de l'huile à la surface de l'eau, pour empêcher le clapotis : leurs disques n'étaient plus visibles au delà de 45 mètres. La conclu -ion de ces différentes recherches fut que les eaux sont d'autant plus transparentes qu'elles sont plus bleues et d'autant moins qu'elles sont plus jaunes. Elles sont aussi d'autant plus transparentes qu'elles sont plus éclairées. On admet en général que la transparence moyenne est de 33 mètres pour la Méditerranée, 31 pour la mer Egée, 21 pour la mer Rouge.
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La transparence est maxima en hiver et minima en été. Elle s'accroît avec la salure, enfin, elle est plus grande dans les eaux profondes. Selon Wild, l'eau froide serait plus transparente que l'eau chaude : l'eau glacée du pôle est plus diaphane que l'eau tiède du Pacifique tropical.
Par suite de son passage au travers de l'eau, la lumière blanche perd successivement: ses rayons violets, c'est-à-dire chimiques ; ses rayons rouges, c'està-dire caloriliques ; ses rayons jaunes, c'est-à-dire les plus lumineux ; et elle devient bleue.
La pénétration de la lumière de la Lune dans la mer a été étudiée par X.deMaistre1, qui, abrité par un parapluie des rayons directs de notre satellite alors au méridien et à une hauteur de 28°, faisait descendre dans la mer une plaque de fer carrée de 14 pouces de côté peinte en blanc avec de la céruse. Il la suivait des yeux aussi longtemps qu'il la pouvait voir et mesurait la profondeur aussitôt qu'il la perdait de vue. Cette profondeur a toujours été dans les environs de 40 pieds.
La couleur de la mer a été l'objet de nombreuses recherches. Pourquoi la mer est-elle colorée ? La couleur qu'elle nous offre est-elle celle de l'eau ?
Bien des personnes s'imaginent que la couleur de la mer provient de la réflexion du bleu du ciel. Arago a donné le moyen de s'en assurer2 : regarder la surface de l'eau au travers d'une tourmaline et sous un angle de 37°, de façon à supprimer toute la lumière atmosphérique qui est polarisée sous cet angle. Or,